« oh bah attendez je viens d’en embaucher une, vous verriez ça, elle a pas inventé l’eau chaude! »

Je viens de terminer mes études, j’ai ma licence de commerce en poche, 21 ans, une motivation à toute épreuve et l’envie de ne pas décevoir mes parents en restant trop longtemps en recherche d’emploi. Chez moi, on a toujours travaillé, on n’a passé que très peu de temps au chômage et toute personne qui ne travaille pas pour une raison ou une autre est considérée comme une feignasse incapable (…).

Une amie qui se promène m’envoie une annonce placardée sur la devanture d’un grand magasin qui vend des livres, des cd, DVD et des abonnements. C’est un poste de vendeuse à mi temps qui est proposé. Largement en dessous de mes qualifications (rapport au bac+3 et aux stages que j’ai pu faire…), mais pas loin de chez moi, pour une prise de poste immédiate et dans un domaine qui me plait malgré tout : la culture.

Ni une ni deux j’imprime mon cv tout beau tout frais et je dépose ma candidature à l’accueil. Très peu de temps après, coup de fil, entretien, retenue, je démarre le lundi suivant.
Les premiers jours, ça va… J’ai énormément de choses à assimiler, on se moque de mon coté tête en l’air et de ma maladresse mais l’ambiance avec mes collègues est vraiment bon enfant et je suis contente.
Malheureusement, quand je comprends le mode de fonctionnement (TOUT a des objectifs : on doit aller voir tel nombre de personnes par jour, vendre tel livre en particulier par jour, vendre X abonnements par jour, passer X heures en caisse, X heures en surface de vente etc), je me rends compte qu’une de mes collègues se fout bien de moi en me mettant en caisse lorsque le panier du client est pourri, et me reprend la caisse lorsque le panier du client est plus fourni : première grosse engueulade de la responsable. Je me retrouve convoquée dans son bureau et elle me demande de lui expliquer comment mon panier moyen peut être aussi mauvais… Je passe quelques minutes à essayer de lui expliquer que quand la surface de vente est bien gérée, la personne en caisse a de bons paniers, et que lorsqu’elle est mal gérée, la personne en caisse a de mauvais paniers. Simple, mais non, elle défend sa vendeuse et m’ordonne de m’améliorer. Soit.

Je me défonce pour arriver à tenir mes objectifs mais le système de vente me dégoute de plus en plus. Je suis sans arrêt épiée, écoutée, contrôlée par cette responsable qui, soit dit en passant, passe le reste de son temps les fesses posées sur sa chaise dans son bureau…

Bien vite je me rends compte de nombreux abus :

– appels sur mon jour de repos pour me poser des questions

– appels sur mon jour de repos pour me demander de venir en urgence…

– brimades sur mon répondeur hors de mes heures de boulot pour une erreur faite la veille

– modification de mes horaires la veille pour le lendemain

– JAMAIS un seul samedi de libre sans devoir presque supplier (sur un an : un seul samedi de libre)

– mon seul samedi, demandé des semaines à l’avance, pour un mariage, est menacé d’être sucré une semaine avant la date. La responsable demande à mes collègues de me demander de venir quand même « au moins le matin  » et trouve ça inadmissible que je ne me « débrouille pas » pour venir..

– des horaires qui empêchent tout simplement d’avoir une vie (exemple 9h-13h puis 17h-19h30)

– on me reproche de ne pas emprunter les livres vendus en boutique pour pouvoir mieux les vendre. Livres que, bien sur, on me demande de lire chez moi sur mon temps libre… (heyyy oui mais désolée moi tes romans pourris je m’en sers de cale porte…)

– réprimandes en public, devant les clients et les collègues

– appels sur ma pause déjeuner

– moqueries et insultes à propos de mes collègues, devant moi et les clients, exemple « oh bah attendez je viens d’en embaucher une, vous verriez ça, elle a pas inventé l’eau chaude! »

– propos racistes sur une de mes collègues d’origine africaine, fille brillante, qui s’est retrouvée là un peu par hasard : « tu sais, ces gens là, soit ils sont reconnaissants que leur donnes du boulot soit ils sont faignants! » (…)

– convocations non justifiées dans le bureau de la responsable, pendant lesquelles elle casse du sucre sur le dos de mes collègues

– stratégie du « diviser pour mieux régner », me convoquer pour dire du mal d’une collègue, puis convoquer une collègue pour dire du mal de moi…

– devoir travailler seule une matinée sans avoir droit de quitter la caisse pour aller en réserve ou pour une pause WC

– devoir aller au devant des voleurs sans faire appel aux forces de l’ordre et donc risquer d’en prendre une pour un bouquin à 6 euros

– passer une journée entière à devoir déchirer en petits morceaux des tickets de carte bancaire d’au moins 3 ans que la responsable n’a jamais pris le soin de détruire comme la loi l’exige passé un certain délai

– faire en sorte qu’une des collègues avec qui je m’entends très bien et qui est un peu rebelle aussi ne puisse jamais avoir les mêmes pauses déjeuner que moi

J’ai la tête dure, et un caractère à toute épreuve. Je tiens bon. A la fin de mon premier CDD de 6 mois, j’ai déjà vu un turn-over très-trop important… Je signe pour un deuxième CDD car financièrement, je m’y retrouve : c’est une grosse boite avec primes de participation, primes sur les objectifs, primes de fin de CDD etc.

J’ai de plus en plus de mal à me retenir de répondre. Je deviens distante et mutique, elle me le reproche, essaye de me faire parler, je reste muette.

Elle embauche pendant mon deuxième CDD plusieurs personnes :

– la première partira à la fin de ses deux jours d’essai, écœurée et hallucinée de voir comment la responsable se comporte avec nous

– la deuxième se voit reprocher de ne pas faire d’abonnements alors qu’elle n’a même pas un numéro de salarié pour enregistrer ces abonnements… Elle promettra à cette même personne qu’elle sera embauchée tout l’été mais « oublie » de la rappeler à la fin de son premier cdd..

– la troisième revient de congé maternité, dans les premiers jours la responsable lui dit « tu devrais continuer à t’occuper de tes enfants car tu n’es plus dans le rythme tu tires l’équipe vers le bas »

– la quatrième est embauchée par l’opération du saint esprit ! Elle est totalement incompétente dès les premiers instants, et pas du tout compatible avec l’équipe. Elle nous gène plus qu’elle nous aide et on doit faire son travail en plus du notre. Personne ne peut la brimer car elle n’aurait jamais du être embauchée… elle ne saura jamais qu’elle n’est pas gardée. Elle n’est juste plus présente sur les plannings pendant sa période d’essai..

Aujourd’hui, et 5 ans après avoir quitté cette sale boite, j’en garde encore des sortes de séquelles que j’essaye d’effacer :

– j’ai un gros problème à supporter une hiérarchie incompétente. Je pourrai devenir vraiment désagréable et vulgaire avec un patron moins bon ou efficace que moi

– je ne fais pas confiance à mes collègues

– je n’offre rien à la boite pour laquelle je bosse : pas un seul kilomètre pas une seule minute

A la fin de mon deuxième CDD de six mois, la responsable me convoque et me propose un CDI, que je refuse. Surprise et vraiment désabusée, elle me dit que j’ai tord, que je ne peux pas me permettre vu la conjoncture de refuser un emploi stable etc. Je persiste et lui dis que je terminerai ma collaboration avec elle à la fin de mon CDD.

A partir de là, ça a été brimades sur brimades, engueulades non justifiées, remarques sans arrêt, la responsable tout le temps derrière mon dos et compagnie. J’apprends le jour de mon départ qu’elle raconte à tout le monde que je suis une feignasse et que je « me casse » pour aller toucher les allocs.

Bah non ma grande, je me barre parce que tu sais, je vaux LARGEMENT mieux que ça… « 

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