Je suis actuellement stagiaire dans un tribunal pénal

Je me présente, je suis actuellement stagiaire dans un tribunal pénal, puisque je me destine à faire de la répression pénale mon métier.

Ce matin même, j’ai assisté, alors que j’étais au bureau d’ordre du greffe, à une scène dont je n’ai pas réellement été la victime, mais qui m’a donné envie de vomir.

Pour faire vite, le bureau d’ordre a pour charge la gestion des procédures nouvelles qui arrivent au tribunal : classification, renvoi vers les services adaptés, archivage, etc.
Le vendredi, ce service est fermé au public, afin de permettre d’évacuer la surcharge de travail (sans y parvenir pour autant : ce matin, j’archivais des dossiers avec un an de retard). Toutefois, au milieu de la matinée, la réceptionniste en charge de l’accueil des visiteurs du tribunal vient nous trouver pour « une urgence ».
L’urgence en question était une femme qui avait perdu son fils. Pour des raisons qui me sont demeurées inconnues, elle avait besoin d’une photocopie du procès-verbal de la police certifiant que son fils était mort d’une mort naturelle.
Bien que stagiaire, j’avais les capacités pour répondre à sa demande. Dans les faits celle-ci ne présentait bien sûr aucun critère d’urgence (la mort d’homme ayant déjà eu lieu), mais humainement, il était hors de question de rejeter la requête d’une mère endeuillée.
Il y avait à ce moment une de mes collègues de travail, occupant en permanence depuis plusieurs années une place au bureau d’ordre. Celle-ci m’a interrompu alors que je me mettais à chercher la procédure concernant le fils décédé, et a déclaré à la dame : « Madame, le vendredi, notre service est fermé, revenez lundi. »
Celle-ci a bien sûr protesté, mais rien n’y a fait, ma collègue fut intransigeante et a déclaré que « Deuil ou pas, le vendredi, le service est fermé au public, sauf urgences, et vous n’êtes pas une urgence. ».

La mère repartit du bureau sans sa photocopie, en pleurant.
Quant à moi, je me fis remarquer par ma collègue, qui puisque je ne suis que stagiaire était en fait ma supérieure hiérarchique, que je devais respecter les instructions les plus basiques. Affaire humaine ou pas, le vendredi, le bureau est fermé, petit stagiaire. Après tout, qui étais-je pour remettre en cause cette pratique en place depuis des années au bureau d’ordre, moi qui n’y était que depuis un mois ?

Je veux faire carrière dans la répression pénale car je veux amener mes capacités humaines au service des autres. Bien sûr, je devrai être impartial. Bien sûr, je ne devrai pas montrer d’émotion. Mais ça c’est uniquement si je suis juge.

Le tribunal est un lieu qui se doit d’être le plus objectif possible, et de ne pas être guidé par des émotions fortes, au nom de l’équité de la justice. Mais au bureau d’ordre, qui n’est au final que son secrétariat, qu’est-ce qui peut bien nous forcer à limiter nos capacités humaines ?

Bien que j’ai dû limiter les miennes aujourd’hui, je ne suis bien sûr pas la véritable victime de ce drame.
Mais tout de même, petit stagiaire, la prochaine fois tu ne prendras pas d’initiatives et tu te contenteras de rejeter la demande.
Après tout, si nous passons nos journées à classer des dossiers, ce n’est certainement pas pour être capables de les retrouver en quelques minutes et de faire une photocopie en quelques secondes.
Le vendredi, le bureau est fermé au public, madame.

Merci de l’attention portée à ce témoignage. J’ignore s’il entre dans le champ de ce que recherche votre site, mais je voulais au moins l’envoyer quelque part.

Un stagiaire qui a eu envie de vomir ce matin.

3 thoughts on “Je suis actuellement stagiaire dans un tribunal pénal

  1. Bien sûr que votre commentaire est recevable sur ce site ! Si beaucoup faisaient comme vous et se révoltaient de l’attitude inhumaine et sans compassion de certains de leurs collègues, les relations interpersonnelles seraient plus sereines et moins génératrices de stress, de détresse voire de dégoût…

  2. Moi ça me choque pas tellement d’avoir demandé à cette femme de revenir lundi, c’était pas une urgence, y’a des dossiers avec plus d’un an de retard à traiter, la fermeture le vendredi aprèm
    est clairement annoncée… à moins que ce soit pour dépôt de dossier aux assurances/au juge en urgeeeeence ce jour-la, franchement ça me choque pas.
    Elle en fera quoi le week-end de son papier, la dame? Si c’était pour un dossier, elle serait venue le matin.

    Après il y a probablement des choses que je ne sais pas (trajet super long, personne extrêmement âgée, réelle urgence administrative comme quoi le papier devait être ailleurs dans l’heure…) mais sinon, à part que la responsable est un peu trop sèche, c’est pas pour autant si révoltant.

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