Angry businessman tearing up a document, contract or agreement

Lettre ouverte à cowboy

Salut cowboy, j’espère que tu vas bien.

Si je t’écris aujourd’hui c’est pour te dire à quel point j’ai été lâche.

Tu es arrivé dans la boîte en fin d’année 2011, on a tout de suite été intrigué par ton look original. Quand j’y pense, il faut vraiment ce fiche complètement des codes pour venir dès le premier jour avec un chapeau de cowboy et une veste en cuir blanche,

Ça nous a beaucoup fait rire ! mais ne t’y méprend pas, on ne te jugeait pas. J’éprouvais même une satisfaction de voir un brin d’excentricité dans un environnement aussi morose.

On avait alors fait connaissance, il est vrai que les autres membres de l’équipe étaient un peu en retrait du fait de ta personnalité réservée, ton originalité vestimentaire et tes passions particulières.

Mais il a fallu que ce borné de chef d’équipe te prenne en grippe, tu devais sans doute représenter une menace pour sa sacro-sainte vision des normes et du bon savoir-vivre.

À quoi cela lui servait-il de t’interdire de porter ton chapeau dans l’entreprise ? à ce que je sache tu ne le portais pas en travaillant. En quoi ta tenue justifiait-elle du harcèlement permanent de sa part ? Et surtout était-ce vraiment nécessaire de t’épier à longueur de journée pour narrer au reste de l’équipe tes comportements « étrange » ? (À savoir t’isoler en pause pour écouter de la musique ou jouer sur ton téléphone)

Cet acharnement était devenu avec le temps une règle d’équipe « Détester Cowboy en toute circonstances ». Ton travail était devenu reprochable bien qu’il soit tout aussi valable que le nôtre.

J’étais alors la seule personne imperméable à ce nouveau règlement, sans doute n’avais-je pas compris sa vitale utilité pour le bien-être de l’entreprise, ou bien que tout simplement je n’avais rien contre toi et qu’il était complètement débile de te harceler sans raison.

Mais cela n’a pas duré…

J’ai dû attraper ton étrange maladie car mon travail c’est magiquement dégradé aussi aux yeux du petit tyran, il alla jusqu’à remettre en cause ma récente promotion ainsi qu’à douter sur mon « esprit d’équipe »,

Il déploya tellement d’énergie à me remettre dans le droit chemin que j’ai fini lâchement par céder, j’ai arrêté de te parler et de te défendre.

Tu comprends cowboy ? je n’ai pas ta résistance, je n’ai pas réussi à endurer tout ça aussi longtemps que toi ! je me suis simplement ranger dans les rangs.

Toi en revanche, tu l’as supporté pendant deux ans. Et cela faisait plus de six mois que les insultes devenaient quotidienne lorsque tu es parti. D’abord ton arrêt maladie, puis ta démission.

J’ai quitté l’entreprise moi aussi dans les semaines suivantes.

J’ai appris ta tentative de suicide beaucoup plus tard.

Je me demande ce que tu es devenu mais j’espère de tout mon cœur que tu as retrouvé un travail dans lequel tu ne subis pas les foudres d’un petit dictateur de bon gout et que tu puisses encore porter ton chapeau de cowboy loufoque en toute liberté,

Parce que tu vaux mieux que ça.

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