Je ne travaille pas, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais rien.

J’aurai 27 ans cette année. Quand j’en avais 20, je m’étais promis de ne jamais travailler. Un tabou. Une honte. Comment ça, ne pas travailler ? Et vivre aux crochets de la société ? Quand les autres travaillent durs pour que tu puisses te dorer le cuir, les doigts de pieds en éventail ?
Je suis l’autre chômeur. Celui dont parlent les médias, celui qui ne travaille pas, qui ne travaillera jamais, et qui vous coûte de l’argent (disent-ils).
Je suis celui qui a tellement peur du travail qu’il préfère la honte et l’isolement. Quel profiteur.

J’ai 19 ans. J’ai très peur du monde qui m’entoure et je me réfugie dans les livres et les bières brunes. Après des études secondaires chaotiques, j’entre à l’université pour étudier la philosophie. C’est papa-maman qui payent. A bien des égards, je suis l’un des meilleurs élèves. J’étudie la philosophie par moi-même depuis mes 16 ans, je comprends vite, j’ai des orgasmes intellectuels rien qu’à lire Foucault, Descartes, Platon. Bref, ça roule. Mon premier examen de janvier arrive. 7/20. Je me revois trembler devant le professeur, tout confondre, les murs s’écrouler, la bile me remonter dans la bouche, et puis ce vieux type ricaner devant mes phrases qui ne font plus aucun sens. L’examen suivant, un examen écrit, je ne parviens plus à passer le pas de la porte. Je fume clope sur clope (des roulées, intello de gauche oblige) devant la façade en piétinant, avant de faire demi-tour. Sur le chemin, je croise le professeur qui me regarde d’un air déçu. Tant pis.

Les années suivantes passent à réessayer d’autres premières, dans d’autres domaines, sans y croire, sans même réellement essayer. Papa-maman veulent que je continue, que je ne reste pas sans rien faire, il faut que je fasse des études, alors ils payent, ils payent. En tout, j’en aurai fait quatre. Pendant ce temps là, je deviens insomniaque, je bois. Je me retrouve à l’hôpital psychiatrique, sans grand effet.

J’abandonne, j’abandonne pour de bon. J’ai 23 ans, je m’inscris au chômage (en Belgique, on peut avoir les indemnités sans avoir travaillé si on a moins de 25 ans). Je lis, je bois, je vois des films, je voyage, je fais semblant d’en profiter. Je pense vaguement à me suicider le jour où mes indemnités prennent fin. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas travailler. Je deviens un chômeur professionnel – car, oui, échapper aux contrôles administratifs, connaître la législation sur le bout des doigts, c’est pratiquement un job. Un rôle social aussi. J’incarne le parasite. Je vis chez mes parents et je bois 400 euros d’indemnités par mois. Je lis Tolstoï et je me rêve aristocrate.

Un jour pourtant, un sursaut. 25 ans. Mon intérêt croissant pour l’agriculture biologique me pousse à faire une formation en Angleterre, dans le Yorkshire. Les Moors conviennent à mes fantasmes d’aristocrate. J’aime le métier, je hais le travail – et les gens. L’enfer restera toujours les autres. Je tiens quatre mois, je reviens avec une déchirure musculaire et une honte supplémentaire. La fin des indemnités approchent et je n’ai toujours rien.

De temps en temps, je cherche un emploi. Lire les annonces me tétanise. Ce monde me fait peur, très peur. Tous les postes me semblent déshumanisants. Quand on travaille, on vend son temps et son corps. On ne se possède plus en propre. Pour vivre décemment, il faut faire cela pendant 40 heures par semaines, 11 mois sur 12, pendant 45 ans. A chaque fois que je m’approche du travail, je me sens en danger de mort imminente.

Puis, un jour, un sursaut. J’ai 25 ans et au contact de personnes face à qui je me fais honte, je décide de réessayer. Je sais que je fonctionne mieux à l’étranger, alors je dépose mon CV sur un site de recrutement européen. Je suis bilingue français-anglais, et j’ai des connaissances de base en informatique (en tous cas je le prétends) – c’est à peu près tout. Je suis contacté sur la même semaine par Microsoft et Apple. Je prends Apple, ils payaient mieux. Après un processus de recrutement aussi anxiogène qu’intrusif (coucou « Safe Harbor »), je me retrouve à Cork, en Irlande, avec vol et hébergement offert par l’employeur. Mon travail : répondre au téléphone et aider les clients avec leurs problèmes techniques sur leurs appareils mobiles. L’angoisse n’est pas venue tout de suite. J’aimais bien travailler au début, parce qu’il n’y avait pas encore de pression managériale, j’aimais bien aider les gens, chercher la solution à un problème, et puis la vie était confortable. Les problèmes ont commencé à apparaître quand on a commencé à parler de statistiques, d’objectifs et de compétition par équipes. J’ai cramé en trois semaines. Un jour, après la pause de midi, je me suis rassis devant mon écran, et je ne pouvais plus bouger. Plus rien, fini. Je suis resté bloqué une demi-heure comme ça (une éternité dans un call-center), jusqu’à ce que la collègue à côté de moi me secoue. Quelques semaines d’arrêt maladie payés une misère, et je suis parti. Une amie au téléphone m’a aidé à ne pas me tuer avant de m’inviter chez elle.

Après trois mois de convalescence, je suis revenu en Belgique. Je n’avais plus droit aux indemnités de chômage, alors j’ai directement cherché un travail. Je suis tombé dans un call-center, évidemment. Un truc un peu pareil, pour une entreprise de télécommunications locale : service technique. Passer la porte de l’entreprise était « trigger ». Je rentrais en crise d’angoisse dès 8 heures du matin. Je me calmais relativement, au valium.
Cette entreprise recrute des Shadoks. Il n’y a pas d’autres mots. C’est un ancien service publique privatisé il y a quelques années. L’essentiel de son activité consiste à être en compétition avec un autre ancien service publique privatisé, et cette compétition forme l’essentiel des ennuis rencontrés par l’entreprise. On est passé d’un service efficace et populaire à une usine à gaz sans âme ni sens, qui n’embauche que des intérimaires à la semaine et des CDD, pour essayer de vendre des « bouquets » de chaînes aux clients de l’ancien service public concurrent.
Je revois encore très bien un manager expliquer à son équipe qu’ils n’ont pas refourgué assez de camelote aux clients ce mois ci. Qu’il leur fait comprendre qu’ils sont payés et que si le travail n’était pas fait ils allaient être virés. Ils sont en intérim depuis une éternité, ils viennent là parce qu’ils n’ont pas trouvé mieux et qu’ils n’ont pas le choix et on leur explique ça dès le matin. Bonne journée les larbins.
C’est un des trucs qui m’a toujours semblé le plus intolérable, un truc qui m’empêche encore de dormir la nuit, qui me révolte : que le revenu dépende de son travail. La plupart des gens me disent que je suis un utopiste, un fainéant qui se cherche des excuses, mais cette pensée m’horrifie. Comment est ce qu’on peut travailler correctement quand on sait que chaque erreur peut mener à la perte de son revenu ? Cela me dépasse. J’ai eu le luxe de pouvoir m’en protéger, mais acculé à ce truc, je ne parviens toujours pas à m’y faire. Je préfère vivre dans la difficulté que de vivre dans la peur.
Autre chose, aussi. Ces gens qui vous donnent des sourires mais ne vous considèrent que comme des machines. Cette froideur de l’injonction, l’implacable inhumanité de la domination économique. Comment peut on faire pour vivre avec ? Seulement quand on n’a pas le choix, j’imagine.

Un jour, je me suis levé un peu en retard, à cause de mes insomnies. Pas très en retard, juste assez pour rater mon bus. J’attendais ma correspondance sur une petite place du centre-ville. Je crois que c’est d’imaginer devoir m’excuser d’être en retard à ces raclures qui m’a bloqué. J’ai regardé mon bus passer devant moi, je n’arrivais pas à me lever. Comme dans l’autre travail, je me suis retrouvé paralysé. Quand j’ai pu me relever, j’ai pris le bus en face pour aller boire un café et j’ai écrit un e-mail de démission en chemin. L’agence d’intérim m’a appellé en catastrophe. Ces larbins attendaient des excuses et me grondaient comme un enfant, comme s’ils m’avaient pris la main dans le sac en train de faire quelque chose de mal, alors que mon angoisse venait de me sauver de la démence. Rupture de contrat ? Ce pilier de la civilisation ? Honte sur toi !
J’ai pris une voix minaudante et je leur ai dit que je comprenais bien la complexité de la situation et que c’était pour eux que ça m’embêtait le plus.

Comme j’étais de retour chez mes parents, j’y suis resté. C’était en février, nous sommes en juillet et je n’ai pas retravaillé depuis. Je vis à leurs crochets, je mange, je bois et je fume leur argent, en bon enfant indigne, en ultime parasite qui, selon la logique ultralibérale, n’a pas le droit de manger, boire et fumer, puisqu’il ne travaille pas. Je vais probablement faire les démarches pour demander les aides sociales (type RSA) pour ne pas être un poids pour mes parents. J’ai évoqué une reprise d’études, parce que ça me permettrait de ne pas travailler jusqu’à mes 30 ans. J’aime les études auxquelles je songe, mais je n’y crois plus. Je ne crois plus en être capable. Je ne crois plus à grand chose, d’ailleurs. Régulièremenent, j’ai envie de me tuer. Je cherche ce qui me retient et je m’y accroche.

Je ne travaille pas, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais rien. Je m’informe, j’apprends des langues étrangères, j’essaye de voir mes amis souvent et d’avoir des relations sincères et honnêtes avec tout le monde, j’essaye de mieux comprendre le monde, de donner à qui je rencontre les clés qui m’ont servi à moi, j’enseigne le français sur skype, je m’occupe du jardin de mes parents, je milite ponctuellement, et j’ai toujours un prochain livre ou un prochain film en ligne de mire. Mais tout cela, ça ne compte pour rien. Tout ce que je fais, tout ce que je suis, au regard du dogme qui régit nos rapports sociaux (le capital, donc), c’est absolument insignifiant.

Ce monde est d’une violence inouïe. Cette violence, je ne comprends pas comment on peut la tolérer dans sa vie, comment on peut tolérer la violence d’une institution, d’un chef, d’une loi, d’un règlement. J’en suis incapable et cela me désespère. J’aimerais bien y arriver, mais dès que je m’y soumets, tout en moi me dit de fuir, comme si j’étais un animal devant un prédateur. La plupart des psychologues et psychiatrent rient (parfois littéralement) quand je dit ça. Je ne suis pris au sérieux par pratiquement personne.
Mais j’ai la trouille, tout le temps. Une trouille qui me transperce et qui me tétanise. Et j’aimerais bien qu’un jour, malgré ce monde de dingue, ça compte pour quelque chose quand on me traite de parasite.
J’ai la chance, le privilège, d’encore pouvoir me cacher de la violence du capital. J’ai l’impression que pour beaucoup de monde, cela rend mon désespoir moins valide. Cette pensée m’attriste beaucoup.

Je ne rapporte d’argent à personne, mais j’ai l’outrecuidance de penser que je fais du bien aux gens que je rencontre. Ca devrait, ça doit être assez pour avoir un toit sous sa tête et de manger à sa faim. Promis, j’abuserai pas sur le caviar.

34 thoughts on “Je ne travaille pas, mais ce n’est pas pour ça que je ne fais rien.

  1. Ton histoire m’a touché parce que, personnellement, je pense ressentir la même horreur du « monde du travail » que toi et si je continue encore mes études d’Arts plastiques aujourd’hui, c’est pour repousser l’échéance et toucher la bourse pour vivre. Pour le moment, cela dit, j’ai la chance d’avoir trouvé une compagne qui me comprend et qui accepte totalement mon aversion pour le travail et avec qui on a convenu d’un plan de vie où elle travaillera (elle veut être professeur des écoles) et où je resterai à la maison avec toutes les tâches que ça implique bien entendu. On pourra très bien vivre à 2 sur un seul salaire donc je suis moins craintif que par le passé grâce à elle. Et je ne suis pas non plus quelqu’un qui ne fait rien : je dessine, je fais de la musique, je réalise des émissions et je partage tout ça, j’entretiens mes passions et, je l’espère, celles des autres et si je pouvais faire ma vie comme ça, je me tiendrais éloigné de la dépression et des crises d’angoisse. Merci pour ton témoignage !

  2. Je suis dans une situation assez proches et j’avoue que je ne sais trop quoi faire.

    Je viens d’avoir 25 ans il y a peu et je n’ai toujours pas travailler. Je ne veux pas travailler.

    Ça a commencer déjà vers le collège, je n’étais pas travailleur, quand il y a quelque chose que je n’aime pas, j’ai plus tendance à ne pas le faire, c’est même plus de la procrastination, je cherche même pas d’excuse, je ne fais pas, point. Alors dès le collège, je ne révisais pas, je ne fais que le strict minimum des exercices à la main : ceux pour lesquels je savait que le.a prof vérifiait si c’était fais.

    Mais étrangement, je suis amis avec quelqu’un qui est plutôt motivé et vois clairement qu’il veut tenter de faire du jeu vidéo. Je m’étais plus ou moins mis dans l’objectif de faire pareil. Mais au lycée, comme au collège, je ne faisais que le minimum je n’arrivais pas à me motiver pour faire quoique ce soit. Ça m’a donc aussi valu de redoubler la seconde. Du coup, au lieu de faire S qui était censé être « obligatoire » pour les études d’informatiques, j’ai tenté STI, une vois un peu détourné. J’ai eu le bac, un peu de justesse, toujours pareil : pas motivé pour étudier ni faire plus.

    Et là, après le bac, mes (peu nombreux) choix d’études en informatique me sont refusés. Je ne sais pas comment ça s’est goupillé mais mon père a tenté de me convaincre d’aller en fac de Droit… J’ai rien foutu durant l’année. Je n’ai pas tenté de recommencer et les deux années qui suivirent je n’ai rien fait.

    J’étais bien inscrit à Pôle emploi et la mission locale censé m’aider à trouver quelque chose à faire et comment faire. j’ai fais 3 stages, de découverte pour voir si un métier me plaisait. J’en ai fais un de 2 semaine dans un le « pôle informatique » d’une maison de l’emploi. C’étais assez chiant, pas fait pour moi. Un autre stage, de 3 semaine dans un supermarché. J’ai trouvais ça plutôt plaisant et ça me rebutait pas trop l’idée de travailler là. Juste ranger des boites en place, c’est simple, pas trop difficile, mais l’idée de faire ça toute ma vie…

    Le dernier stage, 3 semaine en tant que serveur dans restaurant, parce que lycéen, j’ai pensé fugacement que je pourrais tenter d’être serveur. Et bien si j’étais serveur… Je ne faisais pas le service. En fait, je n’avais même pas le droit de faire le café. Non je redressais et débarrassais les tables et me contentais de laver les verres. Au moins, le stage m’a donné une chose : la certitude que je ne bosserai pas en tant que serveur.

    Lors de ces stages, l’idée simple du « quitte à travailler, autant faire un truc qu’on aime » m’est revenue. Et je suis plutôt amateur d’anime et culture japonaise et comme tout ceux qui passe par là « Eh ! Et si j’apprenais le japonais ? ». Hop emballé c’est plié, à la rentré suivante je suis à l’université de Strasbourg en LLCE Japonais.

    Et ça a été dur. Et ma motivation encore une fois n’a pas été là, alors je n’ai pas révisé et je me suis planté. En fait, dès le premier cours d’histoire avec tout ce qu’il y avait a noté et retenir je m’étais clairement dit « c’est foutu, j’aurais pas l’année ». Mais je me suis dit que je n’étais pas assez sérieux et que je pouvais le faire, j’ai donc décider de redoubler.
    Ça s’est mieux passé, pour le premier semestre. Et lors du deuxième, ma manière de faire s’est détériorer. Et j’ai commencé une dépression, la grosse, celle où on sait pas quoi faire, on se dit qu’on est une merde, qu’on peut rien faire et qu’on ferrait mieux de mourir. Sur la fin, je ne faisais même plus semblant d’aller en cours, je n’y allais tout simplement pas.

    Ce qui nous amène donc à l’année dernière et depuis, je n’ai rien fais. Je me suis réinscrit au Pôle emploi et encore à la mission locale. Mais ces derniers disent ne pas pouvoir vraiment m’aider, parce que si je ne suis pas motivé et que je ne sais pas ce que je veux, ils ne peuvent pas le faire à ma place.

    Donc voilà, je suis toujours inscrit au Pôle emploi et la Mission locale, mais ça parait plus être administratif qu’autre chose, rien ne bouge, je n’ai pas travailler et j’aimerai ne pas travailler. Le soucis étant que je suis chez mes parents, sans permis, sans emploi, dans un petit village paumé au milieu de la campagne et je ne sais toujours pas ce que je vais faire parce que maintenant que j’ai 25 ans, mes parents commencent à être lasser que je ne fasse rien.

  3. « …Un individu sain dans un système social dément est considéré comme un psychopathe… »
    Lis les travaux d’Henri LABORIT (accessible sur le web), « Eloge de la fuite », « Copernic n’y a rien changé » ou
    les interviews réalisées par radio libertaire sur YT. Son credo c que pour que les choses changent vraiment il faut que
    les gens comprennent comment fonctionne leur cerveaux et qu’il existe des niveaux d’organisations qui régissent le vivant
    de la molécule à l’infini. C pas du tout le genre « gourou », c un scientifique qui oppose l’organisation aliénante de la société
    actuelle dont le seul projet est: « la compétition pour l’accès et la progression sur les échelles de dominance » au principe
    naturel hiérarchique de Fonction ex: « le cerveau est plus important que le foie, mais essayez de penser sans votre foie… » qu’on
    pourrais adapter à un nouveau système social. Y’a plein d’autre choses c une pensée à la foi simple, complexe et scientifique, sa
    grande contribution à la chirurgie: la découverte du principe « d’inhibition de l’action » à permis à la foi de créer les neuroleptiques
    qui on permis à la chirurgie de réduire les échecs dû au choc post-opératoire et de jeter les bases des neurosciences; ce monsieur à
    « dérangé » beaucoup de monde et ses découvertes ont étés largement minorées par les dominants: ce sont des connaissances
    scientifiques révolutionnaires dont l’impact social est potentiellement énorme si elles se diffusaient.
    Tu est dans le vrai camarade, équipe ta pensée et trace ta route!

  4. Bonjour,

    Ton témoignage est très intéressant, et je suis entièrement d’accord avec l’idée que ne pas travailler au sens classique du terme ne signifie pas ne rien faire. L’angoisse qui t’habite est réelle, et s’apparente à un handicap dans la société actuelle. C’est un sujet passionnant et méconnu
    Simplement la description de ton parcours relate plus des tentatives échouées et de l’inactivité que de tes réflexions profondes. J’aurais aimé avoir une analyse plus détaillée de ton mal, mieux comprendre cette aversion, mais aussi savoir ce que tu faisais à boire et fumer, a tu eu des activités créatives ?

    Ceci me laisse perplexe, je veux bien te croire que « tu ne travailles pas, mais ce n’est pas pour ça que tu ne fais rien », simplement ici, avec les informations que tu nous fournis, c’est le cas.

    Amicalement,

  5. Bonjour à toi, et merci pour nous avoir raconté ce que tu vis (toute vie différente à la mienne est intéressante car en la racontant tu m’ouvres l’esprit et tu m’enrichies).

    Je pense très sincèrement que cette société n’est pas faite pour tous, ce qui ne veut pas dire que ceux qui ne sont pas « aptes » à ce système ne soient pas intéressants/compétants/intelligents. Peut-être faudrait-il développer des systèmes parallèles comme il y en a dans d’autres pays (je pense aux kibboutz par exemple, mais ce n’est pas le seul) pour que chacun puisse trouver SA place ? Des lieux de vie et de partage fonctionnant sur des modèles différents de ce qu’on trouve habituellement : travail, salaire, frais à payer pour faire partie du système … Mais peut-être : participation, valorisation, échanges ..?

    Et puis, partager, participer à la vie social, aux échanges, à l’enrichissement collectif, c’est un rôle important, voir essentiel, bien trop souvent négligé. Oui, ta richesse n’est pas financière, mais elle est intellectuelle. C’est peut-être la seule vraie richesse après tout, car elle est humaine, elle … Comme on dit dans les SEL (Systèmes d’Echanges Locaux, les précurseurs de l’économie collaborative), ce n’est pas parce que tu n’as pas d’argent que tu n’as pas de valeur.

    Il n’y a pas de gens inutiles ou incompétents, il n’y a que des gens qui n’ont pas encore trouvé leur place. Et quand on voit cette société qui fonctionne à l’envers des valeurs humaines, on peut parfois se demander si ce n’est pas les gens comme toi, ceux qui refusent ce système, qui aurait raison après tout … ?

    Rashel, qui a été hors système pendant des années, qui est revenu dedans … mais qui n’a pas vendu son âme !

  6. Salut , j’ai lu tout ton article et j’ai été sensible à ton histoire. J’ai vécu pas mal d’expériences similaires, et connu l’angoisse du monde du travail. C’est vrai que le monde du travail est sans pitié. Des fois on en viendrait presque à regretter le temps des chasseurs cueilleurs (Rousseau). Ce qui m’insupporte c’est quand tu vois des potes que t’as pas vu depuis 2/3 mois, et la 1ère question c’est toujours : »tu fais quoi ? ». Et comme tu dis on te voit comme un parasite profiteur du système. On ne te voit que par ton mode de vie lucratif. Ce monde me dégoûte . Mais on est malheureusement obligé de surfer la vague telle qu’elle est on ne peut pas changer la forme de la vague.
    Ma solution suivre une psychothérapie pour reprendre confiance en soi. Il y a le défensif et le constructif.
    Peut être qu’en faisant un volontariat ou un stage si tu ne vois pas ça comme un travail tu reprendras confiance en toi.

  7. Wow, il est extrêmement fort ce témoignage.
    ça rappelle pas mal « le manifeste des chomeurs heureux » ou les mecs décident de ne jamais travailler, et de se construire un récit de la réalité différent du monde libérale qui voudrait les voir mourir de faim.

    A l’auteur-e : t’es pas tout seul, te flingue pas, on aura besoin de toi quand on ira tous ensemble foutre le feu à ce monde. 😉

  8. Cher N. Miroir

    Je te conseille de voir (ou revoir) « The big Lebowsky » des frères Cohen, une véritable ode à ceux qui refusent de jouer le jeu de ce système de fou qui te désespère, et qui, soyons franc, me désespère aussi.

    Krishnamurti a écrit « ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien intégré dans une société malade ».
    Je signe le corollaire : « C’est signe de grave trouble mental que d’être bien intégré au monde moderne actuel ».

    Considère-toi comme en bonne santé mentale, et cherche à mettre des mots sur les troubles terribles qui frappent les gens qui t’entourent. Tu vas voir que non seulement ton moral ira mieux, mais il est aussi possible que tu te découvres encore plus utile aux autres que tu ne l’aurais jamais imaginé.

    Laisse les psy rire, ceux qui rient de ton mal-être sont probablement, au fond d’eux, encore plus désespérés que toi.

    amicalement et fraternellement

    Gildas

  9. Merci pour ton témoignage, c’est très courageux de ta part de t’exprimer sur un sujet aussi tabou. Tu n’est pas le seul dans cette situation et même si je n’ai pas l’audace de dire que je te comprends, je reconnais ta souffrance. Cette société est tellement aliéné que nous n’arrivons plus à simplement s’écouter mais saches que tu trouve ici un soutien et je te souhaite de continuer à vivre, voyager, apprendre et donner pour trouver ton épanouissement. Car la est le vrai sens de la « productivité » pour moi.

  10. Je comprends ce jeune homme. Il est dégoûté de vivre dans ce monde que lui (nous) impose le capitalisme et l’hyper-libéralisme, dans lequel seul l’argent compte. Il est intelligent et désireux de se cultiver encore et toujours, de rendre des services, de faire le bien autour de lui… N’est-ce pas cela qui fait que l’individu va s’épanouir ? Je l’approuve sans réserve de ne pas accepter le monde tel qu’il est. Si beaucoup d’autres jeunes gens réagissaient comme lui et refusaient de se comporter en « larbins » (c’est le terme qu’il emploie), on n’en serait peut-être pas là.

  11. Essaye de transformer ton temps libre en argent avec ta qualité : l’écriture.

    Ecrire ce n’est pas travailler, tu dois rien à personne et si ça marche pour toi, c’est encore mieux :).

    Je ne te plains pas non plus car nous pouvons tous faire des changements de paradigmes et nous développer personnellement pour trouver des compromis et non des fatalités dans toutes les situations. Mais je te souhaites quand même bonne chance pour faire un truc qui te plait sans avoir l’impression de bosser ou t’arracher la tête.

    On ne vie qu’une seule fois.

  12. bonjour,

    pour ma part, de ce que je vois, tu t’occupes et ca fait parti des besoins qu’on a, « travailler » est une occupation mais « rémunérer » d’ou la perception de reconnaissance, car il y a interet, tandis que par exemple une femme au foyer, travail dans la maison -cuisine, linge, repassage, menage, jardinage, soccuper des enfants, faut pas croire mais faire aller retour 4fois par jour parce que l’enfant ne mange pas a la cantine et n’habite qua 25minutes ben 4h de perdu dans la journée, des horaires haché c’est peu de place, apres le mari.. par exemple cest pas general- ben « non » reconnu comme travail, des gens arrivent encore a dire « les femmes aux foyers ne font rien de leur journée », ben ils savent aps ce que c’est que l’occupation.

    je suis entierement d’accord avec toi, avec la rivalité inhumaine entretenu avec le management, le type même de société ou un humain est remplacable, on l’exploite jusqu’au burnout, parfois meme vaut mieux le surexploiter en lui faisant faire le travail de deux personnes. le travail acharné qu’il faut (quon est censé) faire « pour se vendre » en « caressant dans le sens du poil » l’entreprise, « apprendre a tricher sans etre pris »… le travail me fait peur pour le don que je veux bien donner, qu’on risque de m’exploiter ou me demander/oblliger alors que je suis de bonne volonté -voir meme donner trop-. a une echelle peut etre plus basse, je puis penser a bien des égards de la même facon que toi.
    en general quand on touche trop fort, la sensibilité prend le pas, la douleur est exprimé par des larmes –‘ que ce soit la sensibilité du coeur , c’est a dire voir des gens en conflit, par exemple avec les rivalités entre équipe-, ou de raison -une moquerie, blague indélicate, des « politiques d’entreprise, des fautes commises…

  13. Wouaaaaou!!!
    Merciiii, je me sens moins seule.
    C’est complètement ça, je ressens la même peur, angoisse et culpabilité de vivre ainsi, subiiiirrrrr jour après jour.
    Bref, génial, bien écrit, merci de partager, exprimer 🙏

  14. Bonjour N,
    Si le système ne te convient pas, s’il est pourri et incapable de reconnaitre ta valeur, alors peut être ne faut-il pas se tourner vers lui, mais vers les autres, comme tu semble déjà le faire. Je suis certaine que tu sauras y trouver de la reconnaissance. Car les gens qui ne juge pas par la valeur capitaliste existe, ceux qui ne te définissent pas par ton salaire et ton métier. Pour qui toutes ces actions bénévoles, les liens tissés avec des gens, les passions, comptent plus qu’une ligne de compétence sur un CV. Et peut être que si nous nous détournons tous un à un du système, il finira par disparaitre, par changer et laisser place à un autre, plus juste, qui nous considérerait tous comme des êtres humains.
    J’aimerais seulement te transmettre de l’espoir, celui qui me permet de continuer à sourire.
    Célia

  15. On est nombreux dans ton cas, ne bades pas tu n’es pas seul et on sera toujours plus !
    Rappelles toi que l’argent est un outil, pas une fin et que ce n’est pas le moyen d’en gagner qui doit régir ta vie, mais bien ce que tu en fais 😉
    Si tu as décidé de vivre sans mais que le rôle que tu as choisis a du sens pour toi, alors n’ai pas honte d’être en marge car ça reste une richesse que tu apportes, et le fait qu’elle ne soit pas monétaire n’as pas d’importance (sauf si tu penses que l’argent est une fin…;) )
    On brise le cercle maintenant ?

  16. Petite moi, 32 ans, 3 ans post-bac S… Plusieurs périodes d’emploi dans des domaines aussi divers que sans rapports entre eux; seuls point commun: avoir plusieurs patrons sur le dos (pas toujours axés sur la même ligne directrice, sinon ce serait trop facile).

    Je ne me suis jamais épanouie dans le travail salarié, me sentant jugée, redevable du SMIC de fin de mois. A contrario du bénévolat, dans lequel je me sens « bien » (sans pressions ressenties en tout cas), pour lequel j’offre ce que j’ai de plus riche: mon temps, sans contrepartie attendue si ce n’est de partager ce temps et cette « expérience » avec d’autres.

    Je ne vis pas au crochet « de la société », puisque je vis en couple, que mon compagnon gagne un peu plus que le SMIC, assez pour que notre foyer fiscal ne m’ouvre des droits à RIEN. Il ne gagne cependant pas assez pour qu’on vive chichement… on se contente du petit train de vie qui permet de couvrir les besoins sans assouvir les envies (on a la chance de manger à notre faim et de pouvoir s’offrir une mutuelle, ce qui en soit est déjà énorme !!), et il tolère ma procrastination à « faire quelque chose de ma vie »…

    Je suis une femme donc du point de vue général, le fait que je ne « fasse rien » passe moins mal que si j’eus été un homme. Bobonne fait le ménage à la maison, soigne les animaux… s’occupe… de ce que côté là, les gens acquiescent (mais 32 ans sans enfants, ça par contre, ça passe moins bien ^^).

    Je ne me sens pas pour autant en marge de la société; nous sommes nombreux à vivre ces vies décalées de la « société capitaliste et rentable à outrance »; ont apporte notre pierre à l’édifice autrement. Souvent notre point fort est la bienveillance et le sens de l’autre (ce qui manque cruellement à cette société capitaliste !!), et l’Homme, être social et grégaire, a besoin de cette bienveillance pour être heureux. Alors arrêtons de présenter nos excuses, 😀

  17. Plusieurs commentaires :

    Effectivement on peut penser que la société n’a pas besoin de certaines personnes pour la faire fonctionner, et cela peut déstabiliser un grand nombre de personnes.
    Sans pour autant en faire l’apologie, certains trouvent un but à leur vie grâce à la religion. Les chrétiens le disent très bien : Dieu est amour, et nous avons tous de la valeur.
    Les humaniste sont en phase avec beaucoup de choses qui sont écrites et formalisée dans la Pensée Sociale Chrétienne qui est tout de même bien ancrée dans une très large partie de la société Francaise …

    L’idée du revenus universel se répand de plus en plus … Et peut être une des solutions …

    En tant que chef d’entreprise, je n’attend pas que tout le monde travaille,
    j’aspire à créer un monde meilleur, en produisant de la valeur, en créant de nouvelles choses, en participant à la création d’un monde meilleur.
    Ce qui me désole le plus dans ce témoignage, c’est qui me perturbe dans ce témoignage c’est que cette personne assume a demi-mot son statut.
    Mais qu’elle l’assume pleinement, qu’elle vive, qu’elle s’éclate de manière artistique, sportive si elle le souhaites …
    Concernant le reproche aux autres, les autres ont fait le choix de faire des choses en utilisant la méthode qui a toujours marché, le travail.
    Qu’une majeure partie de la population travaille sans savoir pourquoi, ne se pose pas de question, oui c’est navrant, mais heureusement tous ne sont pas comme cela.

    Nous vivons une époque fantastique avec d’énormes enjeux sociétaux.
    Des solutions existent, le modèle économique va changer, la création monétaire va changer, tout va changer …

  18. Je me suis beaucoup retrouvé dans ton récit.. Je suis justement de retour de la médecine du travail après 1an de maladie, verdict je suis inapte au poste. Je vais, comme toi, sûrement reprendre mes études. En espérant débloquer cette situation. Car même si ma thérapie m’aide à aller de l’avant, je peur de me voiler à nouveau la face. Si tout ça n’évolue pas ? Et bien je sais pas ce que je vais devenir sur le long terme. Je penserais de plus en plus au suicide certainement. J’espère ne jamais avoir la force et le courage de passer à l’acte de façon définitive.
    Je te remercie sincèrement pour ton partage, car comme toi, j’essaye de profiter de la vie, de faire des rencontres, de m’instruire sur le monde, sur ce qui m’entoure, et j’essaye de léguer ça à mon entourage. Je n’ai jamais aimé prendre un livre, ça ne m’empêche pas de lire énormément sur internet paradoxalement. Pourtant j’aime philosopher à mes heures perdues, à tout analyser, comme toi il me semble. Grâce à ton partage, je remarque que je ne suis pas le seul dans cette situation. Situation ambivalente du « J’arrive pas à travailler, on ne me comprends pas, le monde professionnel me tétanise / T’es un profiteur, tu vis aux crochets de la société et de te parents ». Et, pour info, moi aussi ça me tétanise les annonces d’emplois, comme quoi..
    Je te souhaites sincèrement que tu trouves ta place dans la société, quel qu’elle soit .
    Amicalement,
    Samuel

  19. Bonsoir..votre témoignage me touche beaucoup.. j’ai 48 ans et je partage votre refus de ce monde capitaliste où l’avoir prime avant l’être..vous n’êtes pas un parasite , juste un humain qui ne rentre pas dans le moule..je vous conseille de vous intéresser aux écovillages où l’être prime ..bien à vous,amicalement

  20. Travailler plus pour gagner moins, tel est le slogan de Fillon. Ca en dit long sur le monde dans lequel on vit.
    Mais je suis convaincu que ça finira tôt ou tard par péter, les 1% ne pourront pas continuellement exploiter les 99%.

  21. Merci beaucoup pour ton témoignage, je trouve ça très beau et courageux d’en parler et d’assumer le fait d’être allergique au travail ! Je peux être comme ça aussi pour le travail salarial et les horaires fixes ! Merci beaucoup de dire à haute voix ce que beaucoup d’entre nous pensent à haute voix ! Peut-être y a t’il une autre voie à trouver ? Merci beaucoup en tout cas pour ces mots et doucement sur la picole 😉
    Hymy

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