J’ai 20 ans quand je m’inscris pour la première fois à Pole emploi

Depuis un petit moment, je lis les histoires de vie venant de toute la France ou d’ailleurs (et les DOM-TOM trop souvent ignorés et délaissés… exprimez-vous, vous aussi!!!). Depuis un petit moment, je me demande si moi aussi je devais me faire entendre et me voilà.

Oui, nous aussi chômeur-ses-s ou étudiant-e-s sommes nous aussi touchés par cette loi ou le seront. Pourquoi j’assimile les deux ? Parce que avant de d’aller à la fac j’ai aussi, pendant presque 10 ans cumulé les rendez-vous à Pole emploi, les concours ou les formations, les uns aussi inutiles que les autres.

J’ai jamais trop su ce que je voulais faire. J’étais une enfant trop sensible, trop émotive et même durant l’adolescence. Je changeais souvent d’idée de métiers comme chacun d’entre nous. L’enseignement, les animaux et l’environnement me plaisaient déjà mais lequel choisir ? Durant, la troisième et ensuite le lycée j’ai très mal vécu cette pression sur la réussite scolaire et l’orientation et surtout la pensée générale et insidieuse que si tu ne réussis pas tu ne vaux rien. Dans cette société, la réussite professionnelle est plus importante que l’accomplissement de soi.

J’ai 20 ans quand je m’inscris pour la première fois à Pole emploi après avoir échouée au bac. Si j’ai cet age pour le passer c’est que des ennuis de santé mon fait prendre du retard : TCA, les initiés comprendront. Si je rate mon bac c’est à dessein : je suis une élève travailleuse mais je travaille trop. Cette année-là, vers mars, je craque. Un ras-le-bol. Je veux rentrer dans le monde du travail, je ne suis pas faite pour les longues études. Puis de toute façon, je ne sais pas ce que je veux faire. J’ai le temps je me dis. A 20 ans on a toute la vie devant soi non ? Pourquoi devrai-je vite trouver une vocation à ma vie. A 20 ans on commence à peine à se connaître ! J’arrête d’aller en cours et je me pointe à Pôle emploi pensant tout bêtement (ah oui ça alors!) que c’est là où je trouverai un travail ( oui et puis des licornes et des fées). Mon premier rendez-vous est une surprise. Déjà je ne rentre pas les cases selon lui, phrase que j’ai pas compris sur le coup, moi, jeune novice en la matière. Puis après avoir consulté mon CV plus que succinct ( bah oui il y a pas grand-chose quand on sort du bac surtout en passant une bonne partie de son adolescence dans les hôpitaux…) voire vide, il remarqua : Je vois que vous aimez lire. Pourquoi ne pas proposer vos services aux librairies ? Et oui pourquoi pas ? Pleine d’espoir, je sors avec l’idée de passer dans toutes les librairies de la ville qui se limitent au nombre de deux dans la petite ville où j’habite alors. Mais je suis sure de moi… j’en rigole maintenant. Je vais au bac en touriste en pensant que de toute façon je trouverais un job facilement après. Qu’elle naïveté alors !…

C’est ainsi que je suis rentrée dans l’ère  «  Vous n’avez pas d’expérience, je ne peux pas vous prendre ! ». il est vrai qu’il est très difficile de vendre des livres, il faut pas faire n’importe quoi avec ! Je déménage sur Bordeaux, la capitale de l’Aquitaine, en espérant encore que, plus de librairies = plus de chances de se faire embaucher ! Que nenni ! Toujours on me refoule au nom du sacro-saint expérience que je n’ai pas. Et personne ne va te donner une chance histoire que tu l’ai cette expérience. J’élargis mon domaine de recherche. Toujours rien. Lasse de cette recherche ( car oui ! Les putain assistés en ont marre des fois de chercher dans le vide, de se faire refoulait avec plus ou moins de politesse, ou de ne pas recevoir de réponse aux C.V. et lettres de motivation envoyés… oui !les assistés ont un ego aussi…), je me suis remise en question et décide de passer le concours d’aide-soignante, dans le but de passer celui d’infirmière au bout de 3 ans d’activité. Encore raté plusieurs fois même… Faut dire que pour l’avoir j’ai parfois l’impression qu’il faut être déjà aide-soignante. Il faut avoir souvent avoir suivi une préparation au concours qui ne sont pas toutes gratuites, avoir fait des stages dans les hôpitaux… Le must : avoir travaillé en tant qu’ASH. Plusieurs fois cette question m’a été posé et je réponds à chaque fois que j’aimerais bien mais mon manque d’expérience m’en empêche… (FAUX mais faut bien se vendre hein ? Puisque c’est apparemment la clef pour rentrer dans l’école. Moi je veux juste être infirmière dans l’humanitaire ou dans les écoles… mais c’est surtout à ne pas dire !)
-Ah oui ? Vous avez bien chercher au moins ?
(Oui ducon! C’est un peu galère pour trouver du boulot en ce moment.)
– Il faut dire que je n’ai pas le permis ce qui limite le champ de mes recherches.
Pas réponse.
Car oui. Je n’ai pas le permis. Il faut dire qu’à l’époque utopique où je crois tout possible je pense mettre de l’argent de côté pour pouvoir me le payer. Mes parents veulent que leurs enfants se débrouille. C’est un choix. Que je ferai pas. Bref. Encore une fois le serpent se mord la queue : pas d’expérience pas de boulot, pas de boulot pas d’expérience, pas de boulot pas fric, pas de fric pas de permis, pas de permis pas de boulot non plus. Autre amère constatation de la vie réelle…
Une autre fois, un des jury me lancent après avoir entendu tout parcours dans le bénévolat :
-Mais faîtes assistante sociale ! ( Quelle sotte alors ! je me suis trompée de concours d’entrée dis donc !!…)
J’ai eu aussi droit au jury qui t’annonce que les aides-soignantes qui rentrent dans l’école sont vouées à travailler avec des personnes âgées… et il ne faut surtout pas répondre que tu es sûre que des aides-soignantes, il y en a dans tous les services, service que celle-ci choisit pour exercer son métier… et que toi tu ne veux surtout pas travailler avec les personnes âgées. Tu te connais tu n’y arrivera pas…

Au bout d’un moment et après plusieurs concours ratés, il faut se faire une raison. Je l’aurais jamais puis une rencontre avec une ancienne aide-soignante en reconversion professionnelle m’a aussi convaincu. Elle était dégoûtée de son métier : manque d’effectif, de temps… elle a claquée la porte d’un EHPAD après une remise à l’ordre : elle passait trop de temps avec les patients pendant l’heure du repas… question de rendement même pour la santé… Bref.

Je trouve pas de taf encore et toujours alors je refais du bénévolat pendant un temps. J’aime ces associations qui agissent dans du concret Je m’inscris dans une où j’apprends le secourisme, on fait des maraudes, des collectes de vêtements, on nettoie des plages. C’est la première fois que je me sens utile et vivante. Oui vivante car depuis quelques temps je me sens un peu usée par la vie. Je suis déjà abîmée par la réalité à 25 ans.
A la fin, un voyage humanitaire en Afrique était prévue mais faute d’argent je n’ai jamais pu y aller. C’est dommage.
Entre temps comme je n’ai pas vraiment de projet pro, mon conseiller ( c’est une blague ce titre!?) me propose une formation à l’AFPA dont le thème était accompagnement d’un projet pro ( autre blague…)
Je me retrouve dans un petit groupe avec des gens de tout âge et de tout horizon même une femme enceinte qui faisait de l’humanitaire avant sa grossesse et avait même le diplôme qui allait avec or il se trouve que vie de famille n’est pas compatible avec l’humanitaire. Je sais pas pourquoi je crois (à tort) que cette formation me permettrait de connaître ma voie. J’ai vite désenchanté : on m’a appris à faire une lettre de motivation et un C.V., chose que je savais faire. La formatrice est gentille mais très absente. Nous pouvons nous retrouver seuls pendant longtemps : elle nous laisse devant des ordis pour trouver enfin le métier de nos rêves. Consultons l’oracle pour nous guider afin de trouver un avenir plus radieux. Un pc. Il y a rien de mieux pour établir un projet professionnel qui tienne la route. Il apprend à de connaître pour t’orienter vers un métier qui conviendrait.. .Je me suis mise à corriger les lettres de motivation des autres et à surtout m’ennuyer. Puis j’abandonne. Je trouve ça creux, sans intérêt, pire bidon.

Je passe sur une petite descente aux enfers non pas comme Orphée pour retrouver ma moitié. J’y suis allée un peu aussi parce que je l’ai perdu. Drogues, problème d’argent qui va avec, pas de projet donc de but… Bref. Je fais des trucs dont je suis pas fière. Un jour, je me suis réveillée, j’ai (durement) décroché. Quelqu’un ( oui quelqu’un pas un conseiller pole emploi ou la mission locale…) me parle du DEAU (l’équivalent du bac), je me suis aussi rendue compte que sans ce sésame, je n’arriverai à rien. Je déménage pour me couper du milieu nocif où j’étais et je m’inscris aux cours. Je le décroche haut la main avec mention et m’inscris en histoire de l’art. Je me mets de nouveau la pression. Un échec. Je tiens deux mois et me conforte dans l’idée que la fac s’est pas pour moi. De nouveau à Pôle emploi, je fais une formation accueil-secrétariat dans une entreprise fictive donc bidon. On est censé être une entreprise de vente d’articles (fictifs) de bureau qui prends les commandes d’autres entreprise qui elles vendaient d’autres biens. Trop intéressant ! Je m’ennuie à mourir, taper des lettres, répondre au téléphone faire des photocopie en tant d’exemplaires A4 ou A3, prendre des notes pendant les réunions. Ça, c’était quand il y avait quelque chose à faire. Six mois à glandouiller mais bon c’était payé. Cependant, la formation est la plus professionnelle que j’ai faite jusqu’à maintenant et elle m’apprend à me servir des logiciels qui sont nécessaire dans le secrétariat. L’accueil des gens n’est pas fictive comme les appels téléphoniques. Je suis écoeurée par contre par la patronne (fictive), elle se prend pour ce qu’elle n’est pas et manque cruellement d’humanité. Un jour, après avoir viré la femme de ménage qui n’était pas venue un soir suite à des problèmes personnels et j’avais eu en larmes au téléphone, je me dis que je pourrais pas rester muette devant cette injustice…

Durant ce temps édifiant, je pense à retenter ma chance à la fac. Une autre filière. L’autre devait pas me convenir. J’y réfléchis. Je finis la formation, la valide et je vais me rendre compte qu’elle n’a servi à rien (ou qu’elle ne m’a servi à rien). Je déménage encore. C’est une de mes caractéristiques : j’aime bouger. Je me lasse vite. Je postule à des offres d’emploi en tant qu’ « agent d’accueil ». Pas de réponse. La formation était peut-être elle aussi fictive ?.. Pas grave. Pour passer le temps, je fais du bénévolat. Je m’inscris à France bénévolat et j’ai une idée tiens : enseigner le français aux migrants. On me conseille d’aller voir une association : le GREF. Avec le recul, je me rends compte que c’était le meilleure conseil que j’ai reçu jusqu’à alors. Pendant quatre mois, j’enseigne le français à des gens de tout horizon. C’est pour moi une révélation. J’enseigne à un groupe de débutant de 10 personnes.
Je rencontre une autre bénévole qui est en master FLE. Tiens, c’est quoi ? Français Langue étrangère. Elle veut partir au Canada et y enseigner le français. Elle m’apprend son parcours. J’arrête le bénévolat et m’inscris en licence d’anglais. C’est une langue que j’aime je l’ai appris seul. Entre temps, j’apprends que je suis enceinte. J’ai de longs de doutes quant à cette grossesse d’autant plus que je ne suis plus avec le père. Je décide de garder l’enfant et ma place à la fac. Je mets du temps avant de capter que les deux sont incompatibles. Déjà plus ventre s’arrondit moins ma tête fonctionne et je suis épuisée. La fac est aussi un choc en terme de travail mais aussi la différence d’âge avec les autres. Je me sens très seule. Puis, je doute quant à mon rôle de mère, je me pose plein de questions. Je change d’appartement. Le mien Je m’obstine puis en mars, j’arrête complètement, de toute façon je dois rester allongée.
En avril, ma fille née. C’est un choc. Je prends conscience de plein de chose. Je vais me battre. Pour elle. Elle le mérite. Ce petit être n’a pas demander à venir. Elle mérite un monde meilleur…
Je me réinscris à la fac. Repaye les 190 euro ( car oui c’est pas gratuit pour moi et j’ai pas les bourses.). Ma fille ira à la crèche j’ai réussi à avoir une place pour elle. Un gros coup de chance. Je fais aussi un prêt au crédit municipal pour pouvoir passer le permis de presque 2000 euro que je vais payer à coup de 40 euro par mois et ce pendant plus trois ans. C’est rien 40 euro mais pour moi c’est beaucoup.

Aujourd’hui, à trente ans, j’ai réussi mon année et je passe en L2 et le permis est en bonne route. Je vais passer l’été à faire du woofing avec ma fille. J’ai monté la première marche des quatre qui me reste à grimper. Je veux toujours être prof de français. Ma fille est ma source intarissable d’énergie.
Je connais aussi chaque jour la galère des mamans (ou papa) solos… je me suis rendue compte que dans la réalité les parents seuls avec leur enfant ne sont pas vraiment considérer comme une vraie famille… Je le vois dans ma bataille pour le logement. On en rien à foutre que je puisse pas me chauffer et faire profiter à ma fille d’une soirée agréable en plein hiver, on en a rien à foutre que j’arrive le plus tard chez moi possible et je repars le lendemain le plus tôt possible car je passe les soirées d’hiver dans les centres commerciaux pour avoir chaud, on en rien à foutre que ton logement est plein de moisi dégueulasse qui cours sur le carrelage et remonte sur le mur, on en rien à foutre quand tu pleures au services logement et j’en passe…. et même des associations de famille n’en ont rien à faire… On me balade de services en services… mairie, préfectures, re- mairie… coup de téléphone vains…
Dernièrement, j’ai fait un dossier DALO car voilà plus de 3 ans que j’attends un logement social. Ce type dossier peut être établi quand les bailleurs sociaux n’ont fait aucune proposition, la préfecture s’engage à présenter un logement dans les six mois. On m’a fait vite comprendre que j’avais un toit sur la tête donc que je devais fermer ma gueule…
En fait, je me rends compte que c’est toute seule que je me vais m’en sortir et c’est toute seule que j’ai trouvé une voie qui me correspondait.

Je rends compte enfin surtout que tout n’est que mensonge. Mensonge de l’école qui fait croire à une égalité des chance, mensonge dans les textes de loi, mensonges des sois-disant réformes mensonges des politiciens… d’ailleurs parlons-en : avant de saigner le peuple si on limitait les notes de frais, le cumul des mandats, les paies à vie… Payer et obéir c’est tout ce que le peuple à le droit de faire… et plus on paye moins il y a d’argent dans les caisses. Incohérent, non ?

Je me rends compte que tout est fait pour que tu restes un assisté… que personne ne t’aide et d’autant plus quand ton parcours est atypique.

Je n’ai pas vraiment foi en l’humanité… Je finirai pas avec une note d’espoir pour cette foutue planète. L’homme est un nuisible pour l’environnement, puis un monde meilleur est une utopie. J’ai cru en un renouveau avec les soulèvements ces derniers, j’ai sauté de joie quand j’ai vu les vitrines des banques éclatées… Je souriais quand les gens en parlaient : oh mon Dieu ! Nantes est saccagée… Ah ouais ? Pire que pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale ? Ouvrez grand les yeux : ce sont des supports de pubs, des banques, des grandes multinationales qui vont pas être ruinée à cause d’une vitrine. Vous en avez pas marre de bouffer de la pub à longueur de temps ! Vous en avez pas marre de ses boites qui profite de la misère humaine ? Vous en avez pas marre d’être des esclaves de ce système ?
Moi j’en ai marre !

Mais le peuple aime être asservi à ce que je vois : les manifs se raréfient, les participations à nuit debout aussi… Après tout,, c’est bientôt les vacances, puis il y a l’euro ( du pain et des jeux disaient les romains.)… faut surtout pas manquer ça…. Mais c’est les SOLDES !!!! Tu as le nouvel Iphone ? La dernière voitures, l’écran plat pour mieux voir un film… La technologie nous a asservi aussi… et les politiciens le savent bien.

Quant à eux, ils m’insupportent, ils nous manipulent et on se laisse faire… Tous autant qu’il sont et d’autant plus ceux qui se servent des problèmes du moment pour préparer les présidentielles.. Droite, Gauche, Front de Gauche… tous les mêmes !!! Je ne crois plus en se système.

Je vais me battre pour ma fille malgré les embûches quotidiennes . Continuer la fac, me barrer de ce pays… voyager comme je pourrais le faire avec mon métier, comme j’ai toujours voulu. Puis quand j’en aurais marre, je prendrai un terrain quelque part et y planterai ma yourte et vivrai en auto suffisante. Je veux enseigner à ma fille que pour atteindre le bonheur il faut d’abord apprendre à se connaître et cela demande du temps, je veux apprendre à ma fille que les échecs nous endurcissent, je veux apprendre à ma fille que la nature fait partie de nous et qu’il faut pas s’en éloigner au risque de se perdre. Que le bonheur et la réussite s’est de faire ce qu’il nous plaît sans se soucier du regard de l’autre et qu’il est dans peu de chose, parce qu’elle vaut mieux que ça. On vaut tous mieux que ça…

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