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« Tu ne donnes pas envie. »

Voilà les paroles de mon DRH le 9 septembre 2015, au moment d’une entrevue qu’il a souhaité en dehors des locaux de l’entreprise pour échanger au sujet de mon retour de congé maternité.

Dans mon entourage, nous étions 4 jeunes femmes, trentenaires, enceintes en même temps. Sur ces 4 femmes, 3 ont perdu leur emploi dans l’année qui a suivi la naissance de leur enfant. C’est cette conjonction qui me motive à vous écrire pour alerter sur une pratique indigne de certaines entreprises, pas si rare que cela.

Mon cas tout d’abord, 12 ans d’expérience dans le marketing mais un profil atypique qui fait tache pour certains chantres des « écoles ». Un an avant d’avoir mon enfant on me transfert non contre mon gré mais contre un maintien en cdi après 2 cdd et pas mal de pression, sur un poste 3 périmètres. Entendez 3 bout de postes, 3 équipes et surtout au final 4 chefs. La situation est très compliquée pour moi, le poste n’étant défini d’une autre manière que par une répartition du temps. Pas de tête au dessus de tout ça et pas d’orientation stratégique commune. Enfin, je tombe enceinte au moment de ce transfert. Après quelques mois, j’essaye d’alerter ma responsable et mon drh sur les difficultés rencontrées. Pas le temps de me voir. Alerte gyneco, je suis arrêtée à 5 mois et demi de grossesse. Mon arrêt étant brutal, je m’engage à finaliser les gros dossiers en cours pendant mon arrêt, ce que je fais. Frustrée et inquiète pour mon retour, je finis par écrire un mail à ma responsable pour lui décrire les difficultés vécues ses derniers mois et lui demander de profiter de la restructuration du service marketing pour réfléchir à mon poste.
Quelques semaines avant mon retour de congé maternité, je recontacte mon employeur pour solliciter un rdv pour échanger sur les évolutions pendant mon absence. À ma grande surprise, mon DRH me propose un rdv en dehors des locaux de l’entreprise, soit disant plus simple pour moi. Lors de ce rdv, je suis tombée des nues après 2/3 formules de politesse, il en vient aux faits  » je suis embêté, personne ne veut plus travailler avec vous, si vous revenez ce sera horrible.. »,  » vous ne faites pas envie… », « vous m’avez mis en porte à faux en rédigeant ce mail… ». Je lui indique que je venais d’avoir un enfant et qu’il n’est pas question pour moi de partir, mais que si il estime la situation inextricable, il peut me faire une proposition. Pas de réponse.

1 mois plus tard, la veille de mon retour, il m’appelle en fin de journée pour me caler rapidement le détail de mon arrivée et pour m’informer que je reprendrais 1 seul dossier jusque décembre et que je serais basée à Rennes.

Lundi matin, j’arrive au bureau, contente de revoir mes collègues, les gens que je croise sont content de me revoir. Et là, ma chef arrive et au milieu de l’open Space me lance un regard noir  » Qu’est-ce que tu fais là, on t’avait dit de passer voir la rh d’abord! ». Moi surprise, je lui dis que non, c’est pas ce que j’ai compris. Elle part alors chercher le DRH et là pendant plus d’une heure, ça a été une charge ignoble.  » qu’est ce que tu fais là? »,  » on ne souhaitait pas te voir revenir »,  » vu ta vision de l’entreprise, il ne fallait pas revenir »,  » tu n’es pas une bonne marketeuse »,  » tu ne donnes pas envie », « personne ne veut travailler avec toi », « tu es trop procédurière »… Je ne me démonte pas, un peu sous le choc, mais je leur redis mon souhait de rester et que mes critiques avaient un objectif constructif d’amélioration. On me répond alors « qu’on ne peut pas continuer », et « qu’on va trouver une solution »et concrètement on m’apprend qu’en attendant je serais uniquement dédiée à la préparation d’un salon qui se tient dans 2 mois,  » le temps qu’on trouve une solution ». Et que je peux partir immédiatement, dès cet après midi à Rennes dans les locaux d’un labo appartenant au groupe. 2 cartons avec mes affaires m’attendent en haut…

Voilà la suite a été à la hauteur de ce retour…une belle placardisation, des menaces à « être obliger d’informer la direction » à chaque fois que je n’étais pas d’accord sur un dossier…j’ai attendu un licenciement ou une réhabilitation qui n’est pas venue…j’ai fini par demander un départ négocié qui a été accepté, a minima forcément…Aujourd’hui je suis maman d’un bébé de 11 mois, sans emploi, quand je postule, on me demande toujours pourquoi je suis partie d’une si belle entreprise. Ne voulant pas dire la vérité crue qui serait mal comprise, je parle de divergence de vision et de manque de perspective. On me reproche alors mon impatience et mon instabilité …car quel profil digne de ce nom voudrait quitter une si belle boîte, en plus en période de crise et avec un jeune enfant!

C’est ma double peine, du coup, j’ai décidé de réfléchir à une création d’entreprise mais je n’ai pas les fonds suffisants et je me sens des fois si cassée que je me dis que je suis professionnellement finie et que je n’arriverais à rien.

Voilà, c’est mon histoire. Elle est un peu longue mais elle montre bien la pourriture qui existe aujourd’hui dans beaucoup d’entreprise, même dans les jolis écrins qui prône l’humain et le management participatif. Subir et se taire ou exprimer et souffrir…

 

 

Illustration : CC-By Anna Laura Irsara

One thought on “« Tu ne donnes pas envie. »

  1. Il y a encore dans le droit du travail des moyens de se battre contre et type de situation. Le problème est que les salariés ne connaissent pas leurs droits où/et qu’ils pensent tenir et s’épuisent pour au final ne plus disposer des ressources psychiques nécessaires pour se battre.

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