Depuis presque quatre ans, nous vivons un enfer avec mon mari

Je précise que nous vivons en Nouvelle Calédonie, donc la loi du travail est un petit peu différente sur certains points. Par exemple, les auto-entrepreneurs ont une patente à payer à l’état.
Depuis presque quatre ans, nous vivons un enfer avec mon mari. Son enfer à lui a commencé avant ça. Il y a une quinzaine d’année, il a été embauché comme vendeur dans une petite boite de quartier spécialisée en jeux vidéos. C’était une petite affaire familiale et le patron a été comme un père de substitution pour lui. Il lui a appris toutes les ficelles du métier. Et puis, comme Kevin, mon mari, est un bosseur acharné, l’affaire s’est développée et ils ont engagé d’autres vendeurs. Kevin a gravit les échelons. Pour lui, c’était génial. Il travaillait dur, mais il faisait le métier de ses rêves et son but était de racheter l’entreprise aux patrons une fois l’âge de leur retraite arrivée. Il acceptait tout. Et William, son chef, l’a vite remarqué. De père attentionné, il passé à bombe à retardement injuste et peu présente. En clair, une fois Kevin passé au poste de premier vendeur, William ne venait presque plus et lorsqu’il était là, c’était bien souvent pour critiquer et hurler, le plus souvent injustement et sans fondements. Mais Kevin ac ceptait. Après tout, il pouvait serrer les dents quelques temps. Et Kevin est passé gérant. Pour lui c’était un avancement dans ses projets. Il changeait de statut, donc n’était plus salarié, mais travailleur indépendant avec une patente, et, la condition pour devenir gérant, était qu’il devait acheter 2 parts de la société. Kevin a donc contracté un emprunt et a accepté l’esclavage légalisé. A partir de là, William venait encore moins, et lorsqu’il était là, l’ambiance était pesante. Les clients s’en plaignaient même. Kevin ne comptait plus ses heures. Il gérait même les contacts avec les fournisseurs en France qu’il devait appeler à 1 heure du matin. Évidemment pour un salaire fixe de 2 000€ environs. Régulièrement, il se faisait hurler dessus par William devant les clients ou pas. Et pour couronner le tout, le couple de patron avait décidé que les dividendes seraient réinjectées dans l’entreprise, donc Kevin n’en touchait pas du tout. Je suis développeur informatique. Mais à l’époque, j’étais mère au foyer. Nous venions d’avoir une petite fille. Certains mois étant plus difficile, Kevin, en ami, est allé voir William un jour, lui demandant de lui prêter de l’argent. Il est important d’insister sur le fait que c’était l’ami qui parlait et pas le co-gérant. Et en amis, ils ont trouvé un accord. William a demandé que Kevin lui signe une reconnaissance de dette, mais j’ai déconseillé à Kevin de le faire. Je commençais à voir le côté magouilleur de l’homme et je voyais cette histoire d’un très mauvais oeil.Quelques mois plus tard, j’ai proposé à mon mari de lui développer un petit logiciel de gestion commerciale afin de l’aider dans son travail quotidien qu’il effectuait avec Excel. J’avais les compétences, pourquoi ne pas les mettre à profit de mon époux ? Il a eu le malheur d’en parler, enthousiaste, à ses associés. Ces derniers nous ont invités deux semaines plus tard à un repas chez eux afin que je leur présente mon projet. Je me suis hâtée de programmer un logiciel qui puisse être testé, mais qui était loin d’être terminé. Le lendemain de la présentation, ils m’ont demandé de le leur installé afin qu’ils puissent tester. Ce que j’ai fait. J’ai évidemment expliqué à l’épouse le fonctionnement du logiciel. Quelques heures plus tard, elle m’a téléphoné en m’insultant parce que je ne lui avait pas encore fait les modifications demandées la veille. Elle a été si virulente que j’ai fini en larme. Mon mari a pris le téléphone et a calmé la situat ion. Mais voyant que j’étais traitée comme lui, il a pris la décision de quitter l’entreprise, restant actionnaire, mais plus gérant. Il a même proposé de rester un mois supplémentaire afin de former son remplaçant et de tout préparer pour le mois suivant.Lorsqu’il est parti, le couple nous a annoncé que Kevin ne toucherait pas son dernier salaire qui servirait à les rembourser de la somme emprunté quelques mois plus tôt. Ils n’avaient plus confiance. Nous avons appris plusieurs années plus tard que ladite somme avait été extraite des comptes courant d’associé de mon époux, sans son consentement, bien évidemment. Aujourd’hui, nous avons réuni un maximum de document pour les attaquer en justice, mais les avocats contactés nous demande près de 3 000 € avant d’entamer toute poursuite. Donc, pas de justice pour les pauvres.
J’aurais aimé que notre calvaire s’arrête là. Mais après un an de chômage où mon mari a galéré à trouver un emploi parce qu’il n’était pas né sur le territoire (loi locale de l’emploi local réduisant les frais sociaux aux entreprises engageant des natifs du pays. Mon mari étant né en France, il n’y a pas droit.) Au final, il a été engagé dans une entreprise en tant que vendeur avec comme promesse orale de passer chef de rayon lorsqu’un rayon jeux vidéos serait monté l’année suivante. Dès son deuxième mois de travail, Kevin est devenu meilleur vendeur et a rapporté plus de chiffres d’affaires que ses collègues (parfois il faisait 70 000 € de différence avec le vendeur le plus proche de lui.) Les employés étant commissionnés, il y avait quotidiennement des histoires de ventes volés les uns aux autres. L’ambiance était assez mauvaise, mais Kevin mettait un point d’honneur à être franc et direct avec tout un chacun, étouffant les conflits dans l’oeuf.  C’est peut être cette franchise qui lui a apporté la méfiance de ses chefs. L’entreprise a été rachetée par son principal concurrent, du coup, la direction a complètement changé et les promesses avec. C’est ainsi que le poste promis à Kevin a été remis au fils d’un des actionnaires. Comme excuse, il a été dit à Kevin qu’il devait faire ses preuves. (il travaillait dans la société depuis déjà un an.) Le fils a fait deux mois, avant d’être placé dans une autre boite appartenant à son père. Et pour le remplacer, a été engagé le mari de la cheffe de rayon du magasin concurrent. Le directeur du magasin a par la suite eu l’idée d’enlever toutes les chaises des vendeurs. Mon mari a alors eu une lombalgie. Expliquant à son directeur qu’il avait besoin de s’asseoir, ce dernier lui a répondu qu’il n’avait qu’à prendre sa pause cigarette comme les autres employés. Lorsque Kevin a répondu qu’il ne fumait pas, il s’est entendu dire « Ce n’est pas mon problème. »Il a fallut que notre médecin fasse un certificat médical pour que Kevin puisse récupérer une chaise. Mais le mal était fait. En un an, sa lombalgie est devenue chronique. Mais il allait tout de même au travail et continuait de faire le meilleur chiffre. Son directeur étant tombé malade pendant un mois, le directeur adjoint (le mari de la cheffe de rayon « concurrente ») et Kevin se sont vu attribué ses fonctions de manière temporaire. Ce fut le meilleur mois de la société. Suite à cela, les patrons ont voulu donner plus de responsabilités à Kevin, qui en était ravi. Mais très vite, elles lui ont été retirées par le directeur qui disait que c’était une décision des patrons. De l’autre côté, il disait aux patrons que toutes les mauvaises décisions venaient de Kevin (nous avons appris cela très récemment.)En décembre 2014, le responsable de doc (et pour cause, c’était le seul docaire) n’a pas eu de renouvellement de son CDD et les employeurs n’ont pas engagé de remplaçant. Ce fut donc aux vendeurs de porter la marchandise. Frigidaires, fours, télévisions, congélateurs etc. Sans chaussures renforcées ni ceinture lombaires bien évidemment. Un jour, Kevin s’est coincé un disque en soulevant une plaque de cuisson. Accident de travail, il a été arrêté.Voilà neuf mois que Kevin est en accident de travail. il a été convoqué dans le bureau des patrons en vu d’un licenciement parce que le directeur avait perdu les prolongements d’arrêt de travail que j’avais moi même apporté. Tout ceci n’a eu pour conséquence que d’augmenter son stress et donc son mal. La sécurité sociale locale a fait pression sur lui en décembre pour qu’il reprenne le travail, le menaçant de ne puis lui payer ses indemnités. « Vous ne guérissez pas assez vite monsieur » lui a-t-on dit. Ses patrons ont accepté qu’il revienne en mi-temps thérapeutique, n’ayant soit disant pas d’autre poste aménagé. Il lui ont même proposé de travailler en fauteuil roulant ! « Vous ferez plus de vente, les gens adorent aider les handicapés. » La veille de son retour, le DRH l’a appelé pour lui dire qu’ils comptaient sur lui pour le chiffre d’affaire car depuis son départ, aucun employé n’avait atteint son objectif. Résultat : alors qu’il devait passer seule ment 30 minutes par jour en position debout, Kevin ne s’asseyait que 30 minutes par jour. Après une semaine, il a de nouveau été arrêté. Aujourd’hui, il est en crainte permanente de perdre son travail ou d’être déclaré invalide par la sécurité sociale. Et pire que tout, aujourd’hui, Kevin déteste son travail. Il ne sait plus ce qu’il veut faire de sa vie. Il est en dépression.

Le directeur a fini par être renvoyé  pendant l’absence de Kevin. Et toute la direction a été  remaniée. Comme il avait sabordé Kevin auprès du patronat, Kevin a vu son poste attribué à quelqu’un d’autre. Lorsqu’il a  repris le travail, on lui a dit que s’il voulait un poste à responsabilité, il devait…faire ses preuves !

En ce qui me concerne, suite au conflit avec la première société de Kevin, j’ai décidé de me patenter et de devenir développeur informatique à mon compte. En 2013 j’ai été diagnostiquée fibromyalgique, qui est une maladie invalidante. Et en décembre j’ai été reconnue handicapé à 50%. Mais étant travailleur indépendant, je n’ai absolument aucune aide. Je dois donc travailler avec mon handicap, et faire de mon mieux.

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