Montrons la réalité du monde du travail

Je suis un jeune de 23 ans, diplômé d’une école de son.
A la fin de mes études, pour valider mon diplôme je dois réaliser un stage dans une entreprise.Je trouve rapidement une petite association,faisant de la formation; qui accepte de me prendre en stage.
J’y ai passé 3 ans.

La première année est relativement simple.
A mon entrée dans la boite, mon tuteur de stage, un jeune homme de mon âge qui était dans la boite depuis un an en CUI CAE me prévient. Le patron est une personne extrêmement compliquée, toujours dans la négociation avec ses employés pour les payer au minimum, il paye en retard, n’assume pas ses erreurs et a besoin de ses employés pour faire tourner sa boite et que lui en soit simplement l’ordonateur (comprendre : le donneur d’ordre,… « je les paye, ils doivent faire le travail…TOUT le travail).
Lui (mon tuteur de stage) a un CUI CAE de 26 heures sur lequel le patron lui a demandé de travailler 35h (un travail de 35 heures donc payés 26….).
Il n’est pas le seul à me prévenir, les secrétaires et autres ingénieurs du son (temporaires eux puisqu’auto entrepreneurs) m’ont eux aussi mis en garde.

Après 3 mois de mon stage, le contrat de mon tuteur arrivant à sa fin, il part sans le renouveler.
Je me suis donc retrouvé seul ingénieur du son permanent de la boite NON REMUNERE puisqu’encore stagiaire et n’ayant pas dépassé la limite des 4 mois au bout desquels le stagiare DOIT ÊTRE REMUNERE.
A ce moment je suis bien content de ma situation, il me semble que me garder puis me proposer une gratification est gage de mon sérieux et de la qualité de mon travail.

Stagiaire non rémunéré d’abord, on me propose de prolonger mon stage et de me rémunérer…. Je me crois sur la bonne voie, fraichement sorti de l’école on me garde comme stagiaire puis on me propose de me rémunérer…GENIAL.
De plus, je suis seul ingénieur du son avec des responsabilités dans l’entreprise et il me semble que sur un CV ce point était très intéressant.
Après quelques temps en tant que stagiaire, il m’est proposé à moi aussi de signer un CUI CAE aux mêmes clauses que mon tuteur parti alors depuis quelques temps.

(35h payées 26).
Ayant recement enmenagé avec un colocataire il me faut continuer à payer un loyer et pour l’instant il me semble que cette situation n’est pas si mal. J’accepte donc.
Je découvre par la suite que les heures supplémentaires ne sont pas payées et les jours fériés travaillés (non payés…. bien entendu).
A la fin de ce premier contrat je re-signe , non sans négociations pour un contrat de 20h travaillées / 20 h payées et (en théorie) les heures supplémentaires remunerées (incroyable n’est ce pas, que de devoir négocier le paiement de ses heures supplémentaires…..) , il s’engage aussi à prendre un stagiaire pour m’epauler puisqu’il voit bien que la masse de travail augmente…Je n’en ai jamais vu la couleur.

Entre temps un des ingénieurs du son intermittent (c’est le terme exact à employer, car il n’était pas dans la boite de façon permanente, mais ne nous méprenons pas, il était auto-entrepreneur….et rémuneré comme tel= pas de cotisations patronales, un tarif fixé en accord avec le patron, soit 10 euros de l’heure….) est parti, je récupère donc son travail.
Il se trouve aussi que dans cette association ,il y a une boite de production (dont le patron est la même personne…. ce qui lui permet de se faire payer des prestations extérieures).
Prestations pour lesquelles il emploie les ingenieurs du son intermittents (mais auto entrepreneurs de statut, vous suivez?)

Au départ de l’un d’entre eux,donc, j’écope de ce travail.

Là où cet ingénieur du son facturais ces heures, c’est pour moi simplement du travail supplémentaire sur lequel je ne touche rien (puisque salarié, »quelque soit la quantité de travail, je te paie le même salaire, est c’est normal que le travail soit fait » ai-je entendu me dire mon patron ….. notons aussi que souvent ce travail en plus me fait faire des heures supplémentaires…. mais puisque sous ce nouveau contrat mon patron devait me les payer…..).

Plusieurs fois il m’a dit qu’il voyait bien que je faisait des heures supplémentaires, mais que nous nous arrangerions.
J’ai été malade 3 fois, à chaque fois il m’a appelé, et je me suis senti coupable d’être malade.
Je pensais sans cesse à mon travail, à ne pas commettre d’impairs à être droit. A bien travailler, il n’était jamais satisfait, ou s’il l’était, il ne le montrais pas
« La reconnaissance silencieuse ne sert à personne » mais je déjà entendu dire…
Une fois un des clients m’a ramené un chien dont la tête remue et a décidé de m’appeler « mon chien ».Ce qui a fait rire mon patron.
A la fin de mon contrat, mon patron a décrété tout de go qu’il n’y avais pas eu d’heures supplémentaires effectuées chez lui (après comptage il y en a près de 400 ).

Je suis donc allé lui réclamer le paiement de ces heures.

Il est sorti de ses gonds me disant que « j’aurais dû le payer pour ce que j’ai appris dans son entreprise » que je lui coutais « près de 1000 euros par mois » (une somme quand on sait qu’en CUI CAE, les cotisations sociales de mon contrat étaient prises en charge par l’état à 60% et que mon salaire mensuel était de 640 euro .Rajoutons à cela que la définition même du CUI CAE stipule que ce contrat est un contrat de formation )
J’ai donc claqué la porte. Humilié au plus haut point, exploité jusqu’au bout, je me sens coupable d’avoir pu croire quel le travail méritant était récompensé dans cette boite.
Aujourd’hui encore je ne suis pas serein, il a oublié de me donner les attestations de fin de contrat (qui n’ont pas été faites) ce qui bloque mes droits au chômage, j’attends encore un retour du courrier recommandé que je le lui ai envoyé.
Je réalise seulement l’emprise qu’il a pu avoir sur moi et la bêtise dont j’ai fait preuve en ne faisant pas plus valoir mes droits.

Pas de misérabilisme pour le moins, je ne veut personne d’apitoyé sur mon sort, juste une prise de conscience de la manière dont peuvent être utilisés ces « contrats aidés » sur des jeunes peu stables ayant la pression d’un marché du travail complètement saturé.
Mon inaction, mon absence de protestation si elle est en grande partie de ma responsabilité, vient aussi du fait que seuls face à se genre de situations, nous ne nous sentons pas en position de faire valoir nos droits.
Montrons la réalité du monde du travail, montrons que nous sommes nombreux, seuls face à nos chefs à devoir « négocier » nos droits.
Montrons que nous ne sommes pas seuls, et que nous valons mieux que ça….

5 thoughts on “Montrons la réalité du monde du travail

  1. bonjour, il existe des syndicats, auxquels il faut mieux adhérer dès qu’on peut, car on se sent moins seul et c’est le cas. vous dites que le monde du travail est dur, il l’a toujours été. Je peux même vous dire qu’il a toujours été injuste, impitoyable, et que tout le monde s’est toujours battu pour obtenir ce que nous considérons comme allant de soi ( congés payés, heures supplémentaires, jours enfants malade, etc…).
    Si nous continuons à jouer le jeu des employeurs, qui font miroiter le mythe du  » tu échapperas au sort des autres si tu es obéissant », tout changera bien sûr, en pire, et de pire en pire, et ce, très rapidement.
    Vous pouvez laisser ces messages de plainte, témoigner tant que vous voulez sur les réseaux sociaux, ça ne sert à rien tant que vous n’entrez pas en action, soit politique, soit syndicale, soit associative. Ce sont les seuls outils démocratiques que nous avons à notre disposition, encore autorisés. profitons-en. Les employeurs, quelqu’ils soient, sont contraints par les conditions économiques, on le sait. tant que nous ne mettrons pas un coup d’arrêt à cette barbarie économique, ils n’ont aucune raison de changer leur manière de fonctionner.
    Prenez votre courage à deux mains et aller rejoindre les bonhommes qui se battent pour vous tous les jours dans les syndicats. c’est la guerre, réveillez vous et prenez les armes démocratiques !!!!

    1. Auparavant oui. Maintenant tintin ! Je suis allé les voir et d’autres aussi, et cela n’a rien changé. Au contraire, ils se battent contre les CDD et pour les CDI, l’un au détriment de l’autre sous prétexte de privilégier le long terme.ça ns fait de belles jambes présentement. Et faut voir l’arrogance de certains. Le bénévolat « relatif » ne permet pas tout. Alors il existe surement des anges également et on les félicite, mais ils ont disparu du périmètre immédiat des CDD et stagiaires.

  2. Je ne sais pas si ça peut vous servir et la législation n’était peut-être pas la même à l’époque de cette expérience mais ça servira peut-être à quelqu’un :
    – la rémunération est obligatoire à partir de deux mois ou 309h. Attention : ça ne veut pas dire qu’on paie à partir du deuxième mois. On paie dès la première heure à partir du moment ou la durée prévue est supérieure à deux mois. Et si au départ c’était moins de deux mois et qu’on prolonge, on paie rétroactivement la période non payée.
    – un stage doit être obligatoirement conventionné et doit s’inscrire dans une cursus ou une formation
    – un stagiaire ne peut effectuer d’heures supplémentaires
    – il a droit au congés si la durée est supérieure à 2 mois
    – on ne peut avoir recours à un stagiaire pour remplacer un salarié absent, un travail saisonnier, faire face à un accroissement d’activité et d’une manière générale lui faire faire le même boulot qu’un salarié
    – pas plus de 15% de stagiaires (20% pour les alternances), pas plus de 3 stagiaires par tuteur

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