En tant qu’assistante juridique

Engagée il y a 3 ans en tant qu’assistante juridique dans un cabinet de deux avocats orientés catho. Je n’avais aucune expérience professionnelle (j’étais cadre dans le merchandising visuel auparavant , 10 ans d’expérience professionnelle) et il était convenu que je ne compte pas mes heures pour apprendre et ainsi être plus tard augmentée et reconnue.

Au bout de 3 ans, toujours au SMIC, malgré mes diplômes, mon expérience, mon investissement gratuit (les heures sup non rémunérées), au bout de 3 ans de pression, de manipulation et de refus d’augmentation en me faisant passer pour une folle, en me surchargeant de travail pour me faire voir que je n pouvais prétendre à quoi que ce soit car je n’arrivais pas à faire tout ce que que l’on me demandait. Au bout de 3 ans d’avance de la part de mon employeur, qui affichait pourtant son catholicisme et la forte recommandation du port de la jupe pour les femmes et les différents textes de propagande envoyés sur ma boite mail du pape etc j’ai fait un burn-out en août dernier: 4 semaine d’arrêt et puis pas le choix, survie oblige, à 50 % du smic, il faut bien manger, je repars travailler.

Reprise difficile et violente, tiroirs vidés, plus aucun travail et insultes…on me demande de rentrer chez moi sans justificatifs, car je ne sers plus à rien et que je dois faire constater mon inaptitude à la médecine du travail, je refuse, puis on me demande de partir sur le champ en vacances pour 2 semaines, je refuse aussi avec les conseils de l’inspection du travail. Je leur dit qu’il existe la rupture conventionnelle s’ils ne veulent plus de moi, aucune réponse. Mon employeur me met donc en mise à pied immédiate pour insubordination en vue d’un licenciement pour faute lourde…25 jours de mise à pied sans salaire, un entretien de licenciement où l’on me reproche principalement de ne pas avoir appelé pendant mon arrêt pour en donner la cause, je suis aussi accusée de vol de timbres et de cadeaux de fournisseurs, je me bats par courriers interposés, je fais appel au Bâtonnier, je porte plainte…finalement, mon employeur décide de me réintégrer à mon poste devant le manque d’éléments pour me virer au bout de 25 jours…étant en arrêt maladie pour dépression, je n’ai pas réintégré mon travail, qui au final a duré 6 mois.

Ces derniers mois mon employeur a aussi de manière arbitraire et sans justification retiré de l’argent sur ma fiche de paye tous les mois avec la mention « trop perçu », m’a retiré des jours de congés en inventant des départs de congés, ne m’a pas transmis mes bulletins de salaire jusqu’à ce que le Bâtonnier les y oblige…et bien d’autres choses encore sans que je ne puisse rien faire.

Le syndicat que j’ai contacté m’a clairement dit que face à des avocats, je ne gagnerai pas…

Et puis le Bâtonnier m’a demande de prendre un avocat (le comble) et organise une médiation…qui a duré 3 heures, avec au final, la proposition suivante: si je voulais une rupture au minima, c’est à dire partir au bout de 6 mois d’arrêt maladie avec 1 mois de salaire uniquement ( 1 180 € net), je devais retirer ma plainte et m’engager à ne pas les poursuivre…ce que j’ai été obligé de faire sans que mon avocat ne lève le moindre petit doigt. J’ai donc rédigé mon retrait de plainte devant tous, après qu’ils m’est bien expliqué que je n’étais rien. Quant à ma rémunération, au minima depuis 3 ans, malgré une convention très explicite à ce sujet avec des barèmes très précis prenant en compte les taches, l’expèrience pro et les diplome des salariés, je suis restée au statut de « personnel d’entretien ayant aucune expérience dans le milieu pro avec un niveau CAP » alors que j’ai un niveau II…

Bref, il n’y a pas plus mal loti que les personnes qui travaillent dans le juridique où le minimum du droit du travail n’est même pas appliqué, le respect de l’humain n’en parlons pas. J’ai pu expérimenter que cette profession très corporative se protège: mon avocat ne m’a pas du tout défendu, le Bâtonnier sensé arbitrer objectivement m’a poussé à retirer ma plainte et a refusé la reconnaissance d’un coefficient, pourtant légal…il n’y a déjà quasi plus de droit pour les salariés, surtout ceux qui ont des salaires bas rendant ainsi leur condition de vie très précaire et à la merci de leur employeur. J’ajouterai qu’il n’y a pas de justice non plus…chacun fait ses propres règles et ses propres lois, dans mon cas, personne ne peut les arrêter.

Je suis dans un situation psychologique et financière très difficile, je perds mon travail car on m’a surchargé de travail, en plus on me m’humilie. Actuellement, ma « prime » de rupture et mes congés payés repoussent l’attribution de mon chômage à plus de 5 mois pour obtenir 800 € à partir du 6ème. Je dois vivre avec 2 500 € pendant ces 6 mois à venir, sachant que je perçois depuis déjà 6 mois que 50 % de mon smic et que j’ai accumulé une belle dette locative et que mon avocat me demande déjà 1 200 € pour avoir fait office de pantin, de représentant légal…voilà, la situation des travailleurs français aujourd’hui, une très grande précarité…je ne pars pas en vacances, je survis…

Merci de m’avoir lu et en vous souhaitant du courage pour le combat concernant cette loi du travail honteuse.

3 thoughts on “En tant qu’assistante juridique

  1. Votre témoignage ne m’étonne même pas. J’ai été sidérée au cours de ma formation de voir que bon nombre d’avocats, appliquant pourtant quotidiennement le droit du travail, ne le respectent pas en ce qui concerne leurs salariés.
    Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés…

  2. Bon courage
    C’est quand même un comble de n’avoir aucun recours. Alors que les pires criminels ont plus de chance de faire valoir leurs droits !
    un comble surtout de n’être écouté de personne, ou plutôt d’être confronté à l’impuissance de tout le monde.
    Tout le monde a droit à des vraies médiations sauf les salariés qui ont des médiations en leur défaveur, la plupart du temps.
    Il serait temps de militer pour de réelles instances agissantes avec un réel pouvoir, réhabilitant.
    Et pas un acquiescement à toutes les pratiques humiliantes ou discriminatoires.
    Parce qu’on sait que le reste des actions vous classifie pour le reste de votre carrière.

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