Un « petit con idéaliste » d’aujourd’hui

 

De longues études, un BAC+3, cinq ans d’expériences en entreprises… j’ai 29 ans et depuis deux ans je suis sans emploi !

Je fais parti de cette génération pleine d’envie, d’enthousiasme et de dynamisme.

Vous savez ces jeunes nés dans la crise, dans un avenir décourageant, semé d’embûches et qui te casse

avant d’avoir commencé quoique ce soit mais, qui malgré tout ont la joie de vivre et la niake !

Mais siiiii les Y là tu vois le genre ?

Je suis de la classe moyenne, cette fameuse catégorie de famille ouvrière à peine trop riche de 9€

pour prétendre à des aides sociales et pas assez pour partir en vacances à l’étranger ou se faire un resto plus de deux fois par an.

C’est naturellement que j’ai voulu suivre une autre voie, celle du « petit con idéaliste » qui veut vivre de ses passions.

Né avec un crayon à la main (comme le disait papy), pleins d’idées, une sensibilité au monde qui m’entoure, c’est décidé

je veux vivre de mes passions. Je sors du collège, des concours sont ouverts pour rentrer dans un des rares lycées professionnel publique

(et gratuit) des arts appliquées et de la communication. Je tente ma chance au concours, parmi d’autres gamins…

environ 2700 « petits cons idéalistes » comme moi en fait 🙂

Seulement 62 places disponibles par an pour presque 3000 postulants qui se présentent chaque année.

C’est à ce moment-là que j’aurai dû comprendre… de rares élus sélectionnés parmi la masse…

Mais bon j’étais l’un des élus, l’un des rares privilégiés à avoir répondu juste aux questions, passé un oral

devant jury à la perfection, dont le travail artistique (ridiculement médiocre quand j’y repense) a touché les jury qui m’ont donné ma chance.

C’est enrichissant, c’est fabuleux d’étudier ce qu’on aime, c’est à la fois passionnant, stimulant et valorisant.

Je suis entouré de jeunes passionnés comme moi, et constate que certains ne sont pas très contents d’être là en fait.

D’autres ont un niveau de dingue contrairement à moi, pas grave, je suis débrouillard, plein d’envie, d’enthousiasme et de dynamisme…

je vais les rattraper avec les moyens que j’ai… Je suis un petit con d’idéaliste.

Il m’a fallu 4 ans mais j’ai été parmi les 5 premiers et j’ai obtenu mon BAC PRO.

J’ai 19 ans, j’ai déjà réalisé 8 stages de 6 semaines non rémunérées en entreprises lors de ma formation (8 stages non rémunéré t’as bien lu je ne me suis pas trompé de touche).

Depuis mes 17 ans j’ai travaillé tous les étés et ponctuellement dans l’année pour mettre des sous de côté, m’acheter des clopes et ne pas dépendre

d’argent de poche de papa et maman. J’ai poursuivi mes études en payant une école de MA POCHE grâce à des jobs alimentaires

pour me spécialiser en WEB et création numérique en privée après mon BAC.

Sortie de l’école je travaille en CDD comme infographiste dans l’édition et chez des agences de communication.

Et ouai 5 ans d’études, des jobs alimentaires, 8 stages en entreprises où j’ai travaillé au même titre qu’un salarié pour 0€

et je démarre ma carrière officielle d’infographiste avec à peine plus qu’un SMIC sur PARIS en CDD de 6 mois youhouuuuu ça commence bien !

(Mais au moins je commençais quelque part, aujourd’hui on sort des études sans une réponse à une candidature… triste !)

Pour ce premier CDD dans ma branche je gagne le même salaire que ma belle-soeur, niveau CAP qui taff à Leclercs.

Pas grave, je suis jeune, je « débute » et ont m’a bien appris que dans la vie on commence toujours bas

pour gravir les échelons et j’accepte volontiers de faire mes preuves. (note à moi-même, trouver ce putain d’échelons dont tout le monde parle)

Il y a l’intégration d’un jeune de 18 ans en alternance qu’on me demande de former et à qui on donne mon poste en me « remerciant »

après un harcèlement moral que je subis dans le but de me faire démissionner.

Mais je tiens bon pour cumuler suffisamment de jours pour prétendre au chômage au cas où je galère. (L’intuition!)

Je pointe à Pôle emploi, ça ne dure que deux mois (ouf), je trouve un autre poste d’infographiste dans une agence de communication parisienne (re-ouf).

Les gens sont superficiels, ils sont étrangement cruels les uns envers les autres, mais souriant et se pavanent en jouant un rôle de « la vie est fun »

mais les cernes noirs qui tombent en bas de leurs joues livides ne sont pas vraiment « fun ».

Très rapidement je comprends la raison, la surcharge de travail est énorme. (aie)

Je me lève à 5h30 du matin, j’ai environ 2h30/3h de trajet par jour et je rentre chez moi vers 23h30/00h.

Je touche un SMIC, mes heures sup’ ne sont pas payés et je n’ai aucuns avantages sociaux. (Et bim!)

Je suis livide, des cernes apparaissent jusqu’en bas de mes joues, j’ai perdu 4kg en trois semaines, je suis aigri, mais j’ai un taff dans la profession

que j’ai étudié, je ne dois pas avoir de trou dans mon CV, ce n’est que trois mois je peux le faire, je suis l’un des rares élus, je suis chanceux ! (ahahaha)

Le patron est immonde, stupide, bourrin et imbuvable. Il traite les femmes comme des chiennes et les mecs comme des rivaux.

Je le vois lancer des téléphones ou des stylos dans la tête des employé(e)s ou des free-lances qui viennent bosser sur place.

Vous trouvez ça choquant vous ? Le plus choquant c’est de voir les victimes sourires gêner en demandant « oui ? » et le reste de l’équipe rigoler !

Un jour il débarque dans la salle de repos et lance un magazine, comme ça sans raisons dans ma gamelle de nouilles chinoises sauce crevette piquante

qui m’éclabousse moi et tout l’environnement autour de moi…puis il repart en rigolant comme si de rien était.

Tout le monde me regarde… grand silence… et puis fou rire général !

« C’est normal, t’inquiètes pas le patron est sous coke fait pas attention…le prend pas pour toi… » (WTF?)

JE CRAQUE ! Je ramasse ce qu’il reste de ma gamelle de nouilles sauce crevettes piquantes, je rentre dans son bureau et lui jete ça contre le mur derrière lui.

Il se recul et me demande de quitter les lieux en m’insultant. Je lui dis tout ce que je pense de lui, de son comportement et de son agence.

ça gueule, ça injure, ça part en vrille et tout le monde en profite silencieusement avec un petit sourire en coins.

Le contrat est rompu pour faute grave… je reste cinq mois au chômage, (aïe) deux entretiens (sans résultats) et pas une réponse

même négative à mes nombreuses candidatures. (Mais ils sont où les salariés, il y a du boulot qu’à Paris et pourtant les boîtes semblent déserte)

Une mission de trois mois, pour à peine un SMIC et des semaines interminables de chômage qui me démoralise plus tard.

Je décide que les galères de recherche d’emplois dans ces conditions ne sont pas tolérables surtout pour obtenir un SMIC.

Reprise des études, en alternance cette fois, je vis chez mes parents, j’ai 24 ans et les 940€ de salaire pour 3 semaines de travail stable toute l’année

me semble une bonne base économique tout en me « formant » de nouveaux au web et à l’animation de manière plus poussée.

Quand j’y repense, c’était drôlement plus facile de trouver une boîte en alternance 😀

Je suis donc assistant de directeur artistique, deux mois après mon recrutement mes propositions pour un gros projet

de jeu en réalité augmentée mobile sont validés et encenser par le client. La hiérarchie me donne ma chance !

Désormais, je ne suis plus « stagiaire » ou en « contrat pro » ou « assistant  » ! (WOUHOUUUU)

Je suis un vrai directeur artistique, on se partage les projets avec mon mentor, je produis un travail considérable

pour différents gros annonceurs… des objectifs remplis dans des délais dignes d’un vrai professionnel 😀

… oui enfin, sur papier je suis toujours un contrat pro et je touche toujours 940€/mois

pour produire exactement la même charge que le DA payé lui environ 2500€.

(tout va bien ! Je « débute » et tous mes potes sont soit dans le même cas ou au chômage à m’envier…)

Je taff comme ça tout le cursus pour de grands annonceurs et je participe avec l’équipe à faire gagner des milliers d’euros à l’agence.

Tout ça dans une bonne ambiance ou l’on rie, travail sérieusement, sort le soir après le boulot, après des heures sup’ pas payées

(mais en vraie elles existent vraiment ces putains d’heures supplémentaires payées ?) Pas grave, c’est la vie quoi !

On me promet un CDI bien mérité Un mois avant la fin de mon contrat, je suis « la perle rare »

comme dit la big boss, mon DA, le manager, l’équipe, tous sont d’accord, il faut me garder !

Je suis heureux ! je suis chanceux ! Je suis… un petit con idéaliste !

Trois jours avant la fin de mon contrat pro, la Directrice générale m’annonce en entretient…

« Tu sais les temps sont dures, c’est la crise, on ne remporte pas assez de contrats… (wowowoh ça sent pas bon)

et hélas je ne peux plus te proposer un CDI… tu nous coûterais le double voir le triple de ton salaire tu t’en rends compte ?

Et puis entre nous des stagiaires je peux en trouver pleins c’est pas ça qui manque, mais vu que tu es vraiment bon

et que j’ai également appris par l’école tes soucis familiaux (mon père a fait un AVC et est ressorti avec de lourdes séquelles cérébrale)

je te propose de te déclarer en freelance et de continuer à travailler ici comme tu l’as fait toute l’année, du lundi au vendredi

pour environ 1300€ ça te ferait les charges en moins du 1000€ grosso modo ».

… je suis sonné, c’est une massue qui vient de me tomber sur le crâne.

Je garde mon calme et répond que c’est difficilement envisageable.

– « J’ai 25 ans et mon objectif est de me stabiliser, de prendre un logement et le travail que j’ai réalisé

mérite plus que cette situation ! Je n’accepterai qu’un CDI et…  »

– Elle me coupe la parole et me balance énergiquement et souriante :

– « Ah ok alors, c’est juste une parenthèse hein, hors contexte de l’entretien, mais si tu souhaites un logement sur Paris

là aussi je peux t’aider 😀 j’ai une chambre de bonne de 14m2 au dernier étage de mon immeuble.

Je la fais pour 900€ tout compris mais, pas éligible aux APL c’est pas déclaré hein

hinhinhin on se comprend hinhinhin ça t’intéresse ? » (tu connais cette veine de rage sur le coin du front de Son Goku ?)

J’ai d’abord réagis en lui demandant poliment  » c’est une blague ? Tu cherches à me tester ou tu es vraiment sérieuse ? »

(oui on se tutoie dans le monde de la com’ c’est tellement plus cool et plus fun !) Elle est très surprise et en perd son sourire :

– « Je suis sérieuse et pour tout te dire, dans le contexte actuelle je me trouve très généreuse, t’as une chance

que d’autres n’ont pas, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »

évidemment j’ai refusé, je lui ai dit que sa proposition était scandaleuse, illégale et juste écoeurante après tout le travail que j’ai effectué.

Elle me rétorque que je suis un inconscient, qu’elle m’a tendu la main et que je suis un ingrat doublé d’un prétentieux qui ne vit pas dans la réalité…

Après, cette « Nanti » aristocrate (oui elle a grandi dans un château, est issue d’une « bonne famille » me dit que les temps sont dures

avec un collier de perles de cultures autour du cou) a perdu les 3/4 de ses salariés, tous démissionnaires, elle les a remplacés par une free-lances

qui a accepté sa proposition et tourne aux stagiaires et contrats pro… (Les aides aux entreprises c’est fait pourquoi déjà ?)

Je suis repartis complètement… démolis, écoeuré, furieux et vindicatif.

Il me faut plusieurs jours pour m’en remettre psychologiquement je suis effondré.

Je pointe à Pôle emploi et rien y fait, je n’ai plus aucune réponse à mes nombreuses candidatures.

Il faut des mois avant de retrouver un poste de web designer autonome en CDD qui m’a permis (oh miracle) de louer un 30m2

et qui a pris fin il y a bientôt deux ans. Les raisons ? Je suis, je cite les associés :

« Un bosseur appliqué et très créatif, très apprécié de l’équipe et d’une dynamique incontestable…

hélas une personne (la pote du patron en vraie) plus expérimenté sera plus efficace, de par sa maturité, pour former

des stagiaires graphistes qui nous rejoindront peut-être et paraître plus pro en cas de rendez-vous client… voilà…

en tout cas reste comme tu es, tu es une très belle personne (Marion sort de ce corps !)

… on ne te retiens pas, il serait fort sympathique de pouvoir terminer de manière professionnelle ».

(… sans commentaires… ah si juste un… je suis le quatrième web designer de cette agence en deux ans… rooooh intuition où étais-tu bordel ?).

Aujourd’hui il y a très peu d’opportunité, candidatures, recherche active de travail, le réveil à 8h du matin,

la prospection, l’auto-formation, tout ça sans aucun résultat et pire encore…

Jamais de raisons, d’explications, rarement une réponse (on va dire 5% à peine)

Des RH médisant, des entretiens collectifs, des questions pièges et robotisés à la manière d’un interrogatoire chez les flics.

Il y a aussi ces recruteurs « à la cool » qui disent en fin d’entretien:

« t’es génial je te veux dans mon équipe, tu passe un test et d’ici deux semaines je suis convaincue que c’est toi qui travail avec nous »

et qui ne donne plus signe de vie quand tu les appels ou les contactes par mail ! (mais pourquoi ? P-O-U-R-Q-U-O-I ?)

Tout ça casse un homme, le résultat est la perte totale de confiance en sois et envers les autres.

C’est de loin la situation la plus difficilement gérable au quotidien.

C’est humiliant, épuisant et débilitant. La société nous craches dessus et nous rends responsable de la crise.

N’importe qui, les diplômé, les sur-diplômés, les expérimentés, hommes, femmes, étranger peu importe, tout le monde

peu bien commencer sa vie et se retrouver dans une situation similaire et toucher le fond

Je ne suis pas un « inactif » ou « un parasite », un profiteur du système ou un inadapté.

Je suis juste un jeune mec parmi tant d’autre, ambitieux, parti de rien et qui a réussi des merveilles, des challenges, pour trois fois rien

et sans la moindre reconnaissances. Aujourd’hui après toutes ces expériences clairement gerbantes et démoralisantes je n’ai qu’une chose à dire…

Je suis toujours debout, je continue, j’avance, je reste droit dans mes bottes, je garde la tête haute.

Je / on vaut mieux que ça.

6 thoughts on “Un « petit con idéaliste » d’aujourd’hui

  1. Il y a quelque chose qui m’intrigue. Pourquoi ces messages alors que soi-disant le site ne prend plus les posts ? MYSTERE.
    Ceci dit, il faudra combien de posts, si ce n’est un fake, pour qu’on nous entende ?
    Combien d’humiliations, d’indignités, d’entretiens dévalorisants et abusifs doivent-ils etre programmés pour asservir les gens ?
    la période d’essai n’est pas faite pour les chiens. Qu’on donne un juste travail aux gens. Ils le valent bien

  2. « le résultat est la perte totale de confiance en sois et envers les autres. »

    J’ai 31 ans, j’en suis un peu au même point. Surtout, la conviction finit par monter en moi que je suis complètement incompatible avec le monde professionnel, qui ne fonctionne qu’à l’abus, la tromperie, l’agressivité, l’exploitation. Quand tu t’investis en pensant obtenir un jour un retour, quand tu passes un an sans vacances, à bosser soir et week-ends et que tu reçois ta lettre de licenciement parce que tu as osé demander un congé paternité (légalement obligatoire), quand tu vois que derrière la façade cool et les sourires se cache une réalité très violente et dure qui menace sans arrêt de te bouffer si tu restes trop tendre… Bah franchement tu te dis : sois je deviens pareil : dure, cynique, cruel, insensible aux autres, focalisé sur mes petits intérêts et volontairement aveugle à tout le reste ; soit tu finis au chômage.
    Ce n’est pas une question d’effort, de compétence, de motivation : réussir, c’est avant tout supporter, et même adhérer à la violence de la culture d’entreprise d’aujourd’hui.
    Etre inadapté à cette violence, c’est simplement avoir encore un cœur qui bat.

  3. Je suis l’auteur de ce ce témoignage, je l’ai rédigé il y a 3 où 4 mois, ce n’ai donc pas un fake. Je pense qu’ils ont effectivement arrêté d’en accepter pour trier et publier les nombreux messages qu’ils reçoivent.

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