En stage, j’ai vu une chargée de com’ faire un burn-out. Mais on ne dit rien. Parce qu’on a de la chance : on est fonctionnaire, on est bibliothécaire.

Alors moi j’ai eu de la « chance »: je suis cadre A, je suis dans la culture, je suis bibliothécaire. Je ne fais pas un boulot horrible. Cependant, je souhaite tout de même témoigner de mon parcours.

Je vais avoir 25 ans. Mon job rêvé ? Être chercheuse en histoire. J’ai un M2, j’ai eu 18 à mon mémoire, les profs que je connais m’ont dit de me lancer. Mais voilà : les sciences humaines, ça rapporte rarement de l’argent. Les sciences humaines, ça sert à rien pour les capitalistes, au contraire, c’est embêtant : ça les critique. Alors faire de la recherche en histoire, seuls des privilégiés peuvent la pratiquer. Moi, je ne suis pas à Paris, je suis une fille qui vient d’une vallée paumée en Alsace. Je n’ai pas la famille qui va avec les gens qui peuvent devenir enseignants-chercheurs, je n’avais pas le capital culturel et/ou financier. Mais je me suis accrochée.

Alors voilà ce que j’ai fait : j’ai passé un concours, celui de bibliothécaire d’Etat. Mais là non plus il n’y a pas de reconnaissance. Les budgets se réduisent à vu d’œil, il y a de moins en moins de places aux concours. Je l’ai réussi, j’étais 17e sur 17 sur toute la France. Pourtant, je suis payé 1334 euros net. Oui, je suis cadre, je gagne à peine plus que le SMIC. Avec les professeurs des écoles, les bibliothécaires sont les cadres A les plus mal payés de France. Maintenant c’est bien, 90% des gens pensent que je range des livres.

Je me suis inscrite en thèse en parallèle. Je vais faire un vrai métier en parallèle, sans paye. Mais je m’en fous, parce que j’aime ça. Mais on devrait avoir le droit de faire un métier qu’on aime, non ?

Je suis rentrée en formation. Six mois dans une école à Lyon. 6 mois où on a ni de compensation financière à part nos revenus net de base, ni le nombre de congés prévus par la loi. Beaucoup doivent payer deux appartements, ont des enfants. Avec ma promo, on lutte depuis des mois, tout comme les promos précédentes, sans véritable résultats. « On a bien pris en compte votre situation », voilà ce qu’on nous dit. Quand je vais rentrer en poste en avril, je n’aurai pas droit à de jours de congés jusqu’aux vacances obligatoire fin juillet. Aucun jour de vacances depuis le 3 janvier, chouette, en bossant 37,5 heures par semaine. C’est bien connu, les fonctionnaires sont de vraies feignasses.

De plus en plus, les bibliothécaires sont placés à des postes de conservateurs des bibliothèques, le catégorie A « suprême » dans mon milieu. Mais on dit rien. Les bibliothèques doivent en plus être ouvertes sur des périodes de plus en plus larges. Il le faut, c’est très bien pour les étudiants, les lecteurs… Cependant, il n’y a pas plus de moyens. On force les gens à travailler le weekend sans réelle compensation, vu qu’on ne peut pas engager plus de gens. Mais on ne dit rien. Il faut également sans cesse prouver que les bibliothèques sont rentables : il faut le plus de lecteurs possible, faire des enquêtes de satisfaction à la pelle. Faire un tas de statistiques. Je vais travailler en bibliothèque universitaire, pourtant même l’université commence à ressembler à une entreprise. J’ai vraiment peur. En stage, j’ai vu une chargée de com’ faire un burn-out. Mais on ne dit rien. Parce qu’on a de la chance : on est fonctionnaire, on est bibliothécaire.

On vaut mieux que ça.

5 thoughts on “En stage, j’ai vu une chargée de com’ faire un burn-out. Mais on ne dit rien. Parce qu’on a de la chance : on est fonctionnaire, on est bibliothécaire.

  1. Bonjour,

    Comment ne pas compatir au drame que vous avez choisi en passant ce concours.
    Rappelons au passage que vous n’êtes pas soumise à un volume horaire de 37h30, la durée légale en France étant de 35 heures et que le volume horaire des cours de l’ENSSIB n’atteint pas ces 35 heures.
    Que vous êtes rémunérée durant votre formation, un étudiant l’est rarement.
    Qu’une fois affectée vous bénéficierez en régime universitaire d’une prime statutaire qui augmentera votre rémunération d’au moins 300 € (vous serez restée 6 mois à 1330 €/mois) + une possible NBI et autres primes annexes.
    Qu’en fin d’année vous prendrez un échelon dans votre grade et que vous savez déjà quel sera votre traitement en fin de carrière.
    Que l’indice de début de carrière des bibliothécaires d’Etat vient d’être revalorisé.
    Qu’un fois en poste dans votre université vous bénéficierez de 3.75/j de congés par mois travaillé, + des ARTT au delà de 35 heures plus des récupérations bonifiées quand on travaille le week-end (contrairement à ce que vous écrivez) ce qui devrait vous amener largement au-delà de 50 jours de congés par an, de quoi atténuer votre souffrance.
    Que les jours acquis sont utilisables immédiatement dans l’administration et surement avant le mois de juillet.
    Avant de vous plaindre de la situation que vous avez choisie, nul ne vous a forcé à passer ce concours, regardez l’état du marché du travail dans le secteur privé, ça console, et renseignez-vous plus sérieusement sur vos droits (congés, salaiire, temps de travail..)
    Pour information, dans l’université dans laquelle je travaille, on recrute les doctorants à 2300 € nets par mois en contrat, il vous reste de l’espoir d’autant plus que le régime de congés est le même que les titulaires.

    1. Moui, facile d’aligner les chiffres, ça masque si bien la réalité. J’ai le même parcours et si je m’en battais pas mal de gagner du pognon, quand même, faut voir comment c’était galère cette première année. N’importe quel fonctionnaire stagiaire touche les primes normales dues à son grade. Mais pas les bibliothécaires, c’est comme ça, wallou, de toute façon tu t’en rendras compte plus tard. La NBI fais-moi rire ça va pas très loin et l’indemnité de résidence (car tu seras probablement en poste en région parisienne) hahahahaha c’est vraiment pas ça qui t’aidera à avoir un logement. Les congés ok tu peux les prendre avant juillet mais : hahahha pas pendant ta formation ENSSIB, non mais ça va pas ? Donc ça attendra juillet, et encore, si ton administration veut bien parce qu’après tout elle a besoin de toi et que t’as passé 6 mois de l’année à l’ENSSIB alors pourquoielletepaye ?
      Alors d’accord les cours à l’ENSSIB (et quelle vacuité) ça occupe pas 35h : mais tu veux faire quoi, à Lyon, alors que ton poste est à Pau, à La Rochelle ou à Cergy ? Ben tu restes à la BU et tu bulles, ou tu révises, ou tu fignoles ton dossier en te prenant la tête avec les feuilles de style sous word.
      Personne n’a donc le droit de se plaindre parce qu’il y a pire ailleurs ? Belle mentalité ! C’est vrai, tous au SMIC, comme ça pas de plainte !
      Et alors des doctorants à 2300€ net : bravo, vraiment bravo. Comme quoi l’exception confirme la règle. En même temps, un doctorant qui a 45 ans et deux thèses à son actif, il a bien droit à 2300€ et des années de servilité.
      Pour ma part je viens de fêter mes 10 ans de carrière, et désormais dans la FPT et j’émarge à 2200€ net / mois plus 1200€ de prime annuel. Moi j’m’en fous, ça me suffit bien. Mais je sais aussi que ma carrière sera courte car mono-grade. Par contre elle va durer longtemps, et même en ayant commencé à 23 ans je terminerai usé jusqu’à la corde à 70 ans. C’est pas grave, hein, on fait un métier formidable. Mais franchement, #onvautmieuxqueça

  2. Je comprends votre désarroi et compatis à votre situation, semblable à de si nombreuses personnes de notre génération. J’ai 28 ans, fait des études pendant plus de cinq ans pour décrocher un titre d’architecte diplomé d’état, ai bien esquinté ma santé mentale, et à l’arrivée : pas de boulot, à part si t’as des archis dans la famille, ou si t’as fait copain-copain avec certains profs. Ceux qui en trouvent sont payés au Smic pendant plusieurs années, comme vous ici. L’image des architectes qui se remplissent les poches est bien loin…

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