A mes douze ans, j’ai décidé que je voudrais devenir éducatrice spécialisée


A mes douze ans, j’ai décidé que je voudrais devenir éducatrice spécialisée. J’ai obtenu mon BAC en 2005, et décroché en même temps le concours de l’école de travailleurs sociaux. Sortie diplômée en 2008, j’ai immédiatement cherché, dans un département où il est très difficile de trouver un poste dans ce secteur, et, au bout de quelques intérims, j’ai trouvé. Une structure m’a prise en CDI; j’y bosse depuis bientôt six ans. Nous sommes employés sous la convention 66. Mal payés, notre hiérarchie semble considérer que notre licence et nos horaires de travail dingues (bosser de 8h à 20h seul sans pause, de nuit, de week-end, ne pas savoir quel sera notre emploi du temps dans un mois) ne méritent pas la moindre considération. Nous ne sommes jamais conviés à nous exprimer. Jamais remerciés pour le travail fou que nous accomplissons chaque année, même pas un seul foutu mail au début de l’année. Nous croisons des veilleurs de nuit, des remplaçants éducateurs qui ouvrent des yeux ronds en voyant comment on travaille, et qui se mettent en maladie ou ne reviennent plus; quant à nous, nous sommes tous en plus ou moins grande souffrance professionnelle, et nous n’osons pas quitter notre poste car nous avons peur du chômage. Le public avec lequel je bosse représente un danger quotidien pour ma sécurité, et on me demande de me taire et presque de dire merci pour mon salaire de misère. Aujourd’hui, je cherche depuis deux ans à sortir de ce bourbier, mais mes candidatures ne donnent rien : comment se mettre en valeur vis-à-vis d’un potentiel employeur quand on est épuisée ? J’ai pris quelques arrêts maladie, mais jamais de plus d’une semaine : je culpabilise si j’en prends plus ! Et je regarde mes collègues perdre « le feu » jour après jour. Pourtant, après tout ce temps, j’ai toujours envie de m’en sortir, de bien faire mon travail, et de respecter le désir de la gamine de douze ans que j’ai été un jour. Parce que, oui, on vaut mieux que ça. Merci

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