La Poste. Au service courrier.

J’ai passé 10 ans dans une des plus grosses boites d’embauche française (du moins à l’époque), une de celle où on se moque autant qu’on apprécie depuis toujours ses employés, maintenant salariés, avant fonctionnaires (quasi disparus) : la Poste. Au service courrier.
Ayant un niveau d’études bien supérieur à celui demandé à l’embauche (les temps sont durs ma bonne dame), on m’a fait comprendre dès le départ que je n’aurais rien à espérer de mes diplômes, mais bien à prouver dans mon évolution professionnelle.
J’ai été un agent fidèle et loyal, j’ai transpiré plus qu’à mon tour, j’ai bossé sans compter les heures supplémentaires, et j’ai donc eu mon cdi très rapidement. Une des conditions d’embauche en cdi étant l’habilitation deux roues, il me semblait utile de spécifier que je ne l’ai jamais validée, mais qu’on est passé outre pour me coller dans une voiture !
Bref, j’ai fait comprendre rapidement mon désir d’évoluer, j’ai tout mis en œuvre pour prouver que j’avais les compétences requises. On m’a dit pendant des années que j’étais un élément exemplaire, mais qu’il ne fallait pas se faire trop de films quand même… Soyons honnêtes, le film « promotion canapé » n’est presque pas une fiction… J’ai été malmenée physiquement, affublée de tâches très ingrates (alors qu’il y avait lieu de me laisser dans des services plus posés) pendant ma grossesse, qui n’a jamais failli aboutir – ça s’est bien terminé finalement (ouf) : je suis partie en urgence de mon travail à 5 mois passés de grossesse, quasiment sur le point d’accoucher sous les railleries de mon manager, que je n’ai jamais osé attaquer en justice, de peur de me retrouver privée de toutes possibilités d’évolution – quelle idiote !
J’ai finalement changé de service et j’ai tout mis en marche pour mener à bien ce plan impossible de carrière, mettant mon jeune fils de côté et mon mari en difficulté avec son propre travail, pour faire mes preuves ! Quand enfin quelqu’un a voulu m’écouter, on m’a sommée de faire des heures supp, payées certes (peu ne rêvons pas), sous prétexte que sans travailler davantage que ce que je faisais déjà, je n’arriverai à rien (il faut le mériter que diable !).
Je faisais des horaires cocasses certains jours : 9h13h – 14h-21h (et six jours sur sept, on est à la Poste hein !) en alternant tri manuel (debout devant un casier à envoyer des lettres en cadence dans des cases), tournées de livraisons / ramassages (port de colis, de bacs de courriers à foison, marche, conduite) et pilotage de machine de tri industriel (un énorme robot de trente mètres qui balance du 30 000 plis/heure qu’il faut remplir, vider, pousser, tirer, soulever, en courant, c’est sportif, j’étais plus svelte à l’époque).
Au bout d’un moment, entre ça et ma vie de famille, j’ai bien senti que je commençais à flancher. J’ai demandé à ce qu’on m’attribue temporairement des tâches plus souples, moins ardues, mais personne n’a écouté. Au contraire, on m’a même reprochée de ne pas vouloir faire le taf ! J’ai commencé à dire que mon moral pourrait tenir, mais que mon corps me lâchait ! J’ai eu mon évaluation annuelle avec enfin, la note maximale et l’approbation pour demander ma prise de grade (40 euros de plus sur la paye, mais une possibilité d’ouverture sur d’autres métiers, c’est du long terme les plans de carrière à la poste !). Deux jours plus tard, après 5 minutes de pilotage de machine, c’est le drame : luxation de la hanche, nerf sciatique qui s’enroule n’importe où et les vertèbres qui se coincent dans tous les sens. Accident de travail.
Je garde espoir quelques semaines, les regards commencent à changer. Au bout de quelques temps, je commence à admettre que je ne pourrais plus jamais faire mon métier (que j’aimais bien finalement). Et on m’annonce que je n’aurais pas le grade (pas assez compétente !!!).
Je tâte le terrain et tente de demander des solutions pour continuer à faire un boulot intéressant, un truc dingue hein ? Je me contente de peu, mais quand même… Je vous passe les réflexions, des cadres, cadres sup (oui, tu devrais chercher ailleurs tu ne nous sers plus à rien ici – oui, oui, on m’a dit ça !), collègues (oh tu te mets en vacances, allez fait un effort !)……..
Au bout d’un an et demi de combat, j’ai été placardisée totalement, j’ai erré dans les couloirs, sans plus rien faire, j’ai dû commencer une thérapie et j’ai perdu totalement confiance en moi. Beaucoup d’interlocuteurs m’ont dit que j’avais subi du harcèlement moral, que c’était attaquable (encore) en justice. Je n’ai pas eu la force. Même pas celle de monter mon dossier travailleur handicapé, tellement la paperasse me terrifie !
Aujourd’hui, je suis dans l’année de mes 40 ans, je suis fraichement licenciée (inaptitude physique), inscrite chez Pôle Emploi, avec des compétences très restreintes pour un futur potentiel employeur. Je pense que j’ai eu ma dose de « corvéable à merci ».
Ça fait du bien de déballer tout ça. Vous ne devez pas lire de trucs très marrants, mais merci d’essayer de le faire et de tenter de faire bouger les choses. Je suis personnellement très pessimiste, mais si je peux mettre mon grain de sel, c’est le début de la remontée de la pente !

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