L’école, ailleurs

Je m’appelle D, j’ai 16 ans et je souhaiterais témoigner à propos du travail de mon père qui influe grandement sur la vie de notre famille. J’aimerais aussi m’attarder sur le manque d’intérêt porté aux collégiens et lycéens français à l’étranger.

Il est parfois difficile de témoigner, de partager ses difficulté avec le plus grand nombre. Mais cela peut aussi être indispensable. Je ressens aujourd’hui ce besoin.

Mon père travaille au Ministère X, nous voyageons donc de pays en pays depuis un moment, avec une très rare reconnaissance quant aux efforts fournis par mon père.
C’est pendant l’été 2013 que nous avons été envoyés en Finlande. Je tiens à souligner que nous avons dû arriver en avance.

Je ne vais pas m’attarder quant à l’accueil qui nous fut réservé, il ne différait pas des précédentes expériences. Mon père devait beaucoup travailler, il était difficile de trouver un logement (et non pas une chambre avec un seul lit ce qui fut gracieusement proposé à une famille de 4 personnes), mon frère, ma mère et moi sommes partis.

Nous étions rentrés en Russie, à St-Petersbourg (je suis franco-russe), j’ai d’abord été dans une école russe, puis j’ai décidé de revenir dans le système français, ce que j’ai vite regretté. Au delà du CM2 les enfants souhaitant rester dans le système français n’ont qu’un seul choix : le CNED. Avec la spécificité à St-Petersbourg de l’existence d’une section CNED semi-légale, soit disant non liée avec l’école de Saint-Petersbourg mais dont le paiement s’effectue tout de même à l’association parents d’élèves de cette même école.

Nous étions 14 élèves, toutes classes confondues, confinés dans un appartement de moins de 30 m². Quant à la sécurité plus que douteuse… Je doute que quelqu’un y ait vraiment pensé. Je pense taire le prix de cette section, je ne sais pas si une close du contrat interdisait de l’évoquer mais je ne préfère pas m’y risquer. J’évoquerai par contre la façon dont cette section faisait pression sur mon père pour qu’il paie à plein prix un mois où j’étais venu moins d’une semaine. Ils en sont allé jusqu’à appeler au poste de travail de mon père pour faire pression, est-ce des méthodes normales ? Est-ce acceptable ?

J’ai quitté cette section et ai finit mon année de CNED seul comme cela est censé se passer. Si quelqu’un de St-Petersbourg me lit, je vous conseille de tout cœur de passer votre chemin et de trouver une autre solution.

C’est en septembre 2015 que nous nous sommes réunis à Helsinki. Depuis mon frère va à l’école française. Quant à moi, il n’y a pas de lycée à Helsinki, tout comme à St-Petersbourg, j’avais le choix entre un collège européen, mais après une journée passée dans cet établissement j’ai refusé d’y aller. Dans ce système j’aurais dû être en classe S6 étant donné mon âge, mais en conséquence de mon niveau d’anglais je ne me hissais qu’en S5 car la totalité des cours (français mis à part) étaient en anglais.

J’ai fini par aller à l’école russe d’Helsinki. Mais voilà qu’après à peine 10 mois ici, on nous apprends l’envie de nous renvoyer à Paris ou à Nantes… Parfait, je n’aurai pas pu être dans tous les cas dans un lycée français, donc le bac de français de première je ne l’ai pas passé, à peine je me suis investi dans un autre système scolaire, que je dois revenir en arrière, j’insiste là-dessus : je perds une année.

Au cours de cette année mon père a été hospitalisé, quand il est sorti de l’hôpital il m’a raconté avoir travaillé pour trois, j’avoue ne pas savoir si j’ai le droit d’en parler mais j’étais sidéré d’entendre ça.

En guise de remerciement et de rétablissement pour mon père on nous apprend notre futur déménagement. Un nouveau chamboulement dans notre vie.
L’école française conseille d’éviter les déménagements trop fréquents pour mon frère. Je vais perdre une année. Ma mère, aussi française, sort d’une opération. Rien n’est pris en compte.

Je suis français, j’aime la France, mais je doute que les hauts fonctionnaires français doivent se vanter du « troisième réseaux diplomatique mondial » quand ils laissent les enfants de France dans de telles situations.

Je veux que les futurs collégiens et lycéens ait de vrais écoles françaises.
Je remercie chaleureusement toutes les personnes ayant lu jusqu’au bout ce texte.
Je soutient le mouvement #OnVautMieuxQueCa depuis son lancement. J’apporte là un témoignage en rapport avec le public. Comme quoi là aussi tout n’est pas rose.
Courage à tous.

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