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Quoique tu fasses, t’auras toujours tort et tous les prétextes seront bon pour t’écraser.

Comme tout le monde, j’ai eu à subir/été témoin de propos/remarques sexistes, homophobes, validistes, transphobes, racistes, etc. Mais ça, je considère que c’est un problème de société, c’est pas spécifiquement lié au monde du travail (discrimination à l’embauche mise à part). Je vais donc me concentrer sur les dérives liées au non respect du droit du travail, tel qu’il existe actuellement.

En soi, je ne suis pas radicalement opposée à un assouplissement de certaines règles, ni au principe de discussion. Mais dans l’état actuel, ce n’est pas possible. Parce que les règles ne sont -déjà- pas respectées, bafouées, « arrangées » sur simple « accord » oral. Vous ne pouvez pas jouer à un jeu de société avec un tricheur. Modifier les règles n’y changera rien.

Sans me perdre davantage en digressions, quelques anecdotes :

Toute première expérience. Employée saisonnière dans une structure de loisirs, j’ai du batailler pendant 4 mois à la fin de mon contrat pour me faire payer mes heures (contrat prévu en 36h/sem, mais 35h payées sur la fiche de salaire). Et elle ne m’ont finalement été payées qu’au black (pas de modification de mon solde de tout compte que j’ai été contrainte de signer en l’état, ni de mon attestation pour Pôle Emploi).

Saisonnière encore, en grande distri pour le rush Noël-Nouvel An. Ma pire expérience dans le monde du travail. Je vais essayer de faire court.
Ma « formation », promise lors de l’entretien d’embauche s’est résumée à « tu te mets à la caisse là, si t’as un souci tu demandes à x ». Un samedi matin (bondé). Avant la signature du contrat. Contrat commençant le lundi suivant.
Premier jour officiel, je suis censée avoir une coupure à midi. Arrivée l’heure dite, nous ne sommes que 2 caisses ouvertes et deux files interminables de caddys. Je suis donc forcée de rester. Deux heures plus tard, la caissière-chef me tombe dessus et m’engueule parce que je l’ai « foutu dans la merde » en restant à mon poste vu que maintenant elle va « être obligée de [m’]accorder une pause dans l’après-midi » (il est alors 14h45, je suis en poste depuis 8h15). Mais personne ne m’avait autorisé à quitter, les clients affluaient et personne n’était venu me remplacer. Bon, soit, je me dis que c’est ma faute, plie l’échine et prend bonne note. Le lendemain, mêmes horaires. Je préviens donc les clients que je ferme ma caisse à l’heure adéquate. Nouvelle engueulade de la part de la caissière-chef. Cette fois parce que j’ai fermé alors qu’il y avait rush (il y a rush toute la journée, à cette période…). Ce qu’il faut retenir : quoique tu fasses, t’auras toujours tort et tous les prétextes seront bon pour t’écraser.
Le rythme infernal de ce poste, et les charges portées m’ont d’ailleurs valu une fausse couche. Parce que « les articles de + de 8kg qui restent dans le caddy, ici, on fait pas. C’est pas aux clients de faire votre boulot ».
On m’a aussi sciemment demandé de voler les clients : les prix affichés et les prix en caisse ne correspondant très souvent pas, il m’a été demandé de pratiquer le plus cher des deux et de ne corriger que si le client le remarquait !

En ce qui me concerne, la grande distri, plus jamais. Ni comme employée, ni comme cliente. Je ne veux plus jamais participer à ça.

Saisonnière dans une collectivité territoriale, on m’a réclamé un diagnostic SWOT (en gros de proposer des pistes de développement territorial basé sur ses forces/faiblesses) complètement hors de mes fonctions contractuelles. L’élu en charge m’a d’ailleurs annoncé, sans complexe que si mon diagnostic montrait un besoin réel, ils prendraient quelqu’un pour le développement-projet, après mon contrat… avant d’ajouter face à ma lueur d’espoir pour une suite à ce job : « mais pas une embauche, on prendra un stagiaire ». Oui, oui. Un stagiaire. Pour une création de poste. Sans tuteur, donc.

Collectivité territoriale à nouveau (ma formation m’y porte) : c’est elle qui me contacte, ils ont un poste d’un an à pourvoir (inespéré dans mon domaine où les contrats sont très saisonniers, entre 1 et 3 mois). Je suis qualifiée, expérimentée, j’ai déjà travaillé avec eux de manière satisfaisante pour eux comme pour moi. Mais. Je ne suis pas éligible CUI-CAE. Pas assez précaire (en ne travaillant pourtant que 4 mois par an, en moyenne au gré de ce que je trouve, survivant sur mes économies de bouts de chandelle le reste du temps, malgré une famille à charge). Donc trop chère (je ne réclame qu’un smic !) Donc ils préfèrent embaucher une personne non formée, sans expérience qu’ils lâchent dans le grand bain sans formation. Et puis deux ans plus tard, on change et on recommence. Et -toutes- les collectivités auxquelles j’ai eu affaire fonctionnent ainsi. Aucune perspective réelle pour les CUI-CAE embauchés, aucun espoir de pouvoir avoir un poste correspondant à mes qualifications pour moi.

Et pourtant, je me considère comme privilégiée, par rapport à d’autres et par rapport à mon expérience grande distri. Mon travail actuel n’est pas pénible, j’aime ce que je fais, mes heures supp sont payées ou rattrapées, mes collègues agréables et mon supérieur direct bienveillant, professionnellement et humainement.

Je ne devrais pas, être privilégiée. Ce devrait être le minimum. On vaut au moins ça.

 

 

Illustration : CC-By eflon

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