J’ai travaillé pendant presque 15 ans dans le domaine du nettoyage industriel

Bonjour,

Par ce présent texte je souhaite vous adresser plusieurs cas vus et vécus au cours de mon expérience professionnelle.

J’ai 37 ans, j’habite au X et j’ai travaillé pendant presque 15 ans dans le domaine du nettoyage industriel. Ce parcours effectué au travers de plusieurs postes m’a permis de constater combien l’humain était méprisé et sacrifié au nom de l’argent roi et de la rentabilité poussée à son extrême…. jusqu’au ridicule. J’ai commencé en tant qu’agent d’entretien pendant mes années universitaires (7 ans). J’ai ensuite occupé les postes d’animateur qualité sécurité chez *** (4 ans) et Responsable de secteur chez un concurrent, °°° (1 an), avant de terminer cet épisode de ma vie sur un poste de chef d’équipe chez un autre acteur du domaine,  »’ (2 mois….).

Je diviserai mon témoignage en 2 parties : la première relative à mon vécu personnel, la seconde concerne ce que j’ai constaté sur le terrain.

I/

Je vais commencer avec la manière dont je fus licencié de *** en 2009.

Rapide présentation de l’entreprise : anciennement **, développement sur le grand ouest, englobé par le titan *** dans sa branche Environnement. J’intégrais * en 1998 en tant qu’agent d’entretien en parallèle de mes études. Ensuite poste d’animateur qualité sécurité méthodes de 2005 à 2009.

L’hydre ***, constatant que le domaine du nettoyage n’était pas assez générateur de bénéfices, a décidé de vendre toute sa branche nettoyage industriel. La concurrence s’empressa de se jeter dessus et un accord fut trouvé avec un acteur majeur du milieu.

Sur les entre faits, un nouveau directeur d’agence est arrivé dans nos locaux. Son profil atypique (il ne connaissait rien au nettoyage) nous a vite mis sur la voie. Il s’agissait d’un « financial killer » comme on les surnomme, et il était là pour restructurer l’agence. En quelques mois les résultats furent radicaux. Une vague de licenciement a eu lieu (je reviendrais dessus dans la partie suivante) dont je fis partie.

Étant parmi les derniers arrivés dans la structure, j’étais l’un des premiers à en être dégagé. Le motif ne fut pas économique. On me licencia pour « faute réelle et sérieuse ». On examina mes états de fait sur les six derniers mois. Ne pouvant me reprocher mes chiffres (mes taux liés aux accidents du travail étaient très bons ainsi que les taux de satisfaction en terme de qualité) on me reprocha toute une série de micro-fautes : plan d’action pas à jour (Ma collègue de la qualité, épouse d’un responsable de service, avait le même retard que moi…), manque de communication écrite avec ma hiérarchie, un accident du travail sur un site commercial (en vérité lié au soi-disant manque de moyens mais ça c’est une autre histoire). Je ne parle pas des reproches plus personnels qui m’ont été fait lors de l’entretien préalable au licenciement : incompétents ( ?), immature ( ?), etc…

Renseignements pris auprès d’un syndicat, j’avais été clairement victime d’un licenciement abusif. Malheureusement, face à une structure comme ***, on me fit savoir qu’une procédure aux prudhommes prendrait 5 à 6 ans. Je n’ai pas donné suite.

Un an plus tard (mai 2010) je retrouvais du travail au sein d’une entreprise concurrente : °°°. J’étais Responsable de secteur avec plus de cinquante clients, une centaine de salariés et un chiffre d’affaire de plus de 100 000€. Trois mois après mon arrivée, mon directeur d’agence se cassa le col du fémur, entraînant une absence de plus de 6 mois. Pendant ce laps de temps, sans formation en management, je me suis débrouillé pour faire tourner mon secteur au mieux. Je n’ai pas compté mes heures, travaillant régulièrement 70h par semaines, week-end compris. A son retour, mon directeur constata que sur 50 clients, 2 seulement étaient mécontents de mes services. Rien d’irréversible mais suffisant pour déclencher sa colère. L’un concernait un chiffre d’affaire assez important… S’ensuivit 3 mois de harcèlement moral pour me pousser à la démission : humiliations par les paroles, violence physique, coups de téléphones incessants, venue sur le parking de la résidence où j’habitais. La situation se termina par une rupture conventionnelle de CDI.

Ces deux expériences cumulées à des problèmes personnels ont entrainé une longue période de dépression.

Enfin, en 2013, j’obtenais un poste de chef d’équipe chez  »’ Propreté, une boîte locale de nettoyage industriel dans une usine de conditionnement d’œufs et avais en charge une équipe de 4 personnes. Le premier mois d’essais se déroula sans problème majeur. On me fit signer un papier de renouvellement pour 1 mois d’essais de plus en me précisant que mon travail était correct et en me soulignant les points à améliorer. Une semaine plus tard je recevais un recommandé me précisant que ma période d’essai prenait fin 15 jours après réception dudit courrier. Je n’avais entretemps vu personne, ni ma responsable, ni mon client et aucune plainte n’avait été faire à mon encontre. Pendant les 14 jours suivants je n’ai vu personne, ma responsable s’arrangeant pour passer sur le site HORS des horaires. Je l’ai vu le dernier jour. Elle fut bien incapable de me justifier leur décision.

Informations prises auprès d’un conseiller juridique : j’ai servi de bouche-trou,  »’ utilisant les périodes d’essai comme d’une forme de CDD. L’entreprise n’en était pas à son coup d’essai. Je cite le conseiller juridique : « C’est cynique, c’est dégueulasse, mais c’est légal. »

II/

Dans cette partie je vais vous faire part de ce que j’ai eu à gérer au cours de mon expérience, ainsi que de ce que j’ai vu.

Lors de la vague de licenciement en 2009 chez ***, la direction a procédé au cas par cas. Pas de plan officiel. Ainsi ils ont put mettre dehors plus d’une dizaine de personnes (à ma connaissance) sur le secteur de la Sarthe. Ils ont utilisé pour cela plusieurs procédés.

Ils ont en premier lieu utilisé la clause de mobilité inscrite sur le contrat de travail. Pour les besoins de l’entreprise, le salarié peut être amené à changer de site sans un rayon de 40km. Pour cela, ils ont ciblé les gens sans permis de conduire et leur ont proposé des chantiers situés à plus de 30km de chez eux. Au bout du 3ème refus, c’est le licenciement.

J’ai vu le cas d’un salarié, 30 ans de boîte, à quelques années de la retraite, exemplaire dans son travail, muté de nuit à 45km dans le secteur de l’agro-alimentaire. L’âge et la fatigue ont servi les intérêts de ***, le salarié eut un accident de la route (sans gravité) mais suffisant pour provoquer son licenciement.

Enfin, le « financial killer » mentionné plus haut a pris pour cible une secrétaire RH, 25 ans de boîte, jugeant qu’elle était de trop. Une période de harcèlement moral a suivi : la faire travailler jusqu’à pas d’heures, critiques incessantes sur son travail, etc… Je l’ai vu de mes yeux dépérir à vue d’œil. Le jour de mon départ, elle recevait un coup de téléphone de son médecin : une grosseur dans le ventre, réveillée par le stress de la situation, s’avérait être une tumeur. Cette personne est décédée un an plus tard d’un cancer généralisé. Pas de liens qu’on peut prouver mais les proches de cette personne ont refusé la présence des représentants de *** aux funérailles…

Dans le nettoyage industriel les agents sur le terrain sont pris pour du bétail. J’ai travaillé sur des missions où je devais faire passer les effectifs de 12 à 8 uniquement pour faire des économies. Chez °°°, au nom de la rentabilité, la marge de manœuvre pour faire des bénéfices passait par la masse salariale. Combien de fois mon patron m’obligea sur de nombreux sites de passer par exemple de 52 à 50% de masse salariale. Dans les faits cela revenait à diminuer les heures de travail des gens sur place, leur enlevant par exemple 5min par jours sur leur contrat… La population concernée était en situation de précarité, des femmes divorcées avec enfants, des gens cumulant plusieurs employeurs, etc… il était facile de les « manipuler » pour leur faire signer un avenant à leur contrat.

Ce manège a duré peu de temps. Engoncé dans un costume qui n’était pas le mien, j’ai vite refusé de cautionner ces pratiques.

Toutes ces expériences ont eu des conséquences sur ma vie : je fus un moment fiché Banque de France, propriétaire j’ai été contraint de vendre mon appartement, j’ai été soigné pour alcoolisme et dépression. A présent, à 37 ans, je vis chez mes parents.

Cordialement

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