Je travaillais en tant que repasseuse

Après un long moment de réflexion, j’ai décidé de témoigner aussi.

pour mon premier job « sérieux » j’ai obtenu un CDI dans un pressing. Je travaillais en tant que repasseuse, dans les vapeurs de produits chimiques, et la chaleur, station debout 9h par jour, J’y suis restée 7 mois, dont 4 qui furent un véritable enfer. Jusqu’à ce que je tombe enceinte, en fait… Déjà, de base, pas réellement d’horaires fixes: on vient plus tôt si il y a finalement plus de travail que prévu, et inversement.
Mon souci principal, c’est que je n’étais pas assez rapide. Pas assez de rendement… Alors très vite, on m’a fait rattraper mon retard, en heures non payées bien sûr, puisque ma lenteur faisait perdre du temps et de l’argent au magasin… C’est devenu pire quand je suis tombée enceinte: la station debout me fatiguait encore plus, mon rendement chutait donc en conséquence, je faisais donc encore plus d’heure de rattrapage non payées, donc je restais debout encore plus longtemps… etc…Sans compter les réprimandes assez violentes de mes gérantes, et de la chef de secteur, pour qui être enceinte ne justifie pas de ne pouvoir rester debout 9h par jour.
j’ai commencé à faire des malaises vagaux, et à 4 mois de grossesse seulement, après une journée entière à souffrir de contractions devant une gérante minimisant le souci, on a dû m’arrêter car gros risque de fausse couche. Entre temps, déménagement dans une autre région, donc je ne suis jamais retournée là bas. J’ai juste appris par une ex-collègue de la boutique que la première gérante avait été réprimandée pour la direction, ainsi que ma chef de secteur, à cause des heures de travail non rémunérées que j’ai effectuée. La seconde gérante a été mutée dans un autre magasin.

J’ai, plus tard, intégré une enseigne de super et hypermarchés dont je tairais le nom. J’y suis restée 10 ans. Entre mon job de repasseuse et celui-ci, j’avais eu quelques postes en tant que caissière (enfin « hôtesse de caisse », comme on dit), j’arrivais donc avec une expérience relativement développée, du moins assez pour être embauchée. J’ai d’abord eu un cdd de 6 mois. Et ensuite un cdi de 20h, remanié en cdi de 35h. J’étais contente d’être « casée » professionnellement, et les premiers mois, je n’ai rien dit. Je travaillais à 10km de chez moi, avec un scooter pour seul moyen de transport, j’encaissais donc 40 km par jour quelque soit le temps mais peu importait, j’avais un travail fixe.
J’ai été étonnée d’être vite envoyée de mon poste en caisse à un poste en station service, mais, plutôt encline à voir le bon côté des choses, je me disais que cela me permettais d’avoir une expérience de plus. Sauf que très vite, on ne m’a plus mise en caisse, sauf besoin urgent. « Tu ne vas pas assez vite en rayonnage, quand je te vois dans les rayons ça m’énerve, au moins en station je ne te vois pas »: voilà ce que m’a servi mon patron…
Pendant 10 ans, il m’a fallu être en station service, la majeure partie du temps: servir des bouteilles de gaz de prêt de 15kg un nombre incalculable de fois par jour, jusqu’à en développer une lombalgie chronique. Rester seule enfermée dans 5m², avec le soleil brûlant et pas de clim l’été, un vieux chauffage et des courants d’air partout l’hiver. Le patron et son fil (sous directeur) me rappelant que « être en station c’est des vacances, t’as pas besoin de pause, tu fais rien de la journée. » d’un ton moqueur. A parfois devoir se retenir des heures avant d’aller aux toilettes, car en cas de rush, personne pour venir vous remplacer 2 minutes.
J’ai dû une fois ramener ma prescription médicale pour prouver que j’avais bien la grippe car on ne me croyais pas. Au moment où j’ai divorcé, me retrouvant seule avec mon fils de 3 ans à l’époque, et ayant du mal à garder une babysitter plus d’un mois compte tenu de mes horaires (je rentrais parfois à plus de 20h30, et travaillais le dimanche matin), j’ai été harcelée psychologiquement pendant plusieurs mois, technique que le patron employait très souvent pour aider les employés à partir de leur plein gré. Je me suis plusieurs fois rebiffée contre lui, quitte à fondre en larme. J’ai aussi subi les « blagues » sur mon physique (mon poids, plus particulièrement) de la part de son ainé, et de la part du cadet, arrivé 2 semaines auparavant dans le magasin, des explications sur comment fonctionnait mon poste, alors que j’y officiais depuis 9 ans.
Je suis partie suite à un souci de santé, sachant pertinemment que je n’aurais plus l’énergie nécessaire pour y retourner après mes 3 mois d’arrêt. Nous avons négocié avec mon patron une rupture de contrat amiable pour « incompatibilité d’humeur ». Malgré tout, après 10 ans dans son entreprise, il ne voulait pas que je donne ma démission et parte sans avoir droit au chômage. Je dois bien lui reconnaitre ça.
Après un autre déménagement dans une région voisine, je retrouve, quelques temps plus tard, un contrat de professionnalisation dans une autre enseigne de super et Hypermarché, bien plus grande, connue mondialement. je n’avais connu pendant 10 ans qu’un petit supermarché de village, je tombe ici dans un hyper de métropole… Le choc. Finir à 22h (et donc arriver chez soi à 23…et ne pas pouvoir profiter de votre enfant pendant, parfois, plusieurs jours d’affilé,car rentrée trop tard, et/ou partie trop tôt) 2 à 3 fois par semaine, surtout le samedi et le vendredi, des horaires qui changent chaque semaine, voire pendant la semaine en cours. La pression qu’on vous met et qui vous fait développer un zona pendant des semaines, mais que vous ne prenez pas le temps d’aller chez le médecin vous faire soigner. Car un arrêt maladie, c’est la garantie de voir son contrat non renouvelé. L’impression d’avoir toujours quelqu’un qui vous surveille, les clients qui vous insultent physiquement, parfois à deux doigts de vous frapper, et les vigiles, à côté de vous, qui ne bougent pas, vous demandent de relativiser, ou insinuent que c’est vous qui l’avez cherché. une « tutrice » qui se plaint que vous ne lui dite rien, mais qui va tout répéter à la patronne quand vous le faite.
Le contrat CDI qu’on vous fait miroiter si vous retirez vos piercings, mais que finalement on ne vous donne pas, car une autre cession de contrats pros est prévue, et qu’elle revient moins cher que vous, mère célibataire qui n’avez vu votre enfant qu’en pointillé ces 6 derniers mois…

Depuis, j’ai décidé de créer mon propre emploi, et de tenter d’en vivre. Je ne vois que cela comme solution, car retourner dans le circuit professionnel « classique » me fait peur, voire m’angoisse profondément.

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