J’ai peut être pas le job précaire que l’on pense en premier lieu…

Hello,
J’ai peut être pas le job précaire que l’on pense en premier lieu, et pourtant j’ai pas mal de collègues cadres dans l’informatique qui partagent la même expérience que moi.
On est en général soumis à la convention collective SYNTEC, qui règlementent nos taux horaires, nos récup’, nos conditions.
Pourtant, je peux vous dire que ce soir, je vais bosser jusque tard, même en tant que salarié, parce que dans le fantasme collectif (et surtout celui de ma direction) : « un cadre a des responsabilités, donc s’il doit bosser 80h par semaine, il doit le faire pour assumer ses responsabilités. » Et aussi que, face à ma charge de travail, même en faisant ses heures sup, je n’arrive pas à la suivre et à l’assumer pleinement.
Mon job, c’est d’être pompier. C’est d’éteindre les départs de feux sur les projets qui sont sous ma responsabilité et essayer de faire en sorte que ça passe. Mon job, c’est de bacler mon travail, de perdre du temps à trouver la crotte de mouche qui peut expliquer à mon client que si c’est pas comme il veut, c’est de sa faute et pas de la mienne, et que ça n’engage pas les responsabilités de paiement qui a à l’égard de mon entreprise. Mon job, c’est d’entendre de la part de ma direction que si cette fois, ça ne passe pas, on va perdre le client et qu’on va devoir virer des collègues parce que certainement on aura pas assez d’argent pour assumer tous les salaires. D’ailleurs, mon job doit être fait rapidement pour pouvoir rentrer de l’argent et assumer ces mêmes salaires.
Mon job, c’est de faire 7h/21h lundi, et d’être regardée de travers par mon boss parce que j’arrive à 10h le lendemain. Pourtant, dans ma convention et dans le droit du travail, je n’aurais jamais du faire 7h/21h, et dans tous les cas j’aurais eu droit à des jours de récup. Mais les jours de récup, même quand je finissais à 2h pour les « urgences clients », je les ai jamais vu. Et j’ai quand même une ponction sur salaire si je suis malade 2 jours sans avoir d’indemnité parce que ça fait moins d’un an que j’ai mon job.
Mon job, j’ai voulu le quitter. Mais mon employeur a trouvé personne pour me remplacer. Mon job, je le quitterai plus tard, cet été, avec plus de garantie pour le chômage, parce que j’ai réussi à négocier une rupture conventionnelle et que je vais avoir besoin de repos après un rythme pareil. Mon job, j’arrive à le tenir parce que je ne suis pas la seule dans ce bateau et qu’on est solidaire les uns des autres. On se rappelle souvent qu’il faudrait qu’on réduise nos horaires pour notre santé, notre vie sociale, et surtout parce qu’on n’aura jamais la moindre compensation pour travailler au delà de ce qui est prévu dans la SYNTEC. Mais quand on est une PME entière à vivre à ce rythme, il est difficile de se « marginaliser », et il est impossible de fédérer les autres salariés à cette normalité qui les fait culpabiliser.
Mon job, c’est d’avoir une paie qui est enviée par pas mal de jeunes (40ke), mais au prix de ma santé, de ma vie sociale, de mes loisirs… Mon job, c’est me détruire petit à petit, péter les plombs chez moi, et trouver un faible équilibre pour tenir encore un peu parce que la carotte au bout, c’est d’avoir droit à des indemnités chômage et pouvoir, cette fois, prendre le temps de trouver le prochain.
Et mon job, ça l’est parce qu’en art, je n’aurais sans doute jamais eu de sécurité financière même si c’était ma vocation première. J’aurais sans doute eu faim, comme quand on est étudiant et que 100e c’est ce qu’il reste après le loyer pour te nourrir, te transporter, acheter des fournitures… Mon job m’apporte une sécurité, mais c’est bien tout ce que j’ai gagné avec lui. En échange, je lui ai offert ma jeunesse lorsque j’étais étudiante, et je continue à l’offrir là où je suis. Et ça fait chier.
Les boîtes font déjà n’importe quoi avec les cadres (pour ce que je connais), si t’es pas salarié CDI dans un groupe du cac40 (place quasi impossible à avoir), t’es juste une merde. T’es un consultant qui doit faire sa charge, et pourquoi pas celle des internes parce que tu es payé pour « un service ». T’es un fournisseur qui réalise des projets pour cette grosse boite, mais elle te fout le couteau sous la gorge parce qu’elle est plus puissante que toi et que la pérennité de ta boite dépend du bon vouloir de la leur. T’es un CDD ou un interim, parce que ça existe aussi pour les cadres et ça les arrange bien.

3 thoughts on “J’ai peut être pas le job précaire que l’on pense en premier lieu…

  1. Je sous le cadre de la CC SYNTEC, et cette situation je la connais, sans etre cadre pour autant. Mes collègues cadres ou non-cadres vivent exactement la même chose, des heures a rallonge, des remerciement du type poignée de main/tape dans le dos, brave gars. Ca ne fait qu’un an que j’y suis, et je le dis, la société m’a été survendu, ils m’ont vendu du reve, mais c’est un cauchemard. Bon courage, trouve-toi du taf autre part, demande à voir tes futurs collègues (surtout ceux en bas de la pyramide) afin de voir comment est l’ambiance.

  2. Bonjour, je travail aussi dans le SI en tant que admin système réseau. Aujourd’hui je bosse dans une structure ou mon collègue et devenue mon responsable en une soirée car l’ancien était plus la. Et depuis sont discours à changer en 1 ans est demis maintenant il me sort oublie la technique on passe par des prestataire pour tout et n’importe quoi et je sais pertinemment que cest pas sont choix mais celui de plus haut. En clair tait toi continue à faire de la m*** et fair semblant de bosser. Je trouve sa dommage que l’avis des personnes techniques ne compte plus.

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