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Depuis je suis au chômage, et je vis bien mieux.

J’ai longtemps voulu travailler « dans l’informatique », mais sans le diplôme qui va bien c’est mission impossible, il faut passer la barrière des recruteurs qui ont décidé que si c’est marqué BAC+3 sur l’annonce il ne faut même pas envisager que quelqu’un qui n’a pas cette qualification puisse faire l’affaire. J’ai donc passé 15 ans de ma vie à faire autre chose, jusqu’au jour ou j’ai répondu à une annonce d’une boite d’interim qui propose un poste de ‘Conseillé client » pour de la sous-traitance de hotline d’un fournisseur d’accès internet. Je passe quelques tests bien ridicules et je suis pris pour une formation.

La formation consiste en une journée sur le produit et les 14 suivant à comment gérer le client pour qu’il ne nous recontacte pas … ça commence bien.

Au terme des 15 jours de formation, me voila enfin lâché dans la cage aux fauves, et là ça n’a plus rien à voir.
Dès les premiers appels je me fait pourrir, voir insulter par des clients mécontents du discours qu’on leur sert depuis des jours au sujet de leur accès internet. « Ne vous inquiétez pas on vous recontacte demain », « Ce soir tout sera rétabli », « Le Technicien est en route » … etc. Sauf que tout ces discours sont pur inventions pour mettre fin rapidement à l’appel, car le temps d’appel est compté : pas plus de 8,5 minutes par appel, sinon le « vigiste » (sorte de cerbère qui gère les appels) vient vous taper sur l’épaule pour vous dire qu’il y a d’autre clients en attente.
Au début j’essaye de trouver des justifications, ben oui quoi on m’a parlé de la satisfaction client, alors j’essaye de faire en sorte qu’il soit satisfait mais non, en fait il faut décrocher sinon la boite va avoir des pénalités a payer, donc peut importe le souci, il faut décrocher.

Régulièrement, le responsable d’équipe écoute les conversations, puis fait un debrief, qui ressemble plus à un procès: « Tu n’as pas était assez directif », « tu as été trop direct avec le client », « tu as fait un appel trop long », « ton appel été trop succin, il faut mieux expliquer », « c’était trop technique », « tu infantilise trop le client » … bref j’ai droit à tout et son contraire au fil des écoutes.
En plus du stress de se faire écouter, ou de dépasser le temps d’appel, ou de tomber sur le client qui va vous insulter copieusement et avec lequel il faut rester courtois, il y a les horaires qui changent toutes les semaines, et les pauses qu’il faut demander au vigiste une fois, deux fois, dix fois avant qu’il ne donne sont accord, la pause pipi c’est pareil il faut quémander.

Après un an et demi j’ai eu une opportunité de changer de société. J’ai sauté sur l’occasion, on me vend un poste qui à l’air bien mieux, avec des conditions de travail normales: pas de durée d’appel, pas d’écoute, pas besoin de demander pour aller aux toilettes ou en pause … je signe sans hésiter.

Les premiers temps se passent plutôt bien, mais au fur et a mesure je ressens le changement, on commence à nous presser, a regarder qui parle souvent avec qui et on les change de place, on nous demande de mettre un pion sur un tableau lorsque l’on fait quelque chose … sisi, comme à l’école maternelle, il faut mettre un pion dans la case « en pause » quand on va en pause, dans la case « repas » lors de la coupure du midi et surtout ne pas oublier de le remettre dans la bonne case quand on revient, sinon on se fait reprendre.
Et comme dans l’autre société, on entend sans cesse crier en travers du plateau « y a des appels en attente », ce qui en plus d’être particulièrement agaçant ne donne pas vraiment envie de se presser.
On m’a fait miroiter une embauche durant plus d’un an, je ne l’ai jamais vue venir. j’ai donc été soulagé de quitter ce poste.

Depuis je suis au chômage, et je vis bien mieux. plus de stress, plus de clients qui râlent, plus d’insultes et un meilleurs « salaire », car oui si je compare les 1080 euros de salaire que j’avais en travaillant aux 980 euros que je touche au chômage je suis gagnant, plus d’impôts, plus de frais de transport, plus de frais de repas, au final je « gagne » près de 150 euros de plus par mois.

Un jour je vais devoir retourner bosser,je le sais bien, mais ça ne sera certainement pas dans une boite comme celles la, fini les boites ou il faut lever le doigt pour aller aux toilettes, fini les boites ou on nous prend pour des enfants, fini les boites ou on vous promet mont et merveilles, je suis peut être demandeur d’emploi mais certainement pas demandeur d’emmerdes.

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