Je suis bibliothécaire

Bonjour,

tout d’abord merci pour votre initiative, je n’ai trouvé aucun soutien pour faire part de ma situation : le malaise au travail et l’abus des employeurs, dans le privé ou dans le public, réussit à intimider les collègues et fait visiblement peur aux proches qui ne pensent pas qu’on puisse être dans une grande souffrance au travail parce qu’on a le « privilège » d’être fonctionnaire et en plus cadre.

Mais ça n’est pas une chance : je suis bibliothécaire, j’ai 45 ans, je suis une femme, fonctionnaire de la fonction publique territoriale depuis 1997 et j’ai connu tous les statuts, y compris les CDD de 3 mois en travaillant pour deux mairies différentes.

Après avoir échoué plusieurs fois aux concours, j’ai persisté car je suis tenace et j’ai réussi mon concours en 2003. De toutes façons, je ne savais rien faire d’autre et j’ai toutes les compétences requises car développées par moi même depuis toute petite : curiosité, dynamisme, perpétuelle remise en cause de comment et pourquoi transmettre la culture et donner aux citoyens les moyens de développer leur autonomie, leur esprit critique, leurs connaissances dans tous les domaines, du droit à l’art.

J’avais rompu en 2002 mon CDD avec le maire pour lequel je travaillais à l’époque : je devais prendre 2 jours sur mes 25 jours de congés (pas de RTT car la durée de temps de travail officielle était de 35h alors que directrice d’une petite médiathèque je travaillais aussi pendant une pause déjeuner de 2 heures car habitant à 30 km de mon lieu de travail je ne rentrais pas chez moi). L’Elu pour lequel je travaillais à cette époque a tout fait pour me dégoûter de mon travail que j’aime pourtant encore. Son attitude faisait tout pour me brimer et ensuite il m’a reproché de ne plus avoir « la petite lueur dans les yeux » en tête à tête dans son bureau.

Je me suis donc retrouvée au chômage, j’ai passé et réussi le concours de bibliothécaire territorial (catégorie A). Ensuite, comme le veut ce statut, j’ai moi même cherché un nouveau poste. Comme dans le privé, on répond aux annonces quand elles sont publiées.

Au bout de 15 mois de chômage j’ai donc trouvé un nouveau poste de directrice de médiathèque en région parisienne.
J’ai eu 15 jours entre l’annonce de mon recrutement et mon embauche pour quitter ma région natale, la Champagne-Ardenne, où un poste m’était passé sous le nez au profit de la fille d’un ami du Maire de Reims de l’époque.

J’ai donc été embauchée comme directrice de la Médiathèque dans une ville des Hauts de Seine. Débrouillarde, j’ai trouvé une solution pour me loger avec un salaire de 1600 euros nets à l’époque. Je l’ai renégocié ensuite, les mairies pouvant jouer sur les primes (parfois arbitraires, car certaines sont obligatoires mais non distribuées, la ville pour laquelle je travaille s’accordant tous les droits et LE seul syndicat élu passant son temps à se prendre pour un psychologue sans faire valoir les droits des 1400 agents de la ville employés sous toutes formes de statuts et tous très mal payés, le DGS et quelques autres cadres ayant des avantages en nature dont le logement ne se rendent pas compte de la situation des agents).

Donc j’ai bossé comme une dingue, faisant évoluer avec mon équipe un établissement vieillot et négligé pour une médiathèque du 21ème siècle. Les Elus ayant l’illumination comme quoi une médiathèque leur donnerait des voix aux élections. Bien vu, grâce au travail acharné de toute mon équipe le Maire a été réélu avec 62% des voix au 1er tour en 2014 (52% en 2008). Rénovation de la piscine et du théâtre, arrivée du métro ont contribué à ce joli score. Parmi mes collègues, l’un deux gagne 1800 euros nets en travaillant depuis 1970 du mardi au samedi (donc pas de week end calé avec nos amis et nos familles, chaque samedi consacré à nos proches doit être pris comme jour de congé sur nos 25 jours et nous n’avons que 8 RTT remises en causes et réduites aujourd’hui pour un travail hebdomadaire de 37h30, nous ne récupérons pas les lundis et de pentecôte qui sont nos jours de congés malgré mes réclamations non revendiquées par LE syndicat ) et 2 soirs par semaine jusqu’à 19h30. N’ayant pas les moyens d’habiter dans la petite couronne, il faut compter 1heure supplémentaire pour qu’il regagne son domicile. Comme pour la majorité d’entre nous.

Depuis début octobre, je suis en rechute d’un accident du travail qui date de novembre 2010 : je suis tombée dans les escaliers de la médiathèque ce qui m’a valu une hospitalisation en 2011 puis j’ai fait mon bon petit soldat, repris le travail et me suis bourrée de médicaments quand mes douleurs lombalgiques revenaient. Pour nos usagers. Et mon équipe.

En 2015, la DRH décide de réorganiser la médiathèque, sans aucune concertation avec moi. Profitant du congé parental de la responsable de l’espace jeunesse de l’équipe et du souhait de changer de service du responsable de l’espace adulte, on décide que les cadres intermédiaires ne servent à rien, de supprimer leurs postes et de m’attribuer un adjoint. L’établissement fait 1700 m2 sur 4 niveaux, mon bureau que je quitte dés que mes collègues m’appellent, est au 3ème étage et l’unique ascenseur commun aux 10 000 usagers et aux membres du personnel est perpétuellement en rade (c’est moi qui doit appeler mais pas moi qui gère les contrats de maintenance). Le syndicat ne dit rien lors du CCTP. La responsable s’inquiète car elle voit que je suis en détresse mais approuve et veut jouer à la psychologue en me disant de dialoguer avec la DRH qui m’a exclue de toute réflexion sur les nécessités d’une réorganisation. Nécessité due officiellement aux restrictions budgétaires suite à la baisse de la dotation de l’Etat dont on nous rabâche le cerveau en toutes circonstances).

Fin septembre, mes douleurs liées à ma lombalgies deviennent insupportables. Je ne peux me déplacer pour assister aux 75 ans de mo père dans les Cévennes. Mon médecin traitement établi une rechute d’accident de travail. Il renouvelle mes arrêt, me prescrit des anti inflammatoires qui ne font plus effet, des séances de kiné (qui me font un bien fou) et enfin en janvier un mot pour le sésame du service rhumatologie de l’hôpital de la salpêtrière, qui m’avait soulagée en 2011 après avoir connu des douleurs montants entre 8et 9 sur 10 sur l’échelle de la douleur.

Le 12 janvier, j’oublie de me rendre au rendez vous avec l’expert agréé par l’assurance de mon employeur : dés que je m’en aperçois, j’envoie mails, téléphone puis enfin un recommandé pour répondre au courrier envoyé par mon employeur le 27 janvier en AR (non présenté par la poste qui ne m’a même pas laissé d’avis de passage : le facteur…no comment) mais daté du 20 janvier. Samedi 27 février, je reçois un courrier de mon employeur (duplicata en courrier simple j’ai récupéré l’AR ce matin, le facteur ayant déposé l’AR dans ma boite alors que j’étais chez moi et qu’il y a un ascenseur pour monter au 8ème étage). Mon employeur m’annonce qu’il me met en situation « absence irrégulière » (????????) et m’enlève mon salaire du 12 janvier au 10 février 2016. Un mois de salaire, mon seul revenu. Donc je ne peux payer tous mes frais fixes : loyer, charges, impôts, nourriture. Comme ça : pour m’intimider je présume.

Je travaille pour lui depuis 12 ans, je bosse le soir et le week end, je ne peux prendre mes congés que si un autre responsable (on est passé de 4 à 2) ne prend pas les siens car pour les usagers je tiens à ce que la médiathèque soit ouverte toute l’année : et j’en suis là ???????

Ben oui.

Bon courage à tous

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