Je souhaiterai témoigner en tant que jeune travailleuse handicapée.

Bonjour, je souhaiterai témoigner en tant que jeune travailleuse handicapée. En 2010, alors que je travaillais dans une chaîne de restaurant, j’ai fait un AVC en me rendant sur mon lieu de travail. (21 jours de coma, 2 ans coincée dans un fauteuil roulant dû à une hémiplégie et je suis toujours en rééducation aujourd’hui, des recherches sur mon petit cerveau indique maintenant une maladie neurologique orpheline apparentée à une hypertrophie ventriculaire cérébrale et provoquée par le dit AVC; ce qui me vaut donc le statut de travailleur handicapé reconnu par la MDPH)

Au moment de l’AVC, j’étais en période d’essai en vu d’un CDI. A peine deux semaines après ma sortie du coma, mon patron m’appelle pour demander quand je reviendrai travailler, comme si j’avais une grippe ou une gastro. Vous comprendrez qu’il est assez compliqué de servir des assiettes en fauteuil roulant et avec un seul bras de fonctionnel, lui ai-je donc rétorqué! Pendant cette période j’étais bien évidemment en arrêt maladie, et c’est là que la vraie galère à commencée, à penser que sortir du coma et du fauteuil était vraiment de la rigolade à côté de la bataille juridique que j’ai dû mener face à ces requins (mon patron et bien sûr le gros PDG de la boite accompagné de leurs supers avocats). Tout d’abord mon AVC n’a pas été reconnu comme accident de trajet (à noter également que le stress et le surmenage sont deux gros facteurs reconnus de l’AVC, et je rappelle que je travaillais alors dans une chaine de restaurant […]) et mon dossier n’a pas été traité rapidement par la sécurité sociale qui avait, je cite, « un peu de retard » (7 mois). Le problème? Pas d’attestation d’IJ, pas de complément de salaire. Seulement voilà, je ne les touchais pas encore ces indemnités. Et dans les petites lignes du contrat il y a bien expressément écrit qu’en cas d’arrêt maladie, l’attestation doit être fournie dans les 90 jours suivant l’arrêt maladie. Je n’avais alors aucune solution! Mais le problème continuais à accroître puisque comment payer ma mutuelle sans toucher un seul centime? Je devais donc assumer une grosse part de mes frais médicaux ou au mieux les avancer. Résultat? A 20 ans je me retrouvais endettée, avec découvert, agios, chèques refusés, interdit bancaire et j’en passe! Il a quand même fallu presque 3 ans de bataille juridique pour qu’au final je puisse déclarer une grande victoire: j’ai touché 8 000€ d’indemnisation (y compris les indemnisations de licenciement puisqu’il n’y avait pas de reclassement professionnel possible au sein de l’entreprise), à cela on retirera bien sûr mes frais d’avocat s’élevant à seulement 6 000 €, vous avez fait le calcul? Parce mon calcul à moi va bien plus loin que ça, durant mon arrêt maladie si j’avais reçu correctement mon complément de salaire, j’aurai perçu 5 400 €. Alors voilà, je voulais rentrer dans quelques détails afin de mettre en avant les aberrations que l’on côtoie dans le monde du travail. Aujourd’hui j’ai peur, car même avec mon statut de travailleur handicapée, comment me faire embaucher alors que je peux malheureusement être souvent absente? Comment je peux m’imaginer faire une carrière dans un nouvel emploi qui demande lui aussi toujours plus de rendement? J’ai tout simplement peur que le travail me tue encore une fois! Peut-on travailler et vivre normalement en ayant peur? On vaut mieux que ça, non? Je sais que, malheureusement, je ne suis qu’un cas parmi tant d’autres mais je voulais vraiment en parler et en fait ça fait beaucoup de bien de le partager. Alors merci pour ce que vous faites! ça fait du bien de pouvoir s’exprimer et ça coute moins cher qu’une séance chez le psy! Wink

3 thoughts on “Je souhaiterai témoigner en tant que jeune travailleuse handicapée.

    1. oui c’est une piste à creuser, mais tu vas creuser tellement profondément que tu vas te retrouver en chine avant de trouver du boulot. La sélection notamment par concours va te propulser indirectement à Pôle emploi et directement chez toi, entre 4 murs et sans passer par la case embauche.
      vraiment désolés pour ce cas dramatique mais avec des cas moins dramatiques, c’est pas mieux géré par la fonction publique, à part qq exceptions. J’en sais qq chose!!!

      1. Je ne parle pas de recrutement par concours mais de recrutement contractuel donnant vocation à titularisation. Dans l’établissement où j’ai été recrutée, nous avons été 4 à être titularisés par ce biais.

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