Je suis psychologue en gérontologie

Je suis psychologue en gérontologie, plus familièrement en maisons de retraite. J’ai fait 5 ans d’études après le bac pour avoir un beau métier, épanouissant et correctement payé.
La réalité est toute autre.
J’ai galéré pendant 5 ans après l’obtention de mon diplôme pour avoir une situation stable, ceci s’expliquant par des emplois de psychologues au sein des structures presque essentiellement à temps partiels (10, 20, 30, 40 ou 50% ETP).
Depuis 2 ans, je cumule 3 emplois à temps partiels, ce qui me fait un temps de travail total de 80% ETP. Je peux difficilement augmenter ce temps, étant donné que ces emplois se trouvent respectivement à 40, 60 et 60 km de chez moi, soit 440 km hebdomadaires, soit 7h30 de trajets. Un peu plus d’une journée de travail, donc.  Les frais de transport (péage + essence) sont bien sûr à ma charge (environ 150 euros par mois). Mon salaire n’ayant suivi aucune évolution depuis tout ce temps.
Je suis donc présente sur les différentes structures 4 à 6 jours par mois.
2 de mes structures appartiennent à un grand groupe coté en bourse. Je suis tenue de respecter divers protocoles régissant ma charge de travail. Sans vous faire le détail, je dois accueillir les arrivants et leurs familles, les évaluer, accompagner les personnes âgées tout au long de leur séjour,assister à moultes réunions, échanger avec le personnel et le former, faire le lien avec différents intervenants, intervenir lors de certaines urgences, et rester disponible pour les familles. Et bien, sûr, tracer toutes ces actions sur un logiciel spécialisé.
Autant vous dire que cela est impossible. J’ai choisi de travailler avec des personnes, et je suis obligée d’en prioriser certaines par rapport à d’autres afin de respecter les protocoles, et aussi parce que je passe la moitié de mon temps dans un bureau (que je partage 2 avec autres cadres) et dans des réunions pour la plupart inutiles. Nous n’avons plus le temps de parler des choses importantes avec les équipes. Chaque jour je me demande quelle nouvelle absurdité les cadres régionaux ou nationaux vont m’imposer. 1 des directions est consciente de tout cela et nous en impose le moins possible, 1 autre est également consciente de tout cela mais continue à nous imposer des attentes impossibles à satisfaire. NOUS TRAVAILLONS AVEC DES ÊTRES HUMAINS ET NOUS N’AVONS QU’UN TEMPS MINIMUM A LEUR CONSACRER! Récemment, le contrôle de la direction sur mon travail s’est accru (et pour permettre ce contrôle, je dois fournir du travail supplémentaire-mais où va-t-on?? Où est la confiance dans tout cela??), et je me suis faite entendre dire que ce n’était pas normal de ne pas fournir plus d’actions. ALORS QUE J’AI FRÔLÉ LE BURN OUT L’ANNÉE DERNIÈRE, QUE J’AI MIS 9 MOIS A RETROUVER UN SOMMEIL CORRECT, ET QUE JE CULPABILISAIS DE PARTIR A L’HEURE!
Bien entendu, le groupe ne licencie jamais, ce qui pousse les employés à hésiter à démissionner (et ainsi perdre tous droits au chômage).
Mon autre structure est indépendante, ce qui laisse beaucoup plus de liberté d’actions. Néanmoins la direction est assez perverse et use et abuse de la bienveillance de certains membres très investis dans leur travail. Cela passe par le tutoiement, la mise sous pression voire l’humiliation-entre autres-. J’ai vu plusieurs de mes collègues se faire arrêter pour dépression à cause de cela. La direction est toujours en poste depuis plus de 5 ans…
J’ai essayé de vous la faire courte, mais il y aurait encore tellement de choses à dire. J’aime mon travail, et j’estime faire de la qualité. Ce qu’on me demande aujourd’hui c’est du quantitatif. Ça n’a plus aucun lien avec l’humain.
J’espère que mon témoignage apportera quelque chose, et que nous pourrons changer tout cela.

4 thoughts on “Je suis psychologue en gérontologie

  1. J’ai lu avec intérêt votre témoignage et si nos fonctions sont différentes ( je suis animatrice ETP dans un EHPAD sous l’égide d’un grand groupe côté en bourse aussi), je constate les mêmes dérives, qui font oublier tous les jours un peu plus que nous travaillons avec des êtres humains et que notre mission première n’est pas d’assister à des réunions à n’en plus finir ni encore moins à remplir des cases et alimenter des statistiques et autres grilles farfelues.
    Seule pour 70 résidents, avec une UVP de 13 lits, sans aide du reste de l’équipe, (turn over incessant, absenteïsme permanent) je suis fatiguée par un métier où je passe plus de temps à consigner des infos, à communiquer sur mes moindres activités (exigences du groupe car si le TO d’une maison n’est pas au top c’est aussi de la responsabilité de l’animateur, car l’animation est la vitrine d’une établissement….!!!) qu’à animer et m’occuper factuellement des résidents. J’ai toujours été assidue ces trente dernières années, ne comptant par des heures sup de fou, des heures de travail à la maison jusqu’à des heures indues,avec un seul accident du travail (fracture)… mais ces dernières semaines mon médecin m’a obligé à stopper hitoire de retrouver le sommeil et la raison…. Je suis entrain de perdre la foi en mon travail, et c’est une situation déroutante et qui me fait souffrir. La psychologue qui intervient chez nous est également en poste à mi temps sur une autre structure, et rencontre exactement les m^mes problématiques que vous…sans oublier la rédaction de l’évaluation interne, le projet d’établissement, les réunions de staff et pluripro, le rapport annuel d’activités!!!! Moi je suis mangé à la même sauce. Dans tout ça bien entendu, il faut rester impassible et avec la banane en plus….Combien de temps encore? Courage à vous, courage à nous et comme dirait l’autre : » la vie continue ».

    1. Bonjour,
      Je suis comme vous psychologue en EHPAD et je fais le même constat que vous. Nous nous éloignons de la clinique en EHPAD et nous devenons des « faiseurs » de projet de vie, des « évaluateurs », des culpabilisateurs, des moralisants … Familles, résidents, professionnels sommes les uns contre les autres dans un système qui ne fonctionne pas et nous nous entre-tuons. Selon moi, le problème vient de la considération de la personne âgée dans la société : qui paie pour elle ? qui investit dans les EHPAD pour améliorer la qualité de vie des résidents et des professionnels ? personne … actuellement, nous voyons naître des dérives (robots dans les EHPAD, production de projet d’accompagnement à la chaîne qui ne sont jamais mis en place ni évalué, entretiens psy de 15 minutes, obligation d’assister à des réunions pleine de redites … ) et nous les subissons. Les familles s’insurgent (et elles ont raison), les AS et IDE commencent à s’insurger à travers des grèves, je pense qu’un mouvement est en train de naître aussi. Je pense que nous acceptons l’inacceptable et cela m’insurge au quotidien et je ne veux pas cautionner ce système là. Comment faire ? Par quoi commencer ?….

        1. Je comprends très bien pourriez vous me contacter ? Oceane.leo@Hotmail. Fr je peux vous exprimer ma pensée la dessus. JEt travail en ehpad à temps plein depuis 7 ans

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