Je pleure très souvent le soir après le service.

J’avais 20 ans et je ne pouvais plus continuer la fac, faute de moyens.

Je cherche à vite me former dans un métier où il y a de la demande : la restauration me semble être la meilleure option.
Je démarche tous les cafés et restaurants de ma -grande- ville, en sachant bien que sans expérience, ça risque d’être difficile.
Enfin, je suis engagée quelque part, dans un restaurant sur une jolie place.
Le patron cuisinier m’explique le « métier ». Tout est de bric et de broques, de très mauvais goût, et les premiers services sont très calmes. Nous sommes pourtant en pleine saison touristique et je commence à comprendre que je ne suis pas forcément tombée dans le meilleur endroit.
Enfin signature du contrat. En règle, sur le papier. Je ne suis pas nourrie, je n’ai pas le droit de m’asseoir même si il n’y a personne, pas de pause, pas le droit d’aller aux toilettes. Tout ça, je l’ai réalisé graduellement, avec l’air étonné de mon patron  » Mais qu’est-ce tu fais? Tu crois que tu peux aller aux toilettes pendant le service? » « Mais, tu as cru que tu pouvais manger une pomme avant le service ?? »
 Et, enfin, le pire : je suis seule avec le patron, qui part parfois dans des monologues incompréhensibles, insultant les voisins, les dieux, où que sais-je encore. Il me fait peur.
Je me renferme comme un coquillage, j’ai un CDD de deux mois, je me dis que je peux vite trouver autre chose.
L’autre serveuse porte le même prénom que moi. Nous ne travaillons pas ensemble, pourtant, cela perturbe notre patron, qui décide de me renommer « petite ». Pour nous forcer à écouter ses litanies, il fait sonner le carillon qui annonce qu’un plat est prêt.
A la fin des deux mois, je n’ai rien trouvé, le patron renouvelle mon CDD. L’hiver est là, personne ne vient dans ce « restaurant » ( et pour cause ). Comme c’est calme, je dois repeindre les radiateurs dans le sous sol, y démonter le faux plafond. Il y a un trou au milieu du sol derrière le bar, il faut faire attention sinon on atterrit un étage en dessous. J’ouvre le restaurant et je le ferme seule, dans un quartier un peu mal famé. Je pleure très souvent le soir après le service. Au bout de 5 mois, je décide de quitter « l’homme qui m’a tout appris ». Cette histoire date un peu et pourtant j’ai toujours énormément de haine contre ce « bienfaiteur ».

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