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« Ici, l’entreprise ne changera jamais ».

Ça fait 5 ans et 7 mois que je suis rentré dans le monde du travail après avoir obtenu, non sans difficultés, mon diplôme du DUT GEII (Génie Électricité et Informatique Industrielle). J’ai eu cette « chance », de trouver un emploi rapidement, soit deux semaines après l’obtention de mon diplôme.

Il s’agit d’un poste d’inspecteur électricité et gaz pour ce qui est des établissements en étant équipés, qu’ils soient publiques ou privés et recevant ou des travailleurs ou du public (soit techniquement, ERP et ERT). Vous comprenez qu’il y a donc une charge de travail largement suffisante en sachant qu’il faut une visite tous les ans ou tous les deux ans selon le type d’établissement.
Mon rôle était de vérifier que les installations répondent à la norme pendant leur exploitation.

Ce contrat devait donc durer 6 mois, j’ai eu droit à une formation et à mes équipements de protections individuelles (EPI) mais disons que les deux étaient léger car la formation ne remplace pas l’expérience et qu’un jeune diplômé ne verra pas tout ce qu’un vétéran peut voir, et que mes équipements n’étaient pas au complet. En effet, il me manquait la blouse coton en cas de risque de projection d’étincelle mais pire, il me manquait mes chaussures de sécurité !

Au bout de 5 mois dans l’entreprise et quelques jours après le jour de l’an, on m’envoie sur une vérification périodique d’une porcherie (vous commencez à comprendre pourquoi le manque de chaussures de sécu devient un très grave problème dans ce genre d’installation, ainsi que la bouse). N’ayant pas tout mes équipements (réclamés dès mon arrivée et tous les mois), je commence à faire la visite de l’établissement avec un technicien.
Ayant donc un problème vestimentaire, quand je dû passer une barrière métallique au petit matin donc bien trempée avec pour marcher, des chaussures de ville, et bien, j’ai fais une chute de 1.20m tête la première …

Intervention des pompiers, immobilisation, direction le CHU, radio … Résultat : Traumatisme crânien et cervicalgique + entorse de la cheville !
Un mois d’arrêt et donc reprise 3 jours avant la fin de mon contrat.

Oui, mais bon, ce n’est pas tout, revenons au début de ce poste. J’ai discuté avec le patron qui avait un problème, c’est d’avoir vendu à un client une mise en plan de l’ensemble de ses installations dans un CHRS … Ayant une formation en stage de fin d’étude sur AutoCAD (logiciel de DAO, dessin assisté par ordinateur), je propose mes services et lui indique qu’on fera un règlement à l’amiable pour le payement des heures en dehors du travail … (j’ai une conscience professionnelle qui fait que j’en fais trop, et la preuve …).
Du coup, je travaille à remettre en forme une pile de 20 cm de schéma électrique avec toutes les informations de modifications dessus. Je commence cela avant même le début de mon contrat …
J’y ai travaillé 400h sur 5 mois, autant vous dire que, quand vous présentez votre feuille d’heures supp approximative car fait sur un bilan hebdo, ben ils m’ont rigolé au nez et m’ont dit qu’ils payeraient mais qu’il fallait d’abord remonter l’info. J’ai vraiment douté de leur honnêteté ce jour là …

Donc me voilà de retour dans l’entreprise 3 jours avant la fin du contrat, on me demande de venir dans le bureau du patron et on m’y signifie après toutes les câlineries pendant la durée du contrat que finalement ils ne me prendront pas en CDI.

Dégouté, mis à la porte comme un mal propre, j’ai failli supprimer tous les dossiers de mon travail fait en dehors de l’entreprise pour signifier mon mécontentement et on m’a fait sortir de force de l’entreprise avec une surveillance pour que je parte bien …

Outré et au chômage depuis un mois et demi, je dois recevoir mon solde de tout compte et ma feuille Pôle Emploi. Jamais deux sans trois. Me voilà avec un chèque sans signature (que je n’ai donc pas le droit d’encaisser) avec un montant erroné car pas d’indemnités de précarité car pour eux, je n’étais pas en CDD mais en contrat de professionnalisation …
Donc difficulté financière à la clé avec le fait que Pôle Emploi ne m’indemnise pas vu que j’ai reçu un chèque avec une somme complète (donc intégrant les IP).

Résultat, douleur (encore aujourd’hui à 4/10) et mes yeux pour pleurer.

8 mois après, en m’étant syndiqué, j’attaque le bureau de contrôle qui m’a employé avec tous les éléments en poche. En conciliation pour le référé, me voilà avec un chèque de 5.500€. Je trouve que c’est peu pour les douleurs que je vis quotidiennement et sur lequel une clause dans la conciliation m’interdit de porter l’affaire devant la Sécurité Sociale.

Bon, alors #OnVautMieuxQueCa, je n’ai pas fini mais déjà on a le droit de penser que j’ai la guigne …

Nouveau poste, nouvelle difficulté. Tout le monde connais l’intérim, changer d’entreprise au gré des besoins !
J’arrive sur une entreprise qui fait de l’installation électrique et CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation) plomberie.
Je suis dessinateur projeteur et je prends mon poste dans une maison reconvertie en BE (Bureau d’Étude). Le patron est du genre à gueuler pour pas grand chose et son empathie s’approche du zéro quitte à devenir violent quand on ne fait pas comme il le dit et indiquant qu’à la moindre merde, sa fortune étant faite, l’entreprise serait mis en cessation …

Joie et bonne humeur font donc partie de mon quotidien !
Les plans modifiés repassent en permanence sous ma main car il a un autre défaut, il change en permanence d’avis.
Bon, et puis pire encore, pour lui, les pauses, ça n’existe pas … Prendre l’air est interdit, et arriver avec une ou deux minutes de retard revient a compromettre son autorité (pauvres sont ces enfants …).
Mes contrats sont renouvelés toutes les semaines ou toutes les deux semaines, de quoi me tenir en haleine et de ne pas pouvoir dire grand chose …
Je passais donc de peu de travail à beaucoup de travail en 1h avec lui derrière moi pour contrôler ce que je faisais il m’arrivait de travailler pendant 4h avec lui alors que ça faisait 3h que j’aurais dû débaucher !
Donc mes journées devenaient difficiles, toujours en stress quand j’entendais son véhicule arriver comme si j’allais être pris à parti et tabassé. 5h à ne rien faire et ne pas avoir de droit de faire quelque chose autre puis 3h à 4h à trimer pour ne pas me faire engueuler pour une erreur sur mes plans.
Un soir, en partant à 18h45 au lieu de 16h45, fatigué, j’ai pris la voiture, et au carrefour suivant, j’ai eu un accident à cause de ça. Un scooter que je ne voyais pas m’a percuté, j’aurais pu éviter ça si je n’avais pas été fatigué. Rien de grave pour moi et le scooter, ça n’empêche que cet accident aurait pu être évité …
Deux mois plus tard, la pression montait, j’avais accumulé 11 mois de contrats ininterrompus avec l’entreprise, j’allais le matin avec la boule au ventre et le midi, je pleurais dans ma voiture pensant que j’étais nul et incapable de faire mes plans sans erreur et du premier coup. Je commençais à avoir des envies d’avoir un accident pour être mis en arrêt. Tout me semblait impossible à faire, comme si la charge de travail était devenue colossale et ça, même dans les moments où je n’avais aucun plan sur lequel travailler …
Les engueulades montaient, j’ai demandé à mes collègues de m’aider mais rien, pas un mouvement.
J’ai prévenu ma boîte d’Intérim, rien. Avec une facture à coef. 2.5, c’était normal, il ne fallait pas que je compte sur eux.
Ma femme attendait notre premier enfant, elle en était au troisième mois de grossesse et j’ai eu, dans un moment de doute violent, l’envie de tout arrêter mais que cet enfant puisse avoir un père qui va bien.
Le soir même, j’ai pris rendez-vous avec un médecin et le nom de la maladie que j’avais et que j’avais commencé a sentir en moi était enfin exprimée : BURN OUT.
Un mois et demi d’arrêt et le devoir de ne plus retourner dans l’entreprise.

Le burn out est un problème symptomatique d’un marché du travail ne permettant plus l’accès à tous a un poste décent mais aussi de pouvoir dire « Au revoir » à une entreprise qui malmène et qui fatigue les âmes !
Cette maladie, c’est ce qui touche ceux qui sont consciencieux au travail, qui veulent montrer qu’ils en sont capables, qu’ils sont utiles, qu’ils sont importants. C’est une chose qui n’existe pas dans une société où, si vous n’êtes pas content, la porte est devant vous.
Moi, cette porte, c’est le gouffre qui détruit l’humain et qui nous fait sentir inutile pour la société, des fainéants …
La société nous le décrit tous les jours dans les émissions télé ou radio que le « demandeur d’emploi » est un assisté.
Le burn out, c’est l’impasse du choix |destruction par l’entreprise| ou |destruction par la société|.

Et je n’ai pas fini …

Me voilà, deux mois après cet épisode à entrer sur un poste qui me faisait rêver. De l’indépendance, du temps, des initiatives à prendre, des projets intéressants, et une charte graphique intelligente bien que perfectible.

Je rentre dans un BE où je vais remplacer un départ une semaine après. Je suis en Intérim pour faire la période d’essai dans une autre boite d’intérim qui a été choisie pour sous-traiter mon contrat.
Je partage donc le bureau avec une dessinatrice de 45 ans récemment reconvertie de son poste de factrice (5 ans dans l’entreprise).
Je fais mes premières armes et j’éblouis par ma rigueur et mon efficacité.
Mais c’est bien là que le bas blesse, je commence à faire de l’ombre à ma collègue et mes responsables le lui montrent. Elle, elle voulait le poste de responsable BE, ce que je comprends vu son ancienneté. Mais plus on avance, moins elle a de responsabilité, elle s’occupe de moins d’affaires que moi et je finis par amener des éléments de réflexion pour améliorer la vitesse d’exécution des plans qui la mette en difficulté mais qu’elle ne me dit pas car elle est froide suite à une réflexion qui ne se voulait pas être méchante.
Impossible de lui parler et quand mes responsables me demandent des techniques particulières sur AutoCAD, impossible pour elle de ne pas se sentir rabaissée jusqu’à ce qu’on me demande de lui montrer certains points important sur le logiciel pour se simplifier la vie.
Autant dire que, sans m’en rendre compte, je suis passé de l’autre côté, je suis devenu le harceleur passif.
En plus, on commençait à me raconter des histoires sur elle et sur d’anciens collègues qui ne pouvaient me rendre insensible et qui ne me permettaient plus d’être empathique …
Ça a duré 5 mois, et je me suis mis en congé pour l’arrivée de mon garçon !
Juste après ce congé, je devais avoir un CDI, mais non, j’ai eu un CDD, sans augmentation de salaire, sans avantage, et avec …
la démission de ma collègue. Je me retrouve avec un poste en CDD, un remplacement, un BE a gérer seul, ça ne me rassurait pas pour la suite.
En refaisant l’histoire avec son remplaçant, un jeune ayant 6 mois d’expérience, je me suis rendu compte de l’infamie qu’on avait pu produire sur elle mais aussi de tous les pots aux roses auxquels je n’avais pas pris attention du genre :
– Intérim + CDD à la suite = interdit
– Remplacement en CDD ou intérim d’un poste existant laissé vacant = interdit
– Suppression automatique des temps de pause sur le salaire = interdit
– BAC+2 Etam = Catégorie E mini dans la grille de salaire du BTP (cat C pour moi et B pour mon collègue)
– Interdiction d’indication des heures supplémentaires = interdit

Autant dire que tout cela commençait à s’ébruiter dans l’entreprise et titillait la direction.

Entre temps, j’avais refait entièrement la charte graphique pendant que j’étais en congé paternité. En revenant, je l’ai directement mis en place ce qui aida mon collègue a comprendre le fonctionnement de l’entreprise et de l’établissement des plans.

Mais voilà en janvier, un après midi, je me sens mal et je travaille difficilement, dans l’entreprise, tout le monde voit que je ne suis pas bien. J’arrive malgré tout à reprendre des forces le soir et ma conscience me pousse à rattraper le retard dû à ce malaise jusqu’à tard le soir.
Le lendemain, impossible de me lever où même de faire un mouvement sans vomir et avoir des crampes. La lumière du jour me provoquait des douleurs oculaires intenses. Impossible par mes propres moyens d’indiquer à 8h que j’étais malade.
Ma femme, s’occupant de notre fils, ne pouvait pas non plus appeler dû à la maladie qu’il avait depuis sa naissance (aujourd’hui résolue). Elle ne put prévenir qu’à 11h.

On est fin février, me voilà deux semaines avant la fin de mon CDD qui, normalement, devrait passer en CDI et du coup prêt à réclamer mon classement dans la bonne catégorie et montrer que je pouvais continuer dans l’entreprise.

Au moment de ma convocation, le patron m’indique qu’il ne me reconduira pas pour, non pas une raison de travail car il était de qualité, mais pour un problème de communication latent pouvant revenir d’ici 2 ans et qu’il ne voulait pas gérer.
Pour exemple, il a pris le jour où j’étais malade et qu’il ne fût prévenu qu’à 11h et que, même si je ne pouvais pas bouger, ma femme aurait pu appeler 8h. Je lui ai indiqué que s’il avait meilleur connaissance de ma vie personnelle, il comprendrait mieux pourquoi je n’ai pas pu téléphoner mais même la maladie aurait dû me permettre d’appeler …

De plus, les modifications que j’ai apportées sauvagement avec l’accord de mes responsables montraient à quel point la communication ne se faisait pas bien. Et il m’a sorti une phrase à graver dans toutes vos têtes de lecteurs : « Ici, l’entreprise ne changera jamais ».

Fort de ce comportement désastreux de la part d’un patron, j’ai préparé ce qu’il fallait pour que cela ne se reproduise pas et que mon collègue puisse avoir tous les avantages de cette destruction pure et simple d’une bonne relation de travail !
Photographie des bouteilles d’alcools fort dans les meubles de la cuisine de l’entreprise.
Témoignage de l’état d’ébriété multiple de la part du patron.
Et petit passage, suite à l’ensemble des détails délictueux indiqués dans une lettre pour DIRECCTE (direction régionale des entreprises de la concurrence de la consommation et de l’emploi), de l’inspection du travail.

Me voilà parti depuis une semaine et mon ancien collègue me raconte la rencontre. Ils en ont pris pour leur grade et moi, j’ai une feuille attestant des faits produits par l’entreprise !
Mais voilà, mon collègue qui avait le même problème que moi n’a pas été prolongé comme la secrétaire d’ailleurs.

Aujourd’hui, ils ont embauché des jeunes avec le même soucis et, en plus, n’ont pas respecté de délais de carence de l’utilisation à un même poste d’un contrat précaire.

QUOI ??? Vous croyez que c’est fini, sérieusement ???

Ma dernière mission, celle qui fait que ma vie en tant que sous-fifre est finie. Ce qui fait que je reprends en main seul toute ma carrière professionnelle sans me faire spolier !

C’est une entreprise du BTP avec un faible effectif mais absorbé par un groupe international. Un contrat de 1 mois.
Déjà, gros problème d’organisation, je me retrouve sur un poste inoccupé pour remplacer une personne en infection longue et qui n’a pas été occupé depuis trois mois avec tous les retards que ça engendre… C’est déjà mal parti, la charte graphique est à mettre à la poubelle et les plans sont lourds même vides (23Mo au lieu de 1Mo pour un plan très important et 46Ko pour un plan vide …).
Du coup, l’ordinateur n’arrive pas a suivre et plante, je m’occupe seul de son remplacement.
Du coup, ma conscience me rattrape et voilà que je veux les aider à sortir de la merde dans laquelle ils sont … Du coup, changement de la charte graphique, remplissage auto des cases, création d’un gabarit, mise en place d’une arborescence de fichier moins indécent (15 dossiers pour avoir le fichier voulu), création de documents gabarit clairs pour le client et pour le BE, respect des indications CCTP, etc.
Un boulot gigantesque que j’étais prêt a faire mais j’apprends que je ne remplace pas qu’une personne mais trois. Deux démissions en 3 mois et un Burn Out ! Du coup, l’élément perturbateur ??? Et bien, c’est le responsable BE, une personne parfaitement incapable de gérer un planning pour laisser le temps à la vérification et qui n’inclue pas les temps à vide pour la gestion d’urgence et des demandes mails. Il est incapable de calculer une puissance électrique bien qu’aillant fait un BTS électrotechnique. En clair, il indique une puissance d’ascenseur capable de soulever deux voitures alors qu’on est sur du personnel et qui, si on prend l’abonnement EDF, va couter cher à la Maitrise d’ouvrage (client).
Il est en plus harcelant, il appelle toutes les heures pour savoir quand est-ce que j’ai fini de travailler sur tel ou tel plan.
Au bout d’un mois et demi, donc avec un renouvellement de contrat, voilà que je dois gérer une urgence + une autre et je pars de mon poste à 20h au lieu de 17h30. Pas de remerciement, pas d’excuse, rien, impossible de faire mon travail et finalement je me fais engueuler pour ne pas avoir traiter l’urgence plus tôt … C’est la goutte qui fait déborder le vase après des plannings de 3 semaines sur 1 semaine, des relances permanentes, des demandes extravagantes, une aide par un collègue qui m’a été refusé. BURN OUT, mon ami, me voilà !!!

C’est fini, travailler quand il n’y a pas de respect alors même qu’on est rare sur le marché du travail, c’est fini #OnVautMieuxQueCa

On est des êtres humains, pas du bétail. On n’est pas des chiffres, une statistique, une variable d’ajustement. On est vivant, on a des sentiments, une vie personnelle, des besoins.
Le marché du travail me fait vomir car quoi qu’il se passe, c’est toujours le pot de terre contre le pot de fer.
Déjà que beaucoup d’entreprises ne respectent pas le droit du travail, ne nous en mettez pas plus.
On veut juste vivre correctement et ne pas mourir au travail.
J’en vois de plus en plus souffrir au travail comme au chômage !!!
La loi El Khomri, c’est non, la balle de sniper dans ce paquet de destruction sociale.
ON VAUT MIEUX QU’UN CHIFFRE OU QU’UNE STATISTIQUE !
ON VAUT PAR NOTRE HUMANITÉ !

 

 

 

Illustration : CC-BY b d

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