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Ça sent le souffre quand-même, non ?

Salut, j’ai 24 ans, j’ai galéré, je galère, tu galères, il galère, nous galérons… On connait la chanson !
J’ai eu une orientation et un large éventail d’expériences professionnelles complètement chaotique… Faut bien bouffer !
J’ai fait un BAC L cinéma, puis une prépa en Art Appliqué (je mets des grands A, c’est pour pas me faire engueuler, tout le monde sait que l’Art est sacré, et encore plus si on le met au service de l’industrie), et un BTS communication visuelle, qui a achevé la mutation de ma morosité quotidienne en dépression qui ronge.
Ensuite, bienvenu sur le marché du travail ! On appelle pas ça marché pour rien. On te jauge, on te tâte, on évalue ta fermeté, ton avancement… Et si tu as une petite tâche de rébellion ou d’esprit critique sur le trognon, on te met de côté pour ceux qui t’achèteront au rabais. Bisou, ciao. Heureusement, je suis une fille au museau mignon, alors en me taisant quelque peu, j’ai pu me faire embaucher en restauration et en vente, plus pour mon cul que pour ma raison, mais… C’est le moment du refrain : faut bien bouffer. J’ai fait ça un moment, j’ai eu tout un tas d’aventures que vous imaginez bien : exploitation, humiliation, testage permanent, harcèlement, manque de respect, contrats précaires, conditions pourries voulues et maintenues par la hiérarchie en place… J’ai galéré 6 mois pour avoir les papiers normalement obligatoires à fournir pour l’employeur. Pendant 6 mois, j’étais à la rue, sans aide (puisque pas les papiers pour prouver que j’avais travaillé… Qu’est ce qu’on rigole…). N’est ce pas fou que, parce que l’employeur manque à ses devoirs, ce soit l’ex employé qui trinque?
Heureusement, l’Univers a été sympa et a mis sur ma route des gens généreux comme on en fait plus. Ils m’ont recueilli et plus ou moins sauvée. Oui, ça existe !

J’ai fait une (hypno)thérapie, qui m’a sauvée de ce long tunnel sombre, fait d’échecs et sans perspectives d’avenir qu’était à l’époque ma vie.
Ensuite j’ai voyagé pendant 1 an. J’ai fait du volontariat dans des fermes, des collectivités, des familles, des nomades… Autour de la Méditerranée. J’ai appris que dans la vie, on avait pas forcément besoin de beaucoup pour être heureux,que tant qu’à galérer, autant le faire au soleil et avec des gens sympas autour de soi, et qu’on se démerdait toujours… Il n’y a pas de problèmes, qu’il disait mon père, il n’y a que des solutions. Pas forcément en France, malheureusement. Je me suis rendue compte d’à quel point notre pays est anxiogène, étouffant ; à quel point il pèse sur les épaules de ses compatriotes. Notre éducation à la française, notre système scolaire basé sur la menace et l’amplification des échecs au détriment des réussites, notre mentalité nationale de la défiance et de l’individualisme, l’influence judéo-chrétienne qui victimise et promeut l’auto-flagellation et l’auto-dévalorisation… Tout cela ne nous aide pas à grandir, à développer nos capacités individuelles et à avoir le courage de se lancer ! Ce fût une vraie bouffée d’air. Une révélation. J’ai recommencé à dessiner, à créer, à vivre quoi. Pendant ce temps que je bossais dans les fermes bénévolement, je ne touchais pas un kopeck, parce que oui, le système Pôle Emploi encourage plutôt la dépression-canap que le volontariat-expatriation. Un exemple flagrant du crétinisme ambiant. Voyager a été la meilleure chose qui me soit arrivé. J’ai grandis, je me suis enrichie, j’ai compris des tas de choses, et je suis revenue avec plein de nouvelles compétences pour mon put*** de pays !

Retour en France, retour du refrain : faut bien bouffer ! J’ai fait de la vente… Encore… Toujours les mêmes histoires nulles que vous connaissez. J’aimerais un jour voir à l’œuvre un management qui encourage les bonnes ententes en équipe, qui soude les gens, les lie et fait cesser les commérages infertiles et les conflits de maternelle. Un travail entre adultes qui se respectent mutuellement et qui reconnaissent les qualités-capacités de chacun.

Après tout ça, je voulais me poser quelques temps, faire un truc que j’aime, qui m’apporte réellement quelque chose, à moi. Alors j’ai contacté toutes les associations de protection animale du pays et d’autres, et j’ai eu une réponse positive, en service civique.

Petit topo sur le service civique : c’est du bénévolat qui sert aux intérêts de l’Etat, réservé aux jeunes de 18 à 25 ans, et qui est du coup un peu payé. Un peu moins de 600 euro (100 euros de l’association/structure, 500 de l’état). Personnellement je suis officiellement à 24h, mais il y a des services civiques qui demande 35h. Je vous rappelle au passage que, si je ne me trompe pas le SMIC 35h est à 1130 euros grossomodo, et le 24h du coup dans les 770 euros. La différence et particulièrement notable si on est à 35h ! Pour beaucoup,c’est un peu la solution de la dernière chance : « t’as pas de boulot, fais un service civique ». Et, le petit trick magique, c’est que pendant votre service civique, vous ne cotisez pas au chômage, bah non, puisque vous n’avez pas un « vrai emploi ». D’ailleurs, la plupart des conseillers Pôle Emploi n’ont jamais entendu parler de ce truc là ! Ils sont incapables d’expliquer comment conserver vos droits ! Parfois quand je vois l’efficacité de cette structure, je me questionne sur le fait de mettre tellement d’énergie et d’argent pour enfumer des gens qui en auraient bien besoin, de ce même argent. Pôle Emploi, écran de fumée national, merci la France! Breeeef…
Sans compter que, évidement, puisque que tu fais souvent des tâches avec des êtres vivants (travail social, d’animation…) et que tu es jeune, de bonne volonté et parfois naïf, tu vas avoir tendance à ne pas vraiment compter tes heures (après tout, tu es là pour aider), à rester plus longtemps (bah oui, c’est pour la bonne cause), à faire plus de chose (ça te tient à coeur) et à te faire gentiment entuber sur tes heures de travail et ta gentillesse !
Exemple : je travaille avec les animaux, j’habite sur place faute de moyens, je vais pas laisser la bestiole crever parce que j’ai fait mes heures de travail !
Et vous n’êtes pas du tout accompagné : aucune info sur « si jamais ça se passe mal, si il y a de l’abus, je fais quoi, je contacte qui… ». Pour des jeunes de 18 ans c’est chaud quand-même.
Donc pour résumer, plus ou moins tu rends service à l’Etat, tu es payé une misère, tu es laissé aux mains des structures sans aucun contrôle, tu cotises pas donc ne compte pas sur les aides pour la suite, tu fais bien plus que ce qui est marqué sur le papier (même parfois tu te fais exploiter, comme moi)… Ça sent le souffre quand-même, non? Ça a comme une petite odeur de « l’Etat profite de la précarité des jeunes pour les faire bosser pour peanut dans son propre intérêt », n’est-ce pas? Je pose ça là, comme ça, c’est juste une suggestion.

Pour revenir à mon propre cas, je reste uniquement parce que j’aime mon boulot et les êtres dont je m’occupe. J’habite avec la patronne, qui a une sacrée bicyclette dans la boîte crânienne, elle crie, hurle sur ses employés, parfois sur les bénévoles, demande toujours plus, n’a pas d’organisation logique ni de conditions forcément correctes de travail. Tout est flou, et du coup tout est modifiable et manipulable à gogo. Bon, disons que c’est un problème de personnalité. En attendant, l’Etat est prêt à lâcher ses jeunes dans des situations comme celle-là, sans suivi, sans recours, sans solutions de secours. Et pourquoi? Pour faire baisser les chiffres du chômage et se faire de la tune sur leur dos.

J’avoue que tout ça me met un peu en colère… Et vous?

Je termine mon contrat en septembre, je ne sais pas comment je ferais pour me débrouiller à la fin (que des solutions, que des solutions, que des solutions…), mais bon, le quotidien des jeunes français aujourd’hui, c’est ça. On devrait tous devenir punk, no future, tout ça. Peut-être d’ailleurs que nous sommes une version édulcorée des punks, et que nous attendons le juste moment pour réveiller l’eau qui dort.

Bisous à vous, mes amis galériens, je vous envoie force et courage. N’oubliez pas que nous sommes nombreux, et n’oubliez pas que le voisin est peut-être dans la même mouise que vous. Parlez ensemble, entraidez-vous. C’est aussi comme ça qu’on changera le Monde.

 

 

Illustration : CC-By Sam Swanson

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