« Mais vous êtes bien trop jolie pour faire des études vous! »

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Je ne suis pas faite pour le monde du travail. Enfin tout du moins, pas tel qu’il se présente à l’heure actuelle.
J’ai, malheureusement, moi aussi mon lot d’anecdotes à raconter.

Mes stages ont déjà, à eux seuls, réussi à me dégoûter de ce monde insipide.

J’ai 20 ans. C’est mon premier stage, dans la fonction publique. Stage qui durera trois mois. Durant ce dernier on me demande de pondre une étude de marché qui sera lue et envoyée aux grands pontes. Je ne connais pas ce secteur, n’ai clairement pas toutes les clés en main ni le temps. Ma tutrice quant à elle… se tourne les pouces et me rabroue à la moindre erreur alors que j’effectuais son boulot. Il faut savoir que pendant ce même laps de temps, je devais contacter moult établissements pour leur proposer prêts  (à des taux et des conditions indécents), et « aides financières » afin qu’ils puissent remettre à neuf leurs locaux ou proposer différentes activités à leurs patients. Ha oui, j’ai évidemment oublié de préciser que je me devais de faire accepter ces prêts horribles à des établissements de santé, des maisons de retraite, des maisons pour jeunes en difficulté ou encore des hôpitaux psychiatriques. La classe hein? Je passe aussi volontairement sous silence le rentre dedans plus que sale dont me gratifiait gentiment le responsable de l’entreprise, rien qu’en entretien: »Mais vous êtes bien trop jolie pour faire des études vous! » Ha. Heu? Merci?

J’ai 21 ans. Mon stage dure cette fois ci un an. À moins de 600 euros par mois. Avec loyer, nourriture, prêt à rembourser. Celui ci consistait à recruter des animateurs commerciaux. En gros, des mères de famille qui vont vous présenter le dernier pot de compote dans un supermarché. Payées au lance pierre évidemment tandis que mon patron est parti faire le tour du monde en bateau avec sa famille. Entreprise qui d’ailleurs ne fonctionnait que grâce aux stagiaires gracieusement envoyés par mon école. (Le patron étant ancien diplômé, ça te met direct dans l’ambiance) J’ai faim. Je passe des journées sans manger, je fais des malaises. Une collègue me sauvera littéralement la vie en me proposant de dormir et de manger chez elle au moins deux fois par semaine (si tu me lis et que tu te reconnais, je t’aime. Sache le). Je me souviens de deux anecdotes « trololol » pendant cette période. La première? Un accident de vélo. J’avais du retard et donc je dévale la pente m’amenant sur mon lieu de travail. Je valdingue, rape le sol, me retrouve avec le flanc brûlé, le genou en compote et le bras en sang (avec un petit mélange de gravier pour faire joli). Mais devinez ce que je fais? J’y vais. En claudiquant. Et je me fais engueuler par l’associée du patron à cause de mon retard. Mes collègues me voient, me soignent et cette bonne dame me laisse mon après midi pour me reposer. Accident de travail? Meuh non voyons. Ne connaissant pas la loi, je n’ai d’ailleurs rien dit.

La deuxième est tellement plus classe. Cette même femme me prend un jour à part en me disant qu’une de ses amies propose un défilé de mannequin et qu’elle veut lui parler de moi. Elle m’y envoie et je découvre que son amie est créatrice de chapeaux. Quand je lui demande si nous serons payées, (car nous étions plusieurs) elle reste évasive. Nous essayons donc les chapeaux, elle nous fait « marcher » et nous donne la fameuse date ainsi que le lieu où est supposé se dérouler son événement. J’en parle à mes amis, ma famille, fière comme Artaban et, la veille, je reçois ma « tenue ». Une « robe » taille unique ultra moulante. Enfin je dis robe. Tunique serait plus approprié. Notre rôle était en fait, durant un événement BDSM, de nous dandiner en amenant nourriture et cocktails, en petite tenue, devant les grands de la ville où j’étudiais. Tout en montrant nos petits chapeaux et ce, gratuitement. J’ai tout plaqué la veille et me suis évidemment faite rabrouer le lendemain au boulot. Classe vous dis-je.

Je passe mes différentes anecdotes, emplois sous de faux intitulés  (je postule pour travailler dans un magasin de jouets en tant qu’assistante responsable, et finit vendeuse pendant mes deux mois d’hiver. Avec une responsable qui part en vacances et qui fuit dès que j’essaie d’en parler avec elle), harcèlement sexuel sur mon lieu de travail (en tant que telemarketeuse), moral (un collègue qui te prend en grippe pour le plaisir et qui s’amuse à te rabaisser devant des clients. Et un boss qui te dit qu’il faut faire avec hein. Bah vi hein. Il n’est pas méchant juste un peu particulier le roudoudou. Et il fait ça tous les ans avec les autres vendeuses mais elles ont toutes tenu le coup. Va falloir faire pareil hein? Hein? Bah non. Résultat : j’ai planté la boîte 10 jours avant la fin de mon contrat. En plein pendant leur rush de Noël.)

Non, je vais en venir à mon avant dernière expérience de travail. Celle qui m’a dégoûtée définitivement du travail. Le fast food. Où j’aurais tenu un an. En même temps j’accumule les tares aussi. Je suis une fille, vegetalienne, avec un bac+5 et un enfant. L’horreur. Donc blagues sur le fait que je suis une lapine (hahaha humour), sur le fait que si je gère mes enfants comme le stress du mc do, les pauvres doivent être assez déglingués, encartades de la directrice (sur son portable en plein rush) pendant qu’on trime à 3 sur un poste à 5 : VOUS ÊTES NULS! Ha. Pardon. Question motivation des troupes tu te poses là quand même hein. Qui refuse de donner un verre d’eau à un client parce que « Putain je suis pas l’abbé Pierre non plus, merde »

Stress, boule au ventre, fatigue, enfer, (faites un tour sur tous les témoignages impliquant le fast food. On a tous vécu la même chose.) j’ai aussi eu le droit à : « Ha bah toi tu iras à l’accueil (faire la potiche) » « mais je suis meilleure en cuisine et on est en sous effectif » « oui mais tu attires mieux le client et tu présentes bien l’image du fast food » ha. J’aime faire la potiche. Oui. Encore, fais moi me dandiner à l’entrée du restaurant en demandant à tartampion si il paie par carte ou en espèces, et oblige moi a sourire quand il me répondra d’aller me faire voir et que je ne sers franchement à rien.
Et la palme du bon goût est décrétée à ce même manager qui me dira, devant les clients, pendant que je ramasse un truc « Non mais arrête de te baisser comme ça,  tu m’excites et le client aussi rooo », ainsi que, lors d’une opération où il y avait des jouets vibrants pour les enfants « tiens, je te le donne, comme ça tu penseras à moi le soir, arf arf arf »

Bref. C’était long. Pardon.
J’ai aujourd’hui 30 ans. J’ai quitté des relations abusives car je valais mieux que ça. J’ai quitté le monde du travail car je vaux mieux que ça. Certes, ça inclut des « sacrifices » matériels  (donc finalement… non), mais ça en vaut la peine car, nom de dieu, on en vaut la peine.

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