J’ai travaillé dans l’industrie agroalimentaire

J’ai travaillé dans l’industrie agroalimentaire alors que je venais d’avoir ma majorité.
C’était du travail à la chaîne « basique » et nous étions beaucoup de jeunes (intérimaires, saisonniers…) à travailler dans cette entreprise, et les manquements au Code du Travail y étaient légion.
Nous travaillions au minimum six heures par jour, debout, immobiles (sans avoir le droit de bouger ou de nous asseoir, car cela « diminuait notre productivité » selon le patron), avec seulement dix minutes de pause lorsqu’on nous y autorisait (j’ai fais ma période d’essai de deux jours sans y avoir droit…), et qu’on devait même demander la permission pour aller aux toilettes. On venait nous prévenir cinq minutes avant la fin de notre poste qu’en fait non, y’avait eu une nouvelle commande, on devait rester encore deux heures. Parfois, à la fin des deux heures supplémentaires, on revenait nous voir pour nous dire de rester une heure de plus.
Oh bien sûr, celles et ceux qui voulaient partir pouvaient le faire mais « c’était pas la peine de revenir le lendemain alors ».
Au final on se tapait des semaines de 50h, et les personnes mineures de l’équipe (auxquelles le chef adorait faire des propositions lubriques et déplacées, au passage) qui faisait exactement les mêmes horaires que nous.

Après cette « expérience », je me suis jurée de ne plus m’abaisser à subir des conditions de travail ignobles et deshumanisantes, et je me suis mise à devenir sélective quant aux postes pour lesquels je postulais en me disant que je refusais d’avoir un travail dans lequel j’irais à reculons.

Aujourd’hui, je suis inscrite dans un dispositif que appelé « Garantie Jeunes », qui nous « donne » 460€ par mois en échange de devoir aller à 4 semaines de rendez-vous à des ateliers consistant majoritairement en la venue d’intervenants et intervenantes qui te rabâchent que si t’as pas de diplômes on t’embauchera pas, que la jeunesse d’aujourd’hui est dans une situation de précarité mais que « changer souvent d’emploi c’est bien, ça permet de multiplier les expériences ! » (Ceci est une vraie citation au mot près d’une intervenante de Pôle Emploi), ou encore que « vous savez, si ça n’embauche pas dans votre zone géographique il va falloir soit déménager, soit être moins difficile », ainsi que de devoir t’inscrire dans trois agences d’interim, faire quatre démarches de demande d’emploi par jour, accepter tout les contrats, postuler partout et t’engager à rester dans ta zone géographique pour pouvoir « être à disposition n’importe quand pour du travail ».

J’ai donc le choix : soit je renonce à ma dignité, mes rêves et mes espoirs, pour 460€ par mois pendant un an et je cherche à retourner dans un travail peu (pas) épanouissant et précaire pour avoir de quoi vivre, soit je refuse d’à nouveau effectuer un travail dans lequel je ne serais pas heureuse, qui me poussera à carburer aux anxiolytiques et antidépresseurs, et je risque de potentiellement finir à la rue.

Je n’ai à vrai dire, pas la moindre idée de ce que je vais faire pour le moment.
Cependant je voulais dénoncer ce en quoi consiste ce dispositif tant applaudit par divers médias qui saluent cette initiative sensée « aider les jeunes ».

Non. Ces personnes ne cherchent pas à nous aider : ils font pression sur nous financièrement en nous menaçant de nous retirer le peu d’argent qu’ils nous accordent si nous avons l’audace de refuser des offres ou de nous montrer sélectifs et sélectives dans les postes que nous voulons occuper.

Merci de m’avoir lue

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