L’enfer de la reconversion suite à un handicap

Bonjour,

Je tenais à vous faire part de mon expérience personnelle. Elle ne concerne pas vraiment le travail en lui-même, plutôt l’enfer de la reconversion suite à un handicap.

Il y a maintenant 4 ans, j’ai dû arrêter ma courte carrière de chauffeur routier, après avoir baguenaudé pendant plusieurs années sur les routes de France et d’Europe. J’adorais ce métier, je ne me sentais bon qu’à conduire un camion, mais je suis hélas tombé malade (je suis schizophrène, en voie de guérison), et les patrons d’entreprises de transport prenaient peur lors de la visite médicale… Il est vrai que je prends un antipsychotique et un antidépresseur tous les jours, ainsi qu’un anxiolytique connu, en cas d’angoisses. Et ça ne les incitait pas à m’embaucher/à me garder. Alors, que faire ? Eh bien, me reconvertir, en tant que cariste (c’est important pour la suite de l’histoire).

En avril 2012 donc, je remplis un dossier de demande de RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) où j’habitais alors, c’est à dire dans l’Isère. Après avoir reçu ce nouveau statut, j’ai pris contact avec une « structure de réhabilitation des personnes en situation de handicap psychique ». Un nom bien péteux pour des gens qui ne sont rien de moins que des parvenus grassement subventionnés par l’État. Alors commencent 18 mois d’entretiens individuels, puis de groupes de parole, puis un bilan neuropsychologique, et à chaque rendez-vous, on me promet que je pourrai bel et bien devenir cariste. Idem pour mon psychiatre de l’époque, qui n’y voit aucune objection. Mais ils me proposent aussi un stage de découverte dans un ESAT (Établissement Spécialisé d’Aide par le Travail). Le stage se produit au mois de Septembre 2013. Et je suis précipité dans un autre monde… Un monde dans lequel ma mission, pendant une semaine, est de plier des prospectus et de les insérer dans une enveloppe à en-tête, puis de cacheter cette dernière. La semaine suivante, je me retrouve à compléter des sondages sur un ordinateur. Puis une troisième et une quatrième semaines en industrie… à enlever des pièces de coupe sur des cartons. Ça, c’est du boulot valorisant. Et, amis petits patrons qui cotisez au RSI, lorsque vous recevez des sondages inutiles sur votre activité, sachez que dans 90% des cas, c’est façonné, trié, affranchi et envoyé à la Poste, puis vos réponses sont traitées, le tout par des travailleurs handicapés.

J’avais dit depuis longtemps que je souhaitais partir de Grenoble, pour aller m’établir en région Limousin, ou en Bretagne, et y travailler dans un ESAT. Je brûle d’impatience, tant et si bien que le bilan du stage est assez lamentable à mes yeux, ce ne sont que des reproches à mon égard (je pose trop de questions, je m’inquiète de ci ou de ça, je vais trop souvent aux toilettes… visiblement, ils ne connaissaient rien aux effets secondaires de certains neuroleptiques). Bref. Pas de place disponible dans cet ESAT, mais 12 mois de liste d’attente pour y entrer. Alors, j’en parle à mon psy, et lui me conseille de rester sur l’idée de la formation de cariste ou magasinier, en tout cas il approuve. Après tout, je conduis toujours ma voiture, et j’ai conduit des camions quelques mois malgré le traitement. Je pars pour la Creuse, le 15 janvier 2014. Dès mon arrivée sur place, je change de psychiatre, et j’entreprends une seconde bataille avec le Pôle Emploi et l’administration locale, pour faire cette formation.

Entrée prévue en formation de magasinier-cariste le 3 septembre 2014, dans un centre de formation en région Limousin. Très bien. Mais hélas pour moi, je suis dans une classe de crasseux, de fans de Dieudonné et de voleurs, et mon moral s’effondre. La suite logique est que je tombe malade (pneumonie vraisemblablement transmise par un gus de ma classe), et après un séjour à l’hôpital, j’apprends l’annulation de mon inscription à la formation, et le repositionnement sur une formation de cariste, devant commencer le 23 mars 2015, dans le même centre de formation. Très bien. Je trouve un stage en quelques jours, dans un magasin de bricolage, ici à Guéret. Mais la suite est croustillante… Il faut un avis médical pour l’entrée en formation, notamment pour la conduite des chariots élévateurs. Je vais donc chez un médecin du travail, qui, après avoir appris que je prenais un neuroleptique indiqué dans le traitement de la schizophrénie, refuse de me considérer comme apte, et me renvoie vers mon psychiatre.

Je fais mon entrée en formation le 23 mars, comme prévu, et le lendemain, je file chez mon psychiatre, lequel m’avait toujours assuré que je pouvais devenir cariste. En moins de 3 minutes, il me considère inapte au métier de cariste… Je suis effondré, ma famille aussi. Tant d’énergie, tant de mois engloutis dans cette aventure qui ne se réalisera jamais ! Malgré tout, je me relève, et je me mets frénétiquement à la recherche de formations qui pourraient me plaire d’une part, et d’autre part, n’ont aucune incompatibilité avec les médocs que je prends. Mécanicien cycles, vendeur en matériel informatique, chevrier, agent des espaces naturels… Plusieurs centres de formation dans ces spécialités seraient enchantés de m’accueillir. Mais je fais l’erreur fatale : je m’inscris dans une nouvelle structure de « réinsertion », connue nationalement et financée elle aussi par vos cotisation. Réinsertion des travailleurs handicapés, comme si j’étais un ancien détenu. Les rendez-vous moralisateurs s’enchaînent, jusqu’à ce qu’on me propose une « prestation handicap psychique » en quatre ou cinq phases, sur… un peu plus d’un an. J’accepte volontiers, et alors, j’ai un à deux rendez-vous par mois devant une « psychologue du travail » autoproclamée. Laquelle me fait passer des tests psychotechniques niveau handicap mental, me fait encore plus la morale, me propose des métiers absolument incompatibles avec ma situation, ou sans avenir (relieur d’art par exemple…). J’ai arrêté tout suivi avec eux quand j’ai appris qu’ils voulaient me placer sur un « chantier d’insertion » (alors que je ne suis ni ancien SDF, ni ancien délinquant, et que je ne veux surtout pas travailler avec ces gens…)

Depuis, je les ai envoyés se faire foutre en beauté, et je m’en porte très bien. Je vivote tranquillement, et je m’arrange pour proposer des services à la personne (assistance informatique et Internet à domicile), payés en CESU ou en espèces, rien à foutre. Je pense même à me mettre en auto-entrepreneur dès que je serai installé ailleurs (en Bretagne), ça clarifiera sans doute ma situation, mais il faut que je sache quelle influence cela aura sur mon droit à l’AAH (que je touche depuis janvier 2014). Je n’ai plus envie de travailler dans un ESAT ou dans une Entreprise Adaptée, je vaux bien mieux que travailler dans un endroit où un responsable est sans arrêt derrière moi. Je ne travaillerai plus en tant que salarié, j’ai assez foutu ma santé en l’air lors de mes années sur la route. Je vaux mieux que de travailler pour des esclavagistes. Et j’incite fortement tous les travailleurs handicapés qui en ont la possibilité à faire comme moi.

Liberté, toujours. Merci de m’avoir lu.

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