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« J’en ai eu un bleu pendant 10 jours »

À lire tous les divers témoignages, plus ça allait, plus je me reconnaissais. Je ne souhaitais pas particulièrement faire part de mes propres expériences jusqu’à samedi dernier, où je me suis pris la claque de trop.

Pour commencer j’ai eu un BAC L il y a deux ans maintenant. J’avais déjà enchaîné des petits boulots, cours de soutien, heures de ménage, mais jusque là ça allait. L’été qui a suivit mon BAC, j’ai déménagé et j’ai dû travailler dans un snack de camping. J’avais 17 ans, je bossais au black, mais c’était ma seule réponse positive et j’avais besoin d’argent pour mes études. Dès le début, le patron a voulu me faire peur, me dire combien ça allait être difficile mais jusque là je m’étais adapté à tout, je ne pouvais pas imaginer à quel point ce premier travail allait être éprouvant. Dès les premiers jours, on me hurle dessus, expliquer serait trop difficile donc on crie, forcément je comprends encore moins, et je n’ai jamais travaillé dans la restauration avant ça. Il faut gérer 5 préparations à la fois (panini, burgers, moules, tartines, frites..) je suis seule, je cours, le patron me hurle dessus comme toujours (de dehors avec sa bière et sa clope), les clients attendent, s’ énervent…j’ai vu durant ce premier travail des scènes que je ne pensais pas réelles.

Mon patron un jour où j’étais perdue encore une fois dans mes préparations m’a attrapé le bras, j’en ai eu un bleu pendant 10 jours. J’ai vu mon patron boire 14 bouteilles de rosé avec ses 4 potes en l’espace de 2h et venir m’insulter ou me faire des remarques sexistes une fois qu’il était bien atteint. Je l’ai vu frapper un client devant sa fille de 3 ans avec tous ses potes parce qu’il était venu se plaindre. J’ai demitionné au bout d’un mois et demi, lors de mon départ je me suis fais insulter davantage, j’étais une gamine, c’était mon premier travail et j’etais tétanisée chaque jour en y allant. Je travaillais de 18h à 3h du matin, je passais mes journées entre dormir et pleurer. Je ne voyais plus mon patron comme un homme mais comme un tyran, je ne sais pas comment décrire ce sentiment d’oppression, je ne voyais plus que ce travail, ça a détruit mon moral. J’ai perdu 11 kilos cet été là. Par la suite j’ai fais d’autres petits travaux qui se sont plus ou moins bien passés, j’avais pris en assurance. Jusqu’à janvier dernier. J’ai entamé une formation rapide de CAP coiffure, en 6 mois. J’ai été prise en stage dans un salon avec une franchise.

Nous étions 5 femmes, l’ambiance était atroce. Je n’avais jamais vu autant de mesquinerie, les coups bas, l’hypocrisie…quand à moi j’etais femme de ménage et non coiffeuse. Je ne touchais à rien, je devais juste faire le ménage. Je me faisais humilier devant les clients, tous les jours on me dénigrait (paraît que je sais pas passer le balai…) je faisais leurs cafés, le nettoyage complet du salon le soir toute seule, les lessives….Durant ce stage, je me suis revue dans le snack à mes 17 ans. Au travail je suis faible, je suis éteinte, je me remet constamment en question, parce que j’ai du mal à comprendre comment des personnes peuvent être si méchantes sans raisons. J’ai ressentis avec ces deux expériences comme des vengeance de la part des employeurs. Ils ont souffert lors de leurs apprentissages, donc ils font souffrir leurs apprentis.

Enfin la semaine dernière, j’ai eu une semaine d’essai dans un salon de coiffure pour un BP cette fois (oui car malgré ce stage horrible j’ai obtenu mon CAP), j’ai travaillé 39h, j’ai fais tout ce qu’on me demandait et avec le sourire, j’ai travaillé autant que ma patronne, j’étais toujours en train de faire quelques choses…je me suis dépassé…j’avais réellement besoin de ce travail..et finalement à la fin de la semaine, j’ai eu droit à 10min de compliments pour finir sur un « mais je vous prend pas car vous êtes trop lente » (avec seulement 5 mois de pratique ça semble normal, puis on embauche pas un apprenti pour qu’il sache tout faire…par exemple je fais une coupe homme en 40min, j’aurais du la faire en 20min…) je me suis donc retrouvée plantée sans travail, sans alternance, et remerciée avec un chèque de 100€. De plus, ma semaine d’essai s’ est trouvé être la semaine de vacances de son employée…heureux hasard. J’ai 19 ans et je n’ai plus aucun espoir dans le monde du travail. Je ne recherche plus un travail qui me plaise, je cherche un travail sans contact humain. On vaut mieux que ça.

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