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Un milieu de travail toxique et destructif

J’ai travaillé 23 ans dans un cabinet d’avocats et j’ai moi aussi vécu l’enfer.
A 57 ans, je suis au chômage depuis 2 ans suite à un licenciement pour « inaptitude à tout poste dans l’entreprise avec danger immédiat » par le médecin du travail, qui après plusieurs entretiens et une étude approfondie de mon dossier a déclaré mon milieu de travail toxique et destructif.
Je travaillais en tant que secrétaire juridique dans un cabinet très prospère d’une moyenne ville de province : M. Une partie des tribunaux ayant été supprimée par la loi Dati, l’une d’entre nous devait se porter volontaire pour aller travailler dans la grande ville la plus proche ayant toujours ses tribunaux, à 60 km de là : B. Après négociations j’ai accepté ce poste, mes conditions étant que les trajets en train me soient offerts et que je puisse faire ma semaine de 35 heures en 4 jours.
Deux ans plus tard, mes conditions ne plaisaient plus aux jeunes avocats qui reprenaient la boîte, qui souhaitaient embaucher à ma place un contrat aidé (que j’aurais dû former bien entendu) et qui m’ont poussée un peu violemment vers la sortie. Je leur ai fait part de ma réticence à jouer les bouche-trous, ce qui est en effet la perspective de travail qui m’était offerte. J’aurais dû travailler tantôt à M, tantôt à B… suivant leurs besoins. Plus de suivi de dossiers, tout l’intérêt de ce travail m’était confisqué du jour au lendemain. Ils se sont mis à me reprocher plein de choses, dont certaines dataient de plusieurs années. Ils ont même clairement dit qu’ils regrettaient ne plus pouvoir me les reprocher pour cause de prescription… J’ai bien sûr pété les plombs. En arrêt de travail, j’ai reçu plusieurs convocations par courrier recommandé, en vue de « sanction disciplinaire », argumentés par des motifs des plus farfelus.
Si j’ai tenu le coup 23 ans dans cette entreprise, c’est que j’ai travaillé pour quelqu’un d’humainement compétent, ce qui attisait d’ailleurs la jalousie de les collègues. Cet avocat est décédé 1 an avant mon départ, il ne restait plus qu’un panier de crabe dirigé par quelques requins.
J’en aurais des anecdotes à raconter sur ces années que j’ai vécues… Je crois que je pourrais écrire un livre.
Je vous en donne quelques unes en vrac :
Au moment du passage aux 35 heures deux embauches ont été faites, à 35 heures. Les anciennes devaient continuer à travailler 39 heures avec le même salaire de base pour le même coefficient (hé oui, même salaire que les nouvelles arrivées qui travaillaient 35 heures). Lorsque j’en ai parlé à mes employeurs ils m’ont répondu « oui mais leur contrat a été négocié »… Là j’ai un peu pété les plombs. Je suis allée faire un bilan de compétence (sur mon temps de travail), ce qui leur indiquait à demi-mot que j’envisageais de changer de boulot. A l’époque ils devaient tenir davantage à moi. C’est vrai que c’est moi qui ai lancé le mouvement de révolte parmi mes collègues et que ça laisse des traces. Enfin au bout de quelques mois, après pas mal de discussions à couteau tiré, on a fini par arriver à passer aux 35 heures en organisant nos horaires.

Bien sûr pas de syndicat dans cette société qui employait 10 secrétaires à mon arrivée en 1991 et qui n’en comptait plus que 4 lorsque je suis partie il y a deux ans… pour autant d’avocats et avec plus de travail à faire, toujours plus de responsabilités. Les mots syndicat, formation, réunion étaient tabous.

Lors de l’entretien préalable au licenciement, ils ont dit avoir été toujours très contents de mon travail, et aussi qu’on s’entendait plutôt bien et même très bien et qu’en tout cas ils n’avaient aucun grief à mon encontre. J’ai répondu qu’ils avaient donc une double personnalité à pouvoir tantôt se montrer aussi sympathiques tantôt et à me démolir comme ils l’ont fait. C’était un peu surréaliste. Heureusement que la personne de la CFDT qui m’accompagnait leur a remonté les bretelles en soulignant le harcèlement moral exercé par tous les courriers recommandés que j’avais reçus.
J’ai eu l’occasion de trouver sur le net d’autres témoignages de secrétaires juridiques qui racontent leur mal être au travail, l’énorme difficulté de travailler pour ces personnes aux égos démesurés et aux comportements caractériels que sont les avocats… cependant prêtes à faire maintes courbettes, ronds de jambes et effets de manches devant leurs clients.
Les réflexions du genre « si vous n’êtes pas contente il y en a 25 comme vous derrière la porte », je les ai entendues, et souvent.
Lorsque l’une de nous était absente pour maladie, les réflexions pleuvaient aussi, sur les tire au flanc, les maladies simulées… A force on venait souvent travailler bien malades, je me suis vue tenir des journées avec 39 de tempé, ça n’émeuvait personne.

Je précise que je suis bien mieux dans ma peau depuis que j’ai quitté cet enfer sur terre, même s’il est dur de retrouver du travail. Je n’ai trouvé qu’un contrat aidé d’un an pour l’instant, que j’ai bien apprécié car il m’a un peu réconciliée avec le monde du travail. Bon, c’était dans la fonction publique !

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