Parodie de « Les Animaux malades de la peste » de Jean de la Fontaine.

Parodie de « Les Animaux malades de la peste » de Jean de la Fontaine.

Les Salariés malades de la crise

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Marché en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Crise (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour Créon,
Faisait aux salariés la guerre.
Ils ne se déclassaient pas tous, mais nombre étaient virés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une tranquille vie ;
Nul réclame n’excitait leur envie ;
Ni Cadres ni Managers n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les CDI se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Patron tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Marché a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus fainéant de nous
Se sacrifie aux traits du capitaliste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes tyranniques pulsions
J’ai terrorisé force sous-pions.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de haranguer
Le CDD.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le comptable, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, gronder sous-pion, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les engueulant beaucoup d’honneur.
Et quant au CDD l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur le boulot
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le comptable, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
De l’actionnaire, ni du manager, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’employé vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un supermarché super U passant,
La faim, l’occasion, le fromage tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je décidais d’éviter les heures sup’ du dimanche.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur l’employé .
Un coach quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait licencier ce voleur de capital,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas placardable.
Faire travailler les autres ! quel crime abominable !
Rien que le chômage n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de réunion vous rendront blanc ou noir.

Sildraygg

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