« Mes classes vont bien merci. Moi je tourne en rond, infantilisé par mon employeur »

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Bonjour

Depuis la rentrée, je suis stagiaire dans l’Education Nationale. Ce
témoignage n’est pas destiné à me plaindre de mes conditions de travail,
que je trouve plutôt correctes, malgré l’impression de se battre parfois
contre des moulins à vent. Aujourd’hui, j’aimerais faire part de
l’infantilisation que je subis de la part de mon employeur.

Je suis dans une académie qui comprend 4 écoles supérieures du
professorat (ESPE) différentes. En juillet, on m’envoie à l’autre bout
de l’académie, à 1h45 de chez moi. Ayant ma grand-mère et mon frère à
charge, je demande néanmoins à suivre mes cours dans la ville où je
réside, afin de ne pas avoir à déménager ma grand-mère, son lit
médicalisé et tout ce qui s’ensuit. Je ne sais pas comment ca se passe
dans les autres filières, mais en Second degré Physique-Chimie dans
d’autres académies, cela se fait : j’ai des collègues dans toute la
France qui n’ont eu aucun problème pour cet aménagement.

En juillet, je reçois un courrier officiel de mon IPR, m’informant que
ma demande a été jugée recevable. On me dit d’attendre le mois d’aout
pour m’inscrire, vu que les inscriptions en ligne sont terminées. Au
mois d’aout, cette IPR me confirme cet aménagement. Je n’ai plus eu
aucun contact avec cette femme, qui n’a jamais eu le courage d’avoué ses
erreurs.

Le 3 septembre, mes formateurs et les IPR m’informent toutefois que cet
arrangement n’est pas possible, car il ne faut pas déséquilibrer les
antennes ESPE et parce que, de fait, j’ai un véhicule personnel (une R5
qui a presque 20 ans mais passons). Je dois d’urgence trouver un endroit
où dormir et depuis, je fais au moins 1h30 de trajet tous les matins. De
plus, je ne suis inscrit nulle part et je vais de bureaux en bureaux
avec des autorisations administratives provisioires d’assister à
certains cours. Je participe également aux TD en groupes mais sans
pouvoir justifier de ma présence. Aux yeux de l’administration, je n’ai
pas mis les pieds en formation depuis le 30 aout.

En attendant, les deux antennes ESPE menacent de suspendre mon salaire
car je suis qualifié « d’absentéiste » dans les deux établissements. En
regardant mon dossier, les secrétaires des différents bureaux
m’engueulent parce que « Soyez sincère mon garçon, vous vous réveillez en
aout pour vous inscrire en septembre ? J’ose pas imaginer comment c’est
dans vos classes ! Nous, on ne peut rien pour vous ici … »

Mes classes vont bien merci. Moi je tourne en rond, infantilisé par mon
employeur, à grands coups d’autorisations provisoires de me rendre à
certains cours dans une ville et pas dans l’autre, d’attentes
interminables au téléphone pour avoir le droit de m’inscrire quelque
part, de secrétaires dédaigneux, de chaines d’inscriptions où je suis
refoulé. Je veux seulement aller en cours. J’ai une semaine pour
trouver un appartement adapté pour ma grand-mère. J’appelle tous mes
amis. Je dois prévoir des frais de dédommagement, de transport et
d’entretien de mon véhicule personnel conséquents. Le rectorat m’indique
qu’il y a une aide, mais seulement pour les titulaires et dans la limite
de 80 euros par an.

80 euros par an. Juste les frais pour manger des pâtes quoi. Sans rien
avec, vu qu’on est trois à la maison tous les jours.

Mon frère entre en cinquième. Au moins, avec 80 euros et après avoir
monté un dossier de 30 pages, on lui paiera une partie de ses
fournitures scolaires.

Moi, pendant ce temps, je ferai les trajets, j’arriverai fatigué devant
mes élèves de REP+, les premiers de ma longue carrière. Après tout, les
lycéens sont les plus tendres, c’est bien connu ! En faisant dix heures
de trajets par semaine, il faudra que je trouve le temps de rédiger mon
mémoire, de préparer mes cours, réaliser mes 9h de cours, rencontrer les
parents, assister aux 12h de formations hebdomadaires à la faculté et
rencontrer mon tuteur. Ah et peut-être dormir et manger aussi. Et
m’occuper de ma famille accessoirement.

Mais j’aurai le temps, n’est-ce pas ? Après tout, ne suis-je pas un
jeune prof absentéiste ?

2 thoughts on “« Mes classes vont bien merci. Moi je tourne en rond, infantilisé par mon employeur »

  1. Récemment retraitée de l’EN, je n’épiloguerai pas sur votre situation, je constate moi-même les dégats du management imbécile autour de moi puisque j’ai eu le temps de l’apprécier et que je reste active dans des domaines mutualistes en lien avec notre milieu professionnel, ce qui me permet d’avoir des infos sur le nombre impressionnant de démissions et ce, dès les vacances de Toussaint….
    Je souhaite seulement vous donner des infos dont peut-être, vous ne disposez pas encore.
    Il existe une action sociale que vous pouvez tout à fait saisir dans chaque département DSDEN (ou peut-être académie pour le second degré), en plus des ridicules 80€ que vous mentionnez.Des commissions se réunissent régulièrement et des assistantes sociales interviennent.
    La MGEN ( mutuelle historique des enseignants) accorde également des aides aux collègues adhérents en difficulté et de manière assez rapide , sous diverses formes.Théoriquement, il devrait y avoir un correspondant MGEN dans votre établissement .
    J’espère que ces petites infos vous aideront à passer le cap, ne renoncez pas, vous avez fait des études longues , réussi un concours difficile, essayez de passer ce sale moment, rapprochez vos de vos collègues vétérans, demandez-leur du soutien , ils devraient vous en apporter.
    Le métier est dur et les débuts particulièrement ,tenez bon. Courage,Amicalement D. Barré.

  2. Bonjour j’ai publié votre temoignage sur le groupe facebook «800 000 feignasses» qui a été créé en réaction aux propos de Nicolas Sarkozy sur le temps de travail des profs. Depuis le groupe dépasse les 14 000 personnes. Venez vous y trouverez peut être de bons conseils … Bonne chance !

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