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J’ai compris par la suite, que j’avais eu une agression sexuelle.

Tout commence lorsque j’ai 18 ans, une première année d’université validée, j’ai la possibilité de travailler un mois dans une grande enseigne de restauration rapide. Très rapidement je remarque des problèmes. Pour commencer à l’entretien on me dit de but en blanc : « vous êtes mignonne, on vous mettra à la caisse ». Ensuite, dans l’équipe, le personnel n’aime pas les saisonniers, et les managers non plus. J’ai commencé à avoir des réflexions et des surnoms amoureux de la part d’un chef d’équipe. Il appelait les filles « mon coeur », ou il disait des « je t’aime » comme ça pour rire. Un jour il m’emmène dans la réserve et il me touche le bras. Combiné tout ça avec une autre manager qui s’amusait à m’humilier publiquement. Là c’est trop ! Un soir, je viens avec mon père pour en parler, évidemment cette dame refuse. Je parle aussi du fameux chef d’équipe qui drague, on me répond que comme il a 36 ans et qu’il est toujours là, faut comprendre qu’il est un peu idiot. Le lendemain on me dit que je serai convoquée par le directeur, chose qui ne se fera pas.

Ensuite plusieurs années après, sans souci, je souhaite travailler au festival d’Avignon. Je postule dans tous les théâtres et on me répond à chaque fois qu’ils ne prennent que des stagiaires, question de budget. Etudiante, je me dis que c’est une belle opportunité, j’accepte. Rapidement tout ce qu’on m’avait dit à l’entretien s’avère être faux. Je dois être présente tous les jours et bosser pendant 7 heures non stop, sans jour de repos. De plus je dois gérer une caisse qui n’est jamais comptée, faire des réservations pour les jours à venir, donner les recettes de chaque pièces aux compagnies, bref un travail qui s’avère houleux lorsque rien n’est vérifié. Rapidement, je n’ai plus accès aux toilettes, doit manger entre les pièces tout en accueillant les publics et répondre à deux téléphones à la fois. Le directeur du théâtre commence à me menacer, me disant que je ne suis pas apte, idiote et que des compagnies ont fait des lettres me dénonçant, chose totalement fausse. Ce même directeur, qui supprime les messages en absence des deux téléphones comme ça j’ai le droit aux réflexions des spectateurs. De là, s’enchaîne des remarques sexistes devant les gens, les meilleurs étant « Toi je te prends dans les bois, t’es tellement fine que je te casserais tous les os » ou « si tu ne te dépêches pas, je te renvoie dans ton bordel aux Philippines ». Sacrée ambiance. A la fin, problème de caisse : une partie de l’argent a disparu. Il dit que c’est moi et veut me faire une reconnaissance de dettes. J’ai compris que j’avais à faire à un manipulateur à tendances perverses; je décide de tenir bon. A la fin du festival, il m’insulte, me dit que je suis une sous merde, qu’à part mon cul je ne sais rien utiliser d’autre mais j’ai eu mon argent ! Toutefois j’avais appelé plusieurs fois le département du travail et quand j’ai dénoncé ce que j’avais vécu, on m’a répondu qu’un stage n’est pas un travail donc rien n’est possible. Merci c’est gentil.

Plusieurs années se passent, sans grand problème, enfin si une fois où dans un centre de loisirs l’été, on ne m’a jamais acceptée parce que bon j’étais : pas de la région (c’était un petit village et que j’avais un peu bougé dans ma vie) , diplômée, tatouée et avec des idées novatrices. On m’a pourrie tout au long par une directrice qui était discriminante et raciste.

Hors périodes estivales, les contrats que j’ai, se passent relativement bien. On cherche des personnes pour travailler sur des longues périodes, ils ont besoin de collègues pas de pions ou de renforts, Les saisons, je trouve toujours cela plus compliqué.

Un autre été je deviens animatrice dans un chantier de bénévoles. Super ambiance nonobstant un animateur technique qui fait des réflexions sexuelles à toutes les jeunes filles. Lui avait 64 ans et la moyenne des bénévoles la vingtaine. Un jour je dois après une grande randonnée dans une rivière aller avec lui rechercher les voitures. Nous sommes obligés de faire du stop lui et moi. Ne souhaitant pas monter dans une voiture, le short humide je lui demande si le sien l’est. Il me demande que je n’ai qu’à vérifier. Bien sur je refuse il me prend ma main et me fait toucher son short tout en essayant d’aller vers la braguette. Aussitôt je retire ma main, il me rétorque qu’il n’allait pas me violer quand même. C’est évident, on était tous les deux, en pleine campagne, sans réseau et sans rien aux alentours. J’ai compris par la suite, que j’avais eu une agression sexuelle. J’en ai parlé à l’association mais j’ai jamais eu de retour.

Pour finir je vous témoigne d’une dernière expérience professionnelle que j’ai eu. Je suis embauchée pour faire une saison culturelle dans un musée. La structure admire mon parcours et décide de me laisser ma chance. Comme le lieu de travail est loin de mon domicile, on me dit que j’aurai un logement gratuit à partager avec les stagiaires. Chic, je me vois dans une super ambiance, bien colonies de vacances sur fond d’art.
Rapidement, je dois déménager, car mon logement doit être prêté à des artistes en résidence. Ensuite, arrive les stagiaires, recrutés sur la technique du « premier arrivé, premier servi ». Je me retrouve donc, avec une équipe néophyte, qui pour certains n’avaient jamais fait ce type de travail. Alors oui, c’est normal en stage mais une équipe de 4 personnes dont aucun ne savait ce qu’il fallait faire, c’est pas toujours évident. Coup de chance la plupart étaient des gens supers et très motivés, un bonheur.
Par contre on apprend tous que dans cette équipe, il y en a une qui est là parce que c’est l’amie de la fille de la directrice, donc mi-stage/mi-job, elle est payée en partie. Les autres stagiaires non ; tous payés selon la convention des stages. Un autre stagiaire est là, mais ne veut rien faire. Rien ne l’intéresse, il veut juste « choper des filles » comme il dit. Il vient aux heures qu’il veut. Ne veut pas apprendre et surtout il s’en moque. C’est insupportable et je m’énerve. On me dénonce comme étant une fille autoritaire. Je suis convoquée et on me destitue de mes fonctions. J’apprends que cette dénonciation a été faite par certaines personnes qui surtout, ne m’appréciaient pas.
Bref, mon logement, arrive à la fin du contrat je dois déménager, sauf qu’en fait, la structure ne s’est pas occupée à m’en trouver un autre. J’étais partie vivre dans le logement attribué aux garçons mais l’un deux ne comprenait pas qu’une fille non libre sentimentalement aille comme ça chez les hommes. Pour lui c’était pas concevable, il a fait des pieds et des mains pour me virer. La directrice lui a donné raison. J’ai compris qu’à ce moment c’était fini pour moi. Ils me donnent un lieu mais qui sert aussi de loge de concerts. Ce qui veut dire que pendant les soirs de représentation, je suis sans logement. A la rue, j’ai eu des coups de chance pour avoir quelques relations dans les environs pour un bout de tente. Ca les faisait rire au musée de me voir galérer. Tout le reste de la saison, je n’arrive plus à manger, à dormir et je commence à paniquer. Une fois le contrat fini, je rentre chez moi et rapidement je déclenche des symptômes de stress : c’est le burn-out.

Actuellement je suis suivie par un psychiatre, j’ai toujours des nuits mouvementées, mon état est très instable mais j’ai la chance d’avoir à nouveau un contrat similaire à l’ancien. Dans une structure qui a l’air d’être très agréable. Je me régale à venir travailler.
Alors il est vrai qu’on vaut mieux que tout ça. Même si certaines de mes expériences étaient très agréables, j’ai pas besoin qu’on me prenne pour un jouet à faire utiliser n’importe comment.

 

 

Illustration : CC-By fotologic

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