Non Madame, je ne resterai pas. Non je ne veux pas d’un CDI.

Suite à une interruption temporaire de mes études pour raison financière, j’ai voulu travailler quelques temps afin d’économiser et aider mes parents.

Je suis donc partie à la recherche d’un emploi le temps de tenir et ayant fait des stages dans l’univers de la vente, je me suis dis qu’il fallait miser sur le peu d’expérience que j’ai. Je suis tombée sur une annonce pour une chaîne de magasin de marque française, cherchant du personnel à mi-temps sur plusieurs magasins. Chouette me suis-je dite !

J’ai donc passé un entretien et précise que je ne disposais pas de véhicule et que n’étant pas très mobile, je pouvais quand même me déplacer dans tout le centre-ville car reliés aux transports en communs. Ma candidature a été retenue, je commence dans les jours qui suivent. Sauf qu’on m’envoie dans un centre commercial à l’extérieur de la ville, et vous vous en doutez, sans vraiment m’en laisser le choix, en me promettant que ce serait temporaire etc.

Le magasin est sympa, l’équipe (composée uniquement de femmes) à l’air aussi, quoique un peu froid surtout la manager. Je m’intégrerai sûrement plus tard, je suis de nature sociable !

C’est tout de même 3 heures de trajets par jour en bus montre en main, et pour suivre le rythme d’ouverture du centre (9h30/20h00) je devais me réveiller à 5 heures du matin pour être à l’heure et quand je fais des fermetures, j’arrivais chez moi vers 23h00.

Ces trajets étaient épuisants, mais ce n’était rien par rapport à l’ambiance au travail, surtout avec la manager.

Parce qu’elle appelait tous les matins et tous les soirs en ouverture/fermeture de caisse pour que je compte avec elle qu’il n’y ait pas d’erreurs de caisse.

Parce qu’elle me donnait des indications sur la façon de m’habiller et de me coiffer, que je devais acheter des vêtements du magasin pour m’habiller avec la marque même si c’est hors de prix pour moi. Que je n’avais pas le droit de tutoyer mais que elles oui. Des phrases que je devais répéter par cœur aux clients et me forcer à sourire en permanence même quand il n’y avait personne et que je pliais. D’ailleurs, ma façon de plier lui « plait tellement » qu’elle m’a dédiée cette joyeuse tâche et que elle et les autres vendeuses n’avaient plus à se soucier de ça. Elle me chronométrais quand j’habillais les mannequins, quand je faisais la table d’attaque, si je prenais trop de temps j’avais moins de temps déjeuner. Bref. Et comme j’étais la seule non-fumeuse, elles en profitaient pour multiplier et allonger les pauses clopes ensemble, me laissant seule en magasin, sauf que moi, je n’avais pas le droit à de telles pauses. Ben non, je fumes pas, pas besoin de décompresser.

Malgré tout, j’ai commencé à bien m’entendre avec quelques vendeurs des magasins à côtés du mien, nous avions nos pauses déjeuner en même temps du coup nous nous arrangions pour manger ensemble, c’est ce qui m’a fait tenir. Certains m’ont même proposé de me déposer en centre-ville pour que je gagne du temps.

Sauf que je recevais de plus en plus de commentaires du style:

« Pourquoi tu ne restes pas mangez en réserve tu es toujours en extérieur pendant la pause déjeuner, tu es sûre de connaître les objectifs ? »

« Je te vois traîner avec des vendeurs concurrents, j’espère que tu ne communique pas nos résultats. »

« Pourquoi tu coupes ton portables pendant les pauses ? On peut pas te joindre et si on a besoin de toi ? »

« Ce garçon du magasin en face… Il te raccompagne en voiture ?Je dis rien, mais il y a des choses qui ne se font pas… »

Plus les jours passaient et plus je me sentais épuisée. Pas la fatigue physique, celle dû au fait que l’on reste toute la journée debout en petits talons à courir à droite à gauche avec interdiction de s’asseoir, porter des cartons plus lourd que soit ou de ne pas pouvoir boire ou aller aux toilettes pendant des heures.

Plutôt celle qui te fait vivre comme un robot avec un rythme décalé, que tu n’as plus le temps de voir tes amis parce que tu n’as pas de week-end ou ta famille chez qui tu vis pourtant parce que quand tu pars tout le monde dors et quand tu te lèves pareil. Parce que quand tu es en repos tu dors toute la journée pour récupérer de ta semaine et que même dans ces moments là on t’appelle pour des renseignements. Celle qui fait que tu n’as plus envie de rien, tu n’as le temps pour rien. Et que tu vois ta paie en fin de mois, que la manager a « oublié » de noter les heures supplémentaires que tu as faites et le document pour ne pas se faire rembourser les frais de transports ou avoir des tickets restaurants.

Une fois lorsque j’encaissais une cliente avec qui j’avais un bon feeling, elle m’a dis qu’elle espérait me revoir que j’étais une bonne vendeuse. Je lui ais dis que je serais peut-être validée. La manager m’a convoqué dès la cliente partie, me faisant la morale pendant 10 minutes parce que je faisaispour une mauvais personne, que je jouais les victimes etc…

J’ai tenu 1 mois et demi, puis j’ai décidé de rompre ma période d’essai. Sauf que la manager a voulu me garder, me proposer un CDI même ! Mais je n’en pouvais plus et elle me demandais de me justifier parce que « Ça ne se fait pas d’abandonner ton équipe en pleine période, Décembre arrive tu sais ! »

Je savais que je n’avais pas de justifications à donner et que j’avais un délais de 48 heures à respecter, mais elle m’a fait tellement culpabiliser je suis restée 1 semaines de plus, je passe les détails sur l’ambiance de travail. Elle voulait prolonger encore, m’appelant même sur mon portable mes jours de repos : « Tu es si souriante au travail, tu n’es pas bien ici ?  » « Tu ne nous aime pas c’est ça ? » mais si je restais 1 semaine de plus la période était terminée et avec plus la possibilité de partir.

Et là pour la première fois, j’ai dis non. Non Madame, je ne resterai pas. Non je ne veux pas prolonger la période d’essai. . Non je ne veux plus être payée au lance-pierre avec des heures supplémentaires « oubliées » sur ma fiche.

Non je ne veux pas d’un CDI.

Oui je veux partir.

« De toute façon, je savais que tu étais une erreur de recrutement ».

Non, je vaut mieux que ça.

Voilà, je sais que c’est un peu long et je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire.

5 thoughts on “Non Madame, je ne resterai pas. Non je ne veux pas d’un CDI.

  1. C’était un cri du coeur, un texte et un vécu très parlant et humain, une situation comme d’autres qui ne devraient pas exister au quotidien, la fin de ton histoire passée aujourd’hui à été très courageuse et je me demande comment cette « manageuse » à pu se permettre cette dernière phrase.

    Bref, un grand bravo et quel plaisir maintenant d’attaquer la vie, avec de nouvelles armes et de nouvelles motivations, à pleine dents et je l’éspère, pleine de meilleures surprises !

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