Je suis externe, en 5e année de médecine

J’ai longtemps hésité à vous écrire, après tout je ne suis certainement pas la plus à plaindre. Mais aujourd’hui j’ai envie de vous parler, un peu de ma situation mais surtout de celle de mes collègues.
Je suis externe, en 5e année de médecine dans l’un des nombreux CHU de France. Je n’ai pas redoublé après ma PACES, j’aime mes études et mon futur métier. Vous me direz « tout va bien alors ». Mais le fait de passer en stage m’a ouvert les yeux sur les coulisses de l’hôpital et nos conditions de travail.
Je suis allé récemment en gériatrie, un service avec des patients assez lourd donc. Cependant l’hôpital y attribue autant d’infirmier.e.s et d’aide-soignant.e.s qu’en dermatologie où les patients sont évidemment bien lourds. Le résultat de ce sous-effectif ? Un personnel épuisé, à bout de force, des arrêts maladies récurrents avec le reste du personnel qui souffre encore plus. Il n’est pas rares de voir des soignants craquer et pleurer au milieu de la journée, plus de la moitié du personnel souffre du dos à force de porter et déplacer des personnes seul. Les journées sont longues pour tous, les oublis sont malheureusement fréquents, on n’écoute plus, on n’a plus le temps, il faut courir, toujours. Un jour, on est venu nous dire qu’à cause des arrêts (pour dépression, autrement dit burn-out), il n’y aurait qu’une infirmière la nuit. Oui, une seule. Pour 30 patients, la plupart complètement dépendants.
Les médecins ne sont pas toujours plus en forme entre leurs longues journées, les astreintes et le fait de devoir jongler entre le service, les consultations et l’HDJ. Les étudiants finissent par s’épuiser également à force de récupérer toutes les choses que le reste du personnel n’a pas eu le temps de faire.

En parlant de conditions de travail, un autre service dur : les urgences. J’ai fait 6 semaines aux urgences un été et j’ai découvert encore une fois les horaires à rallonge, le personnel épuisé et l’interdiction de s’arrêter sous peine d’être considéré comme une traître. J’ai donc fait (et je n’étais pas la seule) des jours à 39°C, avec un masque et de grosses difficultés à m’éclipser pour prendre mes médicaments. Tout ça à plus de 50h/semaines pour 100 euros par mois.

Je pourrais aussi parler des responsables qui se servent des étudiants comme punshing-ball, des réflexions sexistes, de ceux qui te disent que t’es pas fait pour la médecine si t’es pas capable de tenir 48h sans dormir …
Mais dans tous les cas, une chose est sûre, on vaut tous mieux que ça

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