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Si j’avais la moindre confiance en moi et en les autres… je n’en ai plus.

J’ai travaillé un an et deux mois en tant que réceptionniste, pour une entreprise
française familiale propriétaires de deux hôtels. Je travaillais essentiellement l’après-midi car
l’horaire du matin était réservé aux employés les plus anciens de la maison, et comme ils
avaient le loisir de choisir, ils ne se gênaient pas. Par ailleurs, certains s’accordaient le
privilège de ne jamais travailler le weekend. Je savais que j’allais travailler le weekend.
J’étais au départ sans réticence. Cependant il s’agissait de travailler le samedi et le dimanche
pendant 12 heures. La pause midi d’une heure étant complètement factice : puisque aucun
réceptionniste n’était présent, ni aucun supérieur, personne ne pouvait me remplacer. Je
devais prendre mon repas à la réception dès que c’était possible, et cacher le repas si un client
se présentait. Je travaillais le weekend une semaine sur deux, ayant le lundi en repos
compensateur. Et puis petit à petit, deux weekends sur trois, puis trois weekend sur quatre. Le
planning pour les semaines suivantes arrivait de plus en plus en tard. Il m’était parfois
impossible de savoir si je travaillais ou non le lendemain. La direction qui se chargeait des
plannings s’absentait des jours voir des semaines, injoignables, pendant que des factures
auprès de fournisseurs n’étaient pas payées en temps et en heure. Finalement, un de mes
supérieurs demanda à s’occuper des plannings lui-même. Mais il adoptait le même rythme à
savoir, le faire parvenir le plus tard possible. Je travaillais 3 weekends sur 4, le repos du lundi
m’était retiré et je travaillais le plus souvent du samedi au mercredi et parfois du samedi au
jeudi jour de repos. Les heures de repos m’étaient rendues sur une semaine suivante.

Progressivement, en même temps que mes weekend disparaissaient, ce qui entachait
ma vie de couple et ma vie sociale, la direction adoptait un comportement de plus en plus
écrasant. Un des chefs de réception m’interdisait de lui répondre qu’il soit en tort ou pas. Il se
mêlait de mon travail et me reprochait chaque erreur. Si je parlais d’une erreur qui n’était pas
la mienne, il me rétorquait que je n’avais pas à m’en mêler. Pourtant c’est la direction (les
directeurs des deux hôtels) qui me poussait à signaler toute erreur d’un collègue et même d’un
supérieur. C’était un devoir de contrôle que nous devions tous appliquer les uns aux autres.
Sauf que l’un de mes supérieurs, donc, refusait que l’on signale une erreur ou une procédure
non conforme à ce que demande la direction dans son travail. Je n’avais donc pas le droit à la
parole selon lui.

Quant à la direction qui disparaissait en ne voulant pas être dérangée, il lui prenait
l’envie par période, de se présenter brusquement. Sans aucune explication préalable, on
m’invitait à venir « faire le point » dans la salle de petit déjeuner d’un hôtel. Parfois même
sans se soucier que d’autres employés entendaient nos conversations. Chaque fois, il s’agissait
de me reprocher toutes les erreurs que j’avais commises. On restait évasif, et lorsque je
demandais des cas précis, on n’avait soudainement plus rien à ajouter. Aucune précision. On
ne pouvait pas m’expliquer. On me reprochait des fautes qui dataient de plusieurs mois et que
je n’avais jamais commises une deuxième fois. Et puis enfin, on m’a convoqué pour le dernier
« point à faire ». Puisque je faisais toujours des fautes, on décidait que l’on me laisserait plus
aucune « chance ». On me condamnait donc à travailler 3 à 4 weekends d’affilée selon leur
bon vouloir et me reprochait directement qu’on n’aurait plus aucune confiance en moi, qu’on
ne me donnerait pas de chance. C’est là que la rupture conventionnelle avait été décidée.

Ce qui n’a pas empêché la direction d’utiliser la menace : pour avoir refusé de sourire
à ma directrice qui utilisait clairement un sarcasme, j’ai été menacée par cette dernière : on
poserait les jours de congé que je n’avais pas demandé de force pour que je ne vienne pas
« faire de conneries ». Menace qui n’a pas été mise à exécution.

Sur un an et deux mois de travail, sept mois ont été un enfer. Puisque la direction me
convoquait sans prévenir pour me faire des reproches injustifiés et des dialogues de sourd, je
les craignais à chaque fois qu’ils apparaissaient.

Le chef de réception qui refusait tout dialogue, celui-là même qui prit la charge de
faire les plannings lui-même a donc orchestré les semaines de travail aux horaires épuisants.
Et c’est le même qui a suggéré que je ne travaille plus dans le même hôtel que lui, mais dans
le deuxième. Le chef de réception dans cet hôtel-ci a fini par faire de la rétention
d’informations et au lieu de me signaler directement mes fautes, il allait les raconter à la
direction. On ne me disait pas lorsque je faisais quelque chose de mal. On venait me le
reprocher un à deux mois plus tard. Et mes supérieurs ont en vérité fait tout ce qui était en leur
pouvoir pour me laisser livré à moi-même. Ils refusaient de superviser les employés et en
allant signaler les problèmes à la direction sans dialogue préalable avec l’employé, ils les
faisaient passer pour des incompétents qui n’en faisaient qu’à leur tête. Dans ces conditions,
les employés subissaient les remontrances de la direction. La direction pensant que seules les
remontrances sont importantes, n’engageaient aucun dialogue sur les problèmes soulevés et
les chefs de réceptions n’avaient donc pas à craindre que leurs propres erreurs soient
soulignées.

J’ai donc été progressivement mis à l’écart, avec des horaires épuisants. Les jours de
congé, j’étais capable de rien. J’étais épuisé pour sortir. Il me restait un à deux weekend par
mois à passer avec mon conjoint. On ne me faisait pas confiance, mais on voulait que je
travaille seul sans personne pour me surveiller. Peut-on faire plus logique ?

Comprenant que les chefs de réception protégeaient leurs positions et seraient capable
d’aller jusqu’à me saboter, je les craignais également… J’étais isolé, en quarantaine et
indésirable. Dans tout ce que je faisais, la seule chose que l’on voulait retenir, c’était mes
erreurs. Je n’ai pas su me défendre, alors on m’a écrasé, autant qu’on a pu. Il m’arrivait de
finir par être physiquement incapable de parler avec mes supérieurs. J’étais bloqué. A penser

que quoique je dise, ça serait retenu contre moi. Il fallait attendre que je me calme. Il est
arrivé une fois que je communique par écrit pour débloquer la situation. Je pouvais encore
adresser la parole à des clients, mais pas aux autres employés. Evidemment, j’ai fini par
m’effondrer devant un médecin qui m’a diagnostiqué un burn-out et m’a mis en arrêt de
travail jusqu’à ce que mon contrat se termine. Si j’avais la moindre confiance en moi et en les
autres… je n’en ai plus.

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