« Son obsession à faire du chiffre jusqu’à jouer avec la vie de ses clients. »

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Je n’avais pas encore 16 ans mais j’avais accepté de bosser à la cafétéria de mon club de sport. Je n’avais encore jamais travailler professionnellement et la patronne a profité de ma naïveté. C’est aussi à ce moment que je me suis rendu compte de ce qu’était capable de faire un patron pour assurer son chiffre (elle venait d’acquérir la cafétéria et voulait la transformer en restaurant, ce qui s’est cassé la figure aux dernières nouvelles).
Me voici donc occuper à la plonge et au service derrière le bar, très rarement je servais à table car la patronne préférait ma collègue, une jolie blonde de mon âge, car les clients essentiellement masculins étaient plus enclins à lui laisser un pourboire. Pourboires dont la patronne assurait qu’elle ferait la répartition mais en vérité je n’en ai jamais vu la couleur. Mais passons cela, je m’en fous encore.
Je faisais des horaires de 8 heures en moyenne, je connaissais mon heure de prise de service mais jamais de fin car c’était en fonction des besoins. En vertu de cela et comme je n’y connaissais rien la patronne m’a proposé un salaire de 50 euros par soirée, peu importe les heures. Oui j’ai été idiot d’accepter car je n’ai jamais fais en-dessous de 6 heures et en général j’en faisais 8.

Ensuite viennent les conditions de travail, son établissement était fort bien entretenu, rien à dire, mais la façon dont elle traitait ses employés et même son mari (qui s’occupait de la cuisine) était pour le moins … crispante. Il fallait toujours faire plus et plus vite, bien que je sache évidemment que la vitesse est importante dans le cadre d’un débit de boissons, et surtout elle était méprisante et même infantillisante.
Ainsi donc c’était une critique constante de nos performances durant le service, je m’en souviens encore après 4 années. Et pour les clients évidemment c’était le sourire au miel.
Mais ce qui m’a le plus dégoûté, ce qui m’a fait partir, c’est son obsession à faire du chiffre jusqu’à jouer avec la vie de ses clients.
Je m’explique : j’étais en service depuis 18 heures, j’avais en face de moi un véritable pilier de comptoir, un type qui était déjà présent au bar plusieurs heures avant mon arrivée, qui était mort bourré lorsque j’ai pris mon service et qui était encore présent à minuit. Profitant d’une accalmie je m’en vais lui parler (il était sympa et aimait bien à discuter lorsque les périodes étaient calmes) pour lui demander s’il n’était pas temps pour lui de rentrer à la maison. Après sa réponse affirmative je lui demande gentiment de s’arranger pour se faire conduire car dans son état je ne pouvais pas le laisser reprendre la voiture (j’ai appris plus tard qu’il était devenu veuf récemment et qu’il se noyait dans l’alcool).
La patronne arrive comme une furie des cuisines, elle m’avait entendu, elle me décoche un regard noir où transperce son mépris et s’exclame d’une voix enjouée à l’adresse du client « mais avant de partir tu reprendras bien un verre n’est-ce pas ? » et voilà le client totalement mort qui se remet à boire. Elle me fait signe de la suivre et m’explique que je ne dois plus jamais faire ça car c’est un manque à gagner et qu’elle doit faire fonctionner son établissement. Intimidé et pourtant indigné je lui répond qu’à mon humble avis il avait plus que rentabilisé, vu qu’il avait presque élu domicile ici !

Ce fut l’avant-dernière fois que je me pointais là-bas.

La dernière fois c’était tournoi de foot, grosse prestation durant 9 heures pour satisfaire les 18 équipes présentes. On boulote on boulote et à 2h30 du matin elle me paye … 20% de moins que prévu sur ce que je touche d’habitude sous le sempiternel prétexte fallacieux invoqué par tous les patrons du monde pour justifier des licenciements malgré des bénéfices : « je n’ai pas fait autant de chiffre que prévu ». Consternation. J’ai servi incroyablement plus que d’habitude et me payer mes 50 euros pour une soirée de 9 heures c’était trop cher payé ? J’ai pris les 40 euros et je suis parti, non sans lui avoir jeté à la figure que ce n’était plus la peine de me rappeler si même payer ce qui était convenu à l’avance et qui était franchement faible était devenu impossible pour elle.
Encore aujourd’hui je me demande ce qu’il serait devenu ce mec, si il avait causé un accident à cause de l’aveuglement face au profit de ma patronne (et de son addiction aussi, il faut bien le dire).

 

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One thought on “« Son obsession à faire du chiffre jusqu’à jouer avec la vie de ses clients. »

  1. Ca me rappelle un livre « la domination adulte » qui parle d’associations de mineurs (inverse de majeurs, pas ceux qui creusent 😉 ) qui défendent un droit au travail pour les mineurs pour éviter justement l’exploitation en étant reconnu et protégés.

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