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La patronne nous filmait et enregistrait nos conversations.

Je viens ici pour parler d’une formation qui a fait de ma vie un véritable enfer durant 5 mois et qui me détruit le moral encore aujourd’hui. D’abord, ça commence en septembre dernier. Je sors du lycée avec un BAC Pro Cuisine dans la poche avec une mention, mais pas le temps de se reposer où de profiter de l’été, je dois directement chercher une entreprise qui acceptera de me prendre en formation en alternance pour un CAP pâtisserie. De juin à septembre, les seules réponses que j’ai sont négatives ou alors ce sont des « on vous rappellera » qui n’aboutissent à rien. Une très belle pâtisserie où je rêve de travailler depuis que je suis toute petite me refuse d’abord, puis me rappelle ensuite un mois après la rentrée en chambre des métiers pour me dire que finalement, la patronne a réfléchi et elle accepte de me prendre en formation.
Mon rêve devenait réalité, j’allais enfin travailler dans cette boite. Une fois toute la paperasse faite, je rentre enfin dans l’entreprise. Les collègues sont géniaux, les horaires sont géniaux (6h-12h tous les jours sauf le dimanche ou je faisais 4h-9h, et le jeudi de repos ), la patronne est attentionnée et veille à ce que je me sente bien dans l’entreprise.
Le premier mois de travaille passe superbement bien et j’ai bien mon chèque à la fin du mois (qui est de 600 euro alors que je travail autant que les autres employés mais bon.) Je vais en cours au CFA de ma région, comme prévu et je retourne en entreprise. Et c’est là que tout a commencé à dégénérer.
A peine rentrée, la patronne m’informe qu’il y aura du changement dans mes horaires, je travaillerai autant le samedi que le dimanche (donc je commencerai tous les week-end à 4h du matin). Elle commençait à devenir hautaine sans raison valable, agressive et elle me parlait sans arrêt comme si j’étais un bébé. Je pèse mes mots que je dis qu’elle me parlait comme a un enfant, elle me traitait comme si j’étais une novice qui n’avait jamais rien connue d’autre que les bancs de l’école alors que non ; je sortais d’un lycée professionnel et j’avais fait d’innombrable stage en cuisine, je connaissais ce métier là et cet environnement.
Un mois passe encore et c’est le moment où je dois retourner une semaine au CFA, mais la patronne s’y oppose, disant qu’elle a absolument besoin de moi (décembre approchait, c’est une période où il y a énormément de travail en pâtisserie). J’ai dit oui à contre cœur. Je n’avais que 12 semaines de cours sur tout le long de l’année, je ne pouvais pas me permettre de rater des cours.
Mais étant persuadé que ma maigre paye serait augmenté, je venais travailler. Vers mi décembre, le travail devenait exténuant ; je faisais très facilement 3h à 4h supplémentaires par jour.
Seulement un jour avant Noël, on m’informe (après ma matinée de travail), que je vais devoir revenir le soir même à 22h et que je terminerai vers 3h. J’ai d’abord halluciné, mais je n’ai rien dit, faire cette soirée de travail me permettait de pouvoir passer Noël avec ma famille sans à devoir retourner bosser le lendemain.
Et puis je n’ai pas fini à 3h, mais à 9h du matin. Je n’avais jamais autant été fatigué de ma vie. Je n’avais même pas pu dormir vue que je commençais le taff à l’heure où je me couchai habituellement.
Et rebelote pour le nouvel an. Pas un merci, rien. On me donne mon chèque et on m’informe que j’aurais mes heures supplémentaires quand la patronne aura reçu son nouveau chéquier!;
Donc j’attends un mois entier avant d’avoir un autre chèque qui s’élève à 150euro. Seulement. Aucune de mes heures de nuits n’était majorée, seulement une vingtaine d’heures supplémentaires affiché sur ma fiche de paye. Ma patronne m’a juste dit « C’est normal, tu es apprentie, tu as donc un salaire d’apprentie »
Alors je n’ai rien dit. Je trouvai ça « normal ».
Puis c’est devenu de pire en pire ; elle changeait constamment mes horaires au dernier moment, si bien qu’il y a des fois où je n’avais plus de jours de repos et où je commençai à 4h tous les jours. Elle me faisait comprendre que, malgré tout ce que je pouvais donner, je ne travaillai pas assez bien, ni assez vite, ni assez efficacement. Elle me disait très clairement que les besognes devaient être absolument faite par moi parce que « passer le balais est un travail pour les apprentis » « tes collègues ont autre chose à faire que de nettoyer les vestiaires » et « si quelqu’un doit rester pour nettoyer les frigos, ça ne sera surement pas eux, ils sont fatigués ».
Je parle pour moi, mais les employés étaient eux aussi traités de cette manière, surtout une jeune qui était dans l’entreprise depuis à peine deux ou trois ans. Le chef, lui, avait beaucoup plus de répondant que nous, il ne se laissait pas marcher sur les pieds.
Mais ça devenait horrible, elle m’humiliait devant les autres employés, me disant que je n’étais qu’une gamine, une débutante qui ne connaissait rien. Elle me donnait des surnoms péjoratifs tel que « cocotte » ou  » la cracra » (je salissais très facilement mon tablier).
Mes heures supplémentaires n’étaient toujours pas payées, on me faisait venir toujours plus tôt, je partais toujours plus tard. Je rentrai chaque jour chez moi en pleurant, en me disant que ce qui m’arrivait était « normal ». Oui, parce-que quand on vous fait subir ce traitement et qu’on vous fait croire que tout ceci est normal, vous finissez par le croire.
Puis j’ai eu la chance que ma mère parle à une de mes collègues du calvaire que je vivais, et cette collègue est donc venu me voir. Elle a insisté pour qu’on se parle à l’extérieur du laboratoire.
Elle m’a d’abord dit que la patronne nous filmait et enregistrait nos conversations. Elle nous surveillait, tout simplement. Et c’est pour cela qu’elle ne voulait pas discuter à notre poste. Une fois à l’extérieur, elle m’a clairement dit de me barrer de cet enfer. Elle-même avait déjà déposé sa lettre de démission et partait à la fin du mois. Elle m’a dit de ne pas perdre mon temps avec cette entreprise.
Mais je ne pouvais pas quitter, j’avais déjà des crédits à payer et je voulais absolument ce CAP pâtisserie pour travailler à l’étranger.
Mais je n’ai tenu qu’un mois de plus. La patronne m’a dit une fois de plus, que mes horaires seront changés. Je me retrouve encore à travailler de 22h à 9h pour Pâques, avec bien sure une cinquantaine d’heures supplémentaires. A la fin du mois, la patronne me convoque dans son bureau. Elle me dit très clairement que je n’aurais pas d’argent en plus ce mois ci (comme les quatre autres mois précédents d’ailleurs). Elle m’a remit mon chèque de 600 euro, et je suis parti de l’entreprise en pleurant. Mon petit ami, qui était une des seules personne à qui je parlai de cet enfer a réussi à me convaincre de demander mon argent à la patronne. J’ai pris mon courage à deux mains et j’y suis allée. J’ai gentiment dit que je voulais mon argent, et ça réponse m’a presque tué. « Tu n’es qu’une gamine qui ne comprend rien. » « Tu me dois de l’argent à chaque fois que tu retournes au CFA parce-que tu ne viens pas travailler » « C’est le monde du travail cocotte, c’est la vie réelle. » J’ai retenu mes larmes, je me suis excusée, je suis allée chercher ma tenue de travail et je me suis définitivement barrée de cet enfer. N’ayant pas de prêt à vie à effectuer, j’ai donné ma lettre de démission à ma patronne et j’ai demandé qu’elle me signe mes papiers de démission. Elle refusa, prétextant qu’elle avait besoin de moi encore quelque jours vue que ma collègue démissionnait elle aussi.
Elle ne me laissait même plus quitté son entreprise, me faisant du chantage.  » Je signerai tes papiers quand tu auras finis ta semaine de travail, pas avant. »
N’ayant plus la force de me battre contre cette femme, j’ai abandonné et j’ai appelé mon père pour qu’il s’occupe de l’avancement de mes papiers. Bien sur, je n’ai pas été payé et mes heures supplémentaires ont été oubliés.
J’ai perdu six mois de ma vie à me saigner dans cette entreprise pour en sortir avec une dépression, un dégoût de la pâtisserie qui était ma passion et facilement plus de 500 euro volés. Aujourd’hui, je m’épanouis dans un autre corps de métier mais encore aujourd’hui (alors que j’ai quitté ce poste depuis presque trois mois), je suis encore démoralisé de mon aventure dans cette entreprise.
Si je témoigne, c’est pour que d’autres apprentis qui sont dans la même situation que moi ne se laissent pas faire. N’ayez pas peur de partir de cet enfer.
Parlez en à votre CFA, il y a des personnes pour vous aider dans ce genre de situation, rien que vos professeur vous seront d’une grande aide.
Ne restez pas dans un endroit qui vous détruit, parce que vous pouvez sérieusement mal finir. J’ai pensé au suicide plusieurs fois quand j’étais là bas, parce que je préférai encore mourir plutôt que d’affronter ma patronne. Ne vous laissez jamais faire, et dites vous toujours qu’on vaut mieux que ça.

 

Illustration : CC-BY James G

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