« Tu es minable, tu te penses intelligent, mais tu es juste minable ! »

Aaaah, ces années étudiantes… En y repensant, quel bonheur ! Ne serait-ce que le fait de ce souvenir de ces heures de travail, les larmes me viennent aux yeux. En effet, quel bonheur d’aller joyeusement travailler après les cours.

Mais enfin, pensez-vous, ce n’est pas si difficile, car les cours, ce n’est pas du travail, ce n’est pas la vraie vie. Non, les cours, c’est un à côté du travail, quelque chose que l’on fait afin d’être un peu moins bête et de s’occuper.

Et puis, que vous voulez ? Il faut bien vivre. Et pour vivre, il faut travailler. Et les cours, ça na rapporte pas d’argent, donc ce n’est pas vraiment du travail. D’ailleurs, je payais pour faire ces cours ! Alors c’est un peu des loisirs, non ? De quoi vais-je me plaindre ?

Eh bien jeune homme ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu te sens fatigué ? Ah bah c’est ça de faire la fête, hein ! C’est pas en passant 20h par semaine ici que tu vas être fatigué, merci !

Ce qu’il y a de beau en restauration collective, c’est que nous sommes une grande famille. Je veux dire, une très très grande famille ! Tellement grande, par ailleurs, qu’on a à peine le temps de connaitre sa tante qu’elle est remplacée par une autre. Je me demandais du coup si je n’avais toujours qu’une tante mais qui changeait tout de le temps de tête, ou si j’en avais plusieurs et que je devais les compter en « n+1 ». Avec cette méthode de calcul, je pense que je suis arrivé en un peu moins de deux ans à une dizaine de tantes pour une effectif de 20/25 personnes en moyenne. Et encore, je ne parle pas des cousins !

Mais que voulez-vous : ils n’avaient pas l’esprit de famille. Et quand on a pas l’esprit de famille dans une grande famille, ben ça occasionne des frictions, m’voyez ? Il faut se serrer les coudes, surtout avec les objectifs : « Bon, hier on a fait n point de moins que le même jour la semaine dernière, donc à espérer qu’aujourd’hui on fasse mieux et qu’on soigne ces objectifs ! ». Je peux les dorloter peut être, les caresser ou les amuser si vous voulez ? Non parce que moi, les massages et tout, ça me connait. J’aime bien.

Ce qu’il y a de bien aussi avec cette grande famille, c’est qu’il y a des règles. Des règles d’hygiène évidemment, même si ça n’empêchait pas untel de se taper sa trace avant de commencer. Beh oui, faut bien passer le temps. Mais c’est bizarre tout de même.

Mais il y a aussi des règles de re-spect. Attendez, je vous l’épelle comme on m’a apprit : R-E-S-P-E-C-T. Voilà. Arriver à l’heure et pointer. Arriver à l’heure c’est normal, mais pointer… Je dois avouer que pour une réunion de grande famille, j’ai toujours trouvé cela étrange. Alors bon, il va de soi qu’une ou deux minutes, c’est décompté, car tu comprends, un petit peu plus un petit peu plus un petit peu, ça fait beaucoup à la fin. On se retrouve souvent avec quelque dizaines de minutes en moins chaque mois. Enfin six dizaines de minutes. Ça fait beaucoup, mais pas trop, hein, on pourrait être plus méchants, et te foutre dans la merde : et si tu es dans la merde, tu fais comment pour tes loisirs écoliers là, hein ?

Ah mais moi, moi, j’ai eu un peu de mal à la fin avec la famille. Enfin en fait, dès le début : je ne suis pas très proche et j’ai peur des gens. Et j’étais révolté. Donc du coup, la famille, je lui ai dit qu’elle m’emmerdait. Surtout le chef de famille, qui me demandait d’accueillir les invités, de leur obéir au doigt et à l’œil, de nettoyer leur caca, et de les remercier en plus de l’avoir fait (le caca). De louper des heures de loisir (vous savez ce truc qui s’appelle l’école), de faire des heures de travail en plus (« mais tu n’es pas obligé »), de manger vite pour accueillir les invités.

Je n’en pouvais plus, je refusais, tout simplement, de supprimer une seule minute de mes 30 minutes pour manger, de ramper devant les invités, et en plus de laisser passer leurs impolitesses, leur manque de respect et leurs crassetés. Je m’en tenais strictement à ce que je devais faire, ni plus ni moins. Et je n’avais pas le sentiments que la notion de supprimer sa fierté et sa dignité faisait partie de mon contrat. J’ai sûrement du mal lire, vu la rage d’adolescent révolté qui m’aveuglait.

Le chef de famille il me disait : « Tu ne comprends pas !!! C’est comme ça !!! Tu n’as pas à faire tes petites règles à toi, elles sont établies, tu n’as pas à faire ça !!! Tu es minable, tu te penses intelligent, mais tu es juste minable ! »

Ah bon, sûrement. Mais moi, je demande juste le respect chef, R-E-S-P-E-C-T vous m’avez dit. De la part des invités, et de la famille. Un peu de considération quoi, c’est pas comme si je faisais rien. Mais non, ni de l’un, ni de l’autre, je n’ai eu le droit à cela. Le R-E-S-P-E-C-T je pouvais me le mettre dans le C-U-L.

Mais bon, moi, la chance que j’ai eu, c’est que le R-E-S-P-E-C-T j’ai l’ai eu en leur mettant dans le C-U-L à leur tour. J’étais devenu très gênant pour la famille, beh, je suis un peu nerveux mais poli, j’ai la chance d’avoir de la répartie et j’avais un contrat en tant que cousin pendant une durée indéterminée. On a bien essayé de me faire démissionner, mais que voulez vous, j’ai fini par m’attacher à eux…

Enfin, non, c’est pas vrai ça, j’ai juste attendu de faire le métier que j’aime et de me faire virer à l’amiable. Du coup, j’ai quitté la famille, et je suis devenu orphelin. Pas grave, je m’en fiche un peu de la famille, et puis maintenant j’ai acquis mon indépendance, je vole de mes propres ailes comme on dit. Mais en même temps, j’ai du mal à voir comment peut-on s’envoler avec les ailes des autres.

Mon chef m’a dit qu’il espérait que j’irai loin. Il était con, comme beaucoup de chefs. Mais sincère. Et puis, que voulez vous, toute cette famille à gérer et ces objectifs à soigner (à dorloter, à caresser, à amuser ?), ça fait beaucoup de travail et de pression. Surtout quand cette famille ne se révèle être qu’un membre d’une famille encore plus grande. Une belle et grande famille.

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