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Animation, restauration, humiliation.

Comme beaucoup je me suis lancée dans l’animation – d’une parce que je m’en sentais capable, de deux parce que les horaires correspondaient à mon emploi du temps à la fac et de trois parce que j’avais et j’ai toujours besoin de thunes.

Je vais essayer d’être brève et précise en vous faisant une liste détaillée de toutes mes désillusions :

-pour commencer dans les quatre premiers centres de loisirs où j’ai bossé, mes collègues animateurs et moi-même étions payés grâce au forfait jour. Autrement dit nous faisions 10 heures de boulot par jour pour 50 balles ( de 8h à 18h avec une pause d’une demie heure) et non il n’y avait pas d’autre pause : il fallait manger et surveiller les petits à la cantine, le seul répits qu’on avait était de 30 minutes après le repas.

50 euros c’était le grand max qu’on pouvait toucher, je suis allée voir dans d’autres centres et pour les mêmes horaires nous étions payés 45 euros et le pire que j’ai pu trouver a été : 38 euros pour 11 heures de boulot par jour. C’est chouette de passer toute sa journée à bosser pour ne même pas avoir de quoi partir en vacances, que dis-je, pour ne même pas être capable de faire ses courses en fin de mois. Résultat : je me suis retrouvée à jeûner pendant plusieurs jours. Mon record est d’une semaine sans avoir avaler quoique soit hormis l’eau du robinet. Puis à force de faire des trucs comme ça, tu perds tes cheveux, tu dors en permanence et tu pleurs pour un oui ou un non.

Rappelons que ces tarifs à la journée (qui, je me disais à l’époque, devaient être abolis) vont s’élargir aux PME de moins de 50 salariés. Merci Hollande et les autres…

-le manque de personnel : je ne sais pas si vous avez déjà essayé de tenir un groupe de plus de 30 enfants seul. Moi j’ai testé et conclusion : ce n’est ni cool pour vous, ni pour les gosses. (Rappelons que les accidents sont vite arrivés avec les enfants).

-D’ailleurs en parlant de « quota » j’ai été très surprise lorsque le gouvernement a décidé de réduire les effectifs d’animateurs en centre de loisirs et en école. Avant il devait y avoir un adulte pour 10 enfants de 6 à 12 ans, maintenant c’est un adulte pour 12. A croire qu’ils se fichent des capacités de ceux qui encadrent et de la sécurité des enfants.

-le supérieur qui t’engueule et te crie dessus pour pas grand chose et devant les gamins, histoire de te faire perdre toute crédibilité devant eux.

-le supérieur qui décide de faire une sortie en forêt. Évidemment il n’avait rien prévu et nous nous sommes retrouvés dans un champs bourré de bouses de vache, de ronces, d’orties et j’en passe. Le tout en plein cagnard, sans abris pour mettre les gosses à l’ombre. On lui en parle, lui dit qu’il faudrait peut-être changer d’endroit. « Non non c’est très bien ici ». Au final, le soir nous avons rendu des gosses pleins de coups de soleil aux parents. Ils étaient ravis. Encore heureux qu’aucun n’est fait une insolation. Bien sûr pendant que toi tu te fais engueuler par les parents pour une décision qui n’est pas de ton fait, le supérieur se cache dans le bureau (sortant la tête par la fenêtre et la rentrant aussitôt qu’il voit un parent débarquer)

Après l’animation j’ai eu ma petite expérience en fast-food. Et pour faire simple : je préférais récurer les chiottes plutôt que de parler aux clients ou aux managers. Au moins les chiottes ne s’adressaient pas à moi comme si j’étais une moins que rien. Le plus humiliant ? J’hésite encore entre la tenue obligatoire totalement inutile et dont le seul intérêt est son aspect symbolique ou la façon dont les managers et certains clients nous gueulaient dessus.

Ils m’avaient embauché en même temps que dix autres personnes, juste avant les vacances de noël et oh ! grande surprise à la fin des vacances ils nous ont TOUS viré. C’est bien pratique d’avoir une période d’essai pour virer les gens sans trop se faire chier hein ? Même ma supérieure qui avait était chargée de m’annoncer la nouvelle se sentait un peu con en m’expliquant les fausses raisons de mon licenciement.

Sincèrement s’ils m’avaient dit à l’avance qu’ils n’avaient besoin de moi que pour deux semaines j’aurais compris et je m’en serais foutue. J’y serais quand même allée parce que deux semaines de salaires ce n’est pas rien non plus. Mais non ils ont préféré se la jouer hypocrites de premier rang en nous faisant miroiter un CDD de 6 mois.

Je ne parlerai pas non plus des entretiens d’embauche (cette comédie) où les employeurs ne te rappellent jamais derrière. Oh oui c’est vrai c’est pas la peine de dire à une personne que « Non finalement on a changé d’avis ». C’est trop compliqué et ça bouffe du temps pour rien.

Je vaux définitivement mieux que ça.

 

 

Illustration : CC-BY Thiago Barbalho

2 thoughts on “Animation, restauration, humiliation.

  1. 38 euros la journée dans l’animation c’est encore « bien payé » y’a des endroits c’est 25 euros bruts la journée de 16h et en péri-scolaire maintenant ce n’est plus 1 pour 12 mais un pour 18 (1 pour 12 c’était y’a 7 ans quand j’ai commencé ce boulot et honnêtement quand je suis seul avec mes 18 gamins j’en rêve, impossible d’assurer correctement l’animation de qualité qu’on te demande et la sécurité des gamins) et la demi-heure de pause après le repas pour les anims chez moi elle n’existe pas non plus c’est juste 5mn à tour de rôle pour faire une clope, bon par contre j’ai eu la chance de ne jamais tomber sur des supérieurs aussi cons que celui que tu décris, oui on vaut définitivement mieux que ça

  2. Bonjour,
    Je tenais à laisser un petit mot car je me suis reconnue dans ton vécu autour des centres de loisirs.. De novembre 2015 à mai 2016, j’ai travaillé chaque mercredi dans un centre de loisirs, aux mêmes conditions : 39€ brut/jour pour 10-11h de travail. Plus d’une cinquantaine d’enfants, 4 animatrices. Je n’avais pas de BAFA (et je ne l’ai toujours pas car bien trop cher) et la directrice du centre me faisait clairement comprendre qu’après chaque mercredi passé, je ne risquais de pas être appelée à travailler la semaine suivante. Mes contrats étaient journaliers, elle s’amusait à me faire venir le soir dans son bureau pour me demander mes disponibilités pour les semaines à venir, me disait que je serais reprise pour la semaine suivante puis ne me rappelait tout simplement pas. Pas un mail, un coup de fil, un sms pour me dire que vu les effectifs avaient diminués cette semaine là, elle n’aurait pas besoin de moi. Non, rien du tout. Et c’était ça quasiment tous les mois, quand ça ne durait pas des semaines. Elle a commencé ensuite à chercher à nous faire des heures de bénévolat, ne retenant évidemment que les animatrices qui acceptaient de les faire en plus de leur temps de travail ou celles qui acceptaient de bosser pendant toute une semaine de vacances. Payées d’un rien. Sans compter toutes les fois où elle m’a prise à part pour me reprocher mille et uns maux dont je n’étais absolument pas responsable : évidemment, c’est toujours plus facile de s’en prendre à celle qui n’a pas son BAFA plutôt qu’à celle qui n’en fout pas une, laissant les enfants dans une désorganisation complète – et j’insiste là dessus. Elle était complètement à l’ouest, on aurait dit une enfant à surveiller également. Jamais à l’heure, aucune autorité, d’un laxisme incroyable, on ne pouvait pas la laisser seule avec un groupe d’enfant sans que ça devienne le chaos.
    Bon, je l’admet, je m’en prends surtout à cette directrice bien qu’elle ne soit pas responsable de pleins de choses énoncées ici, mais j’ai mal vécu mon expérience. Par sa proportion à la « chouchouterie » entre animatrices, son impolitesse, ses manières de te montrer la lune.. Et contrairement à toi, j’avais un autre travail le reste de la semaine pour compenser un peu et que j’exerce toujours. Bien que je ne gagne pas des sommes mirobolantes (loin de là), j’ai au moins la possibilité de me faire un peu plaisir de temps à autre..
    Bon courage dans tous les cas,
    Coralie

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