Le formatage « social » existait à mon époque…..

Dans une famille de «bourgeois », les filles n’avaient pas besoin de faire des études…..elles seraient mères au foyer….Donc, quand j’ai émis le désir de faire des études de « tourisme », étant forte en langues, la réponse de mes parents a été négative….passe ton Bac , ça suffira…
Mise à la rue par ces mêmes parents à 18 ans, (trop indépendante, trop hors normes, trop année 70), je pars à l’étranger, oh ! pas le tour du monde, juste l’Angleterre, puis Berlin (avec le mur s’il vous plait!) et déjà, pour les petites villes de province, c’était l’aventure, l’exception….Je commence là-bas à travailler dans l’hôtellerie-restauration, et quand je rentre en France, dans ma province, c’est l’extase, JE SUIS TRILINGUE ! Toutes les portes s’ouvrent à moi !!! Réceptionniste dans des relais château, des hôtels hauts de gammes….
Mais rattrapée par « mon formatage », je me marie et devient « femme au foyer ». Pas de regrets, j’ai profité de mes trois enfants, enfin, un seul….j’oublie ma vie professionnelle !
Et le divorce arrive, je recommence de rien,à 40 ans, avec trois enfants à m’occuper, j’enchaîne, formation de serveuse, 3 voir 4 boulots la semaine, serveuse, femme de chambre, de ménage, remplacement en maison de retraite (oups !! Je ne suis pas formée et me retrouve à faire des toilettes, à m’occuper « d’Alzheimer », faire le boulot, d’aide soignante, d’AMP….), des heures décalées, à n’en plus finir, début de journée 6h00, fin de journée 23h00….mes enfants s’élèvent tout seuls ou comme je peux….
J’ai réussi ! À élever mes enfants, je suis fière d’eux, ils savent ce que c’est de travailler, de s’en sortir, et ils y arrivent plutôt bien.
Moi, beaucoup moins… ;
55 ans, au chômage…..
Refait une formation de réceptionniste, pour me remettre à niveau, surtout en informatique….
Fait des saisons, plutôt mal payées, parce que pas de diplôme, pas de reconnaissances du fait que je sois trilingue, parce que pas de parcours professionnel…Et les gars, des fois, on gère l’urgence, on fait n’importe quoi comme boulot, pour s’en sortir, pour avoir de quoi manger, et on s’en fout de notre « parcours » !!!!
Aujourd’hui, c’est de pire en pire….refusé le poste de vendeuse en boulangerie parce que t’as pas Bac + 3 vendeuse de croissants, refusé l’office de tourisme parce que t’as pas fait d’ECOLE !!!! même si tu connais ta région et ta ville comme ta poche, refusée comme secrétaire, refusée , refusée refusée…..j’ai 55 ans,je suis finie ????? parce que je n’ai pas fait d’études, pas fait de CARRIERE….
En colère, parce que je ne suis pas finie, je peux apprendre, innover, inventer, m’investir, et que toutes mes compétences ne sont pas reconnues et que j’ai envie qu’elles le soient, parce que je n’ai pas ce fameux diplôme qui atteste de que je suis….Qui ? Quoi ? De quoi suis-je capable ?
Le malheur, c’est qu’à force, on perd confiance en soi, on se dit qu’on est bon à rien, et que l’envie de s’en sortir s’étiole….On essaie de tenir le coup, on postule, on envoie des lettres de candidatures à tout va… et quand tes copains ne te demandent même plus comment tu vas mais « as tu du boulot ?, », t’as l’impression de ne plus exister en tant qu’être humain,….mais on vaut mieux que ça ! ‘est ce pas ?
V.

4 thoughts on “Le formatage « social » existait à mon époque…..

  1. Exactement, on vaut mieux que ça. Ne jamais laisser la société (institutions, pairs, informations enregistrées et validées…) te dire ce que tu vaux, ni t’enfermer dans ses tiroirs. Ce n’est pas à elle de définir ce qu’est l’humain et les règles qu’il doit suivre pour exister.
    Tiens, un petit docu de 13mn que j’ai vu durant mes études, et qui m’a aidé à voir les choses différemment :

  2. Juste un petit conseil. Si votre niveau de langue est resté exploitable, pourquoi ne vous mettriez-pas à votre compte en tant que traductrice (auto-entreprise, c’est pratique et sans risque) ? Certes, le statut d’indépendant n’est pas ce qu’il y a de mieux, mais vous gagneriez correctement votre vie et seriez libre d’orienter votre carrière comme vous le voulez, surtout si toutes les portes se ferment à cause de votre âge ou de votre manque de diplôme. Les agences demandent aussi des diplômes, mais si vous réalisez un test de qualité et que vos traductions ultérieures donnent satisfaction, je vous garantis un travail abondant.

  3. Là je dis qu’il faut que vous fassiez une VAE, justement pour valider ce diplôme qui vous manque tant ! Un BTS Tourisme serait l’idéal. Renseignez vous auprès du DAVA de votre académie et entrez dans ce processus. 55 ans n’est pas un couperet ! Courage !

  4. Bonjour,
    Quand on se retrouve dans ce genre de situation, coincée parce que sans diplôme, pourquoi ne pas juste en inventer quelques-uns sur son CV ? Qui ira vérifier ?
    Je sais, mentir c’est mal, etc. mais bon, quand on a son âge et son expérience, les diplômes sont loin d’être ce qui comptent le plus, et mentir est un moyen comme un autre pour conjurer la stupidité des critères de recrutement.

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