Trop c’est trop !

Bonjour,

Je fus pendant six ans professeure contractuelle des arts appliqués (septembre 2007 – janvier 2013). Pendant six ans, le rectorat de Rouen m’a embauchée en renouvelant plusieurs fois des CDD (près de 25 contrats). Je fus recrutée simplement par téléphone après avoir envoyer une lettre de demande de renseignements (pas une candidature spontanée) Cela m’a surpris car je ne possède que des diplômes niveau III (BAC + 2) alors qu’il me semblait que ces postes ne pouvaient être occupés que par de BAC + 3 minimum.
J’ai ainsi enseigné dans un premier temps en binôme en lycée général puis seule en lycées professionnels sans avoir aucune formation spécifique ni aucune visite d’un inspecteur de l’académie. Je suis restée dans un même lycée professionnel pendant 29 mois (deux années scolaires complètes et 5 mois). Ce fut mon dernier poste au sein de l’éducation nationale. Pendant mes deux dernière années complètes d’enseignement, j’avais un temps plein (18 heures partager entre deux établissements) et faisait même des heures supplémentaires. Mon lieu de travail principal se trouvait an ZEP (zone d’éducation prioritaire)
Le niveau scolaire y était très bas (il l’est toujours) et la détresse sociale palpable (elle l’est toujours). Par rapport aux grandes difficultés qu’ affrontaient mes élèves et le risque croissant de décrochage scolaire, mon enseignement avait parfois un côté ubuesque mais je m’ investissais et participais à de nombreux projets pluridisciplinaires (concours, accompagnements personnalisés, sorties et voyages scolaires) pour redonner du sens à ma fonction. Quelle fut ma surprise lors de ma dernière année scolaire en septembre 2012, en prenant note de mon emploi du temps. Mes classes des secondes BAC pro de 28 élèves n’étaient plus dégroupées et pire deux classes de terminales BAC pro étaient regroupées pour un seul cours. Trois heures en moins de travail (mon salaire a baissé de plus de 300 euros par mois) et pire des conditions d’enseignement n’étaient plus tenables. Je peux vous l’assurer 28 jeunes garçon de 15-17 ans en rébellion face au système scolaire dans un cours qui pour eux est sans importance, c’est très difficile à gérer. De plus, il fallait selon le B.O (bulletin officiel qui instruit les professeurs sur le programme et les modalités d’examen) faire faire aux élèves de terminales un dossier en semi autonomie pour leur examen ainsi qu’un passage à l’oral!
Rien n’est plus éloigné des réalités du terrain où les élèves (selon leurs propres termes) « s’en battent les couilles ». Trop, c’est trop! J’ai supplié le rectorat de ne pas renouveler encore mes CDD et ainsi pouvoir accéder à une allocation chômage pour préparer ma reconversion professionnelle. C’était à deux doigts de passer pour une démission (au bout de trois refus de postes en CDD peu importe le nombres d’heures, le rectorat considérait que vous démissionniez) et dans ce cas je me serais retrouvée sans aucun revenu. J’aimais enseigner mais je fus écœurée  par notre système éducatif qui met au banc de la société une partie de sa jeunesse.

2 thoughts on “Trop c’est trop !

  1. jadis l’institution religieuse était chargée d’apprendre la résignation aux pauvres ; et maintenant, l’institution scolaire est chargée d’apprendre le respect des hiérarchies sociales aux enfants…

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