Et le pire dans tout ça, c’est que ma situation est très loin d’être, justement, la pire.

Alors voilà : depuis mes 17 ans, j’effectue des jobs saisonniers de 1 à 2 mois l’été. Jusque-là, tout s’était bien passé, étant passée par une agence d’intérim. Tout est clair, net, précis et sans embrouilles.

Mais cette année, désirant suivre mon compagnon en stage, j’ai réalisé des recherches par moi-même et j’ai reçu une réponse favorable pour travailler dans un restaurant X en Dordogne.

J’ai réalisé divers remplacements (au black) au cours de la deuxième moitié du mois de mai puis j’ai été embauchée pour juin-juillet-août. Officiellement, je suis déclarée 25h bien que depuis début juillet, je travaille au moins 40h/semaine. J’ai hâte de voir combien je vais être payée à la fin de ce mois…

En effet, lors de nos discussions, j’ai toujours tenu à ce que ce soit clair pour ma patronne et moi : je parlais d’une rémunération horaire de 9€67 net,, et non brut. Finalement, j’ai été rémunérée à hauteur de 7€44 de l’heure, soit un smic horaire net. La nuance est ténue mais elle existe. Ma patronne a soutenu que c’était un malentendu, que je l’avais mal comprise. Bon, admettons. En revanche, je fus surprise lorsqu’elle m’annonça le nombre d’heures que j’avais effectuées au mois de juin : elle en avait décompté une douzaine de moins que moi. Bah oui, parce qu’à chaque fois que je daignais manger au restaurant avant le service, elle m’enlevait 30 min, chose dont elle ne m’avait jamais parlé et ce même si je mange plus en 10 min qu’en 30. Mais de toute façon, je ne pouvais rien y faire, j’avais besoin de ce travail pour pouvoir rester avec mon compagnon. Alors je ne dis rien.

Mais le pire commença en juillet. En effet, un jeune homme qu’elle avait déjà embauché l’année dernière débarqua sans prévenir pour demander s’il y avait besoin de quelqu’un en plus, en service ou en cuisine. Etant son chouchou, elle l’engagea immédiatement. Et c’est à partir de ce moment-là que tout a commencé à déraper. Elle a commencé à me traiter comme une moins que rien, à me manquer de respect, à m’imputer des erreurs qu’elle a elle-même commises (étant donné qu’elle change d’avis toutes les 2 secondes, c’est assez difficile à suivre… un coup faut mettre la crème anglaise sur le gâteau, un coup faut la mettre dans un ramequin, etc. Et ça change tous les jours et même parfois entre 2 services), à me dire que tout ce que je faisais c’était mal (alors que je faisais tout ce me disait de faire ma collègue salariée…) et que je n’étais qu’une « gamine peu dégourdie qui n’a jamais travaillé de sa vie »… Oui, certes, j’ai des soucis de santé qui rendent nécessaires mes 2 jours de repos hebdomadaires. Or, du 1er au 14 juillet, je n’ai eu droit qu’à 2 jours de repos, soit 2 demi-journées espacées d’une semaine puis deux demi-journées consécutives, qu’elle m’a octroyées en maugréant que « si vous êtes venue vous reposer, il fallait prendre des vacances ! » Ben oui, j’aurais préféré.

Mon collègue de son côté était encensé. Il était merveilleux, tout ce qu’il faisait était extraordinaire… En fait, elle essayait de me pousser à bout pour que je démissionne parce que « s’il lui avait envoyé sa demande plus tôt, elle ne l’aurait jamais embauchée, elle ». Je rentrais en pleurant chez moi presque tous les soirs. J’ai même pensé à la planter le soir du 14 juillet et à retourner chez papa-maman. Mais ce fut mon collègue qui se fit virer pour avoir « oser demander du repos en plein mois de juillet ». Il était dans son droit, et il lui a prouvé. Elle a refusé d’admettre son erreur et l’a donc renvoyé sous prétexte qu’il l’avait « embrouillée »…. et qu’il était toujours en période d’essai.

Sur ce, elle fit venir un petit jeune de 18 ans pour la plonge, qui n’avait jamais travaillé de sa vie… Elle fut tellement irrespectueuse, cassante et méchante avec lui que le pauvre prit la fuite un jour et demi plus tard sans même demander son dû.

Enfin, s’apercevant il y a deux jours que j’avais effectué beaucoup d’heures pour pallier l’absence d’un 2ème saisonnier, elle trouva toutes les excuses du monde pour m’enlever des heures sur un calcul que nous avions pourtant cette fois établi ensemble puis elle me dit de ne revenir qu’en fin de semaine. Ses salariés compenseront, eux qui sont payés au fixe, quel que soit le nombre d’heures qu’ils réalisent.

Et le pire dans tout ça, c’est que ma situation est très loin d’être, justement, la pire. Pour avoir fait connaissance avec d’autres saisonniers dans la restauration, c’est malheureusement la norme. Parfois, les restaurateurs refusent même les repas ou l’eau à leurs saisonniers, qui doivent apporter leurs propres bouteilles… Ils travaillent en continu (de 8h à 2h), avec pour unique pause 1 petite heure dans l’après-midi (et ils ne sont pas plus rémunérés). Et je ne vous parle même pas de l’hygiène dans les cuisines…

C’est donc ça, le « monde du travail » ? Super, ça donne envie. Je crois que je vais retarder au maximum ma sortie de l’université.

One thought on “Et le pire dans tout ça, c’est que ma situation est très loin d’être, justement, la pire.

  1. La restauration, comme le bâtiment, sont des secteurs complètement sinistrés en matière de droit du travail. Déjà que l’entreprise est aujourd’hui une zone de non-droit, fermée au public, où chaque patron édicte sa petite loi en toute impunité (puisqu’il n’y a plus de contrôles et que les prudhommes ne condamnent quasi jamais). Mais l’hôtellerie-restauration et le bâtiment, c’est carrément le retour à l’esclavage pur et simple.
    Des secteurs à fuir comme la peste. Mieux vaut le RSA que de travailler là-dedans et s’y ruiner la santé et le moral.

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