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L’ennui mortel

Suite à l’obtention de mon diplôme en Psychologie, je suis restée des semaines sans rien trouver dans ma branche. Dans l’espoir d’avoir enfin un poste dans ce domaine, j’ai voulu m’essayer à la restauration rapide, histoire de gagner mon pain comme on dit. J’ai tenu 5 mois. Tout se passait bien les premières semaines, jusqu’à ce que je repousse les avances sexuelles de différents managers, qui suite à ça m’ont fait la vie dure. C’était mensonges sur mensonges. Je me faisais convoquer tous les jours, pour une soit disant absence injustifiée, pour un nugget que j’aurai pris avec la main, ou encore pour un plan de travail mal nettoyé. Sans parler des appels le matin à 6h, pour faire un remplacement avec menace si je ne le faisais pas. Une fois mon manager est venu sonner à la porte de chez mes parents à 5h30 du matin pour être sure que je vienne, alors que je n’y étais pas tenue. J’étais tellement clouée, que je n’avais rien dis de tout le trajet. Cela à duré des semaines et ce serait bien trop long à vous raconter. Je m’en suis rendue malade. Mentalement et physiquement. A tel point, que mon médecin à jugé bon de me mettre en arrêt maladie, pour cause sérieuse puisque je faisais de la tachycardie à cause de la pression que je subissais au quotidien. Mais pas de chance, tous le monde avait posé ces congés à ce moment-là et il n’y avait personne pour me remplacer en dehors de mon manager. J’ai payé le prix. A mon retour, une semaine après, j’ai reçue une lettre en recommandé. J’étais licenciée. Deux pages tartinées de choses fausses que j’aurai dit ou fait. On m’a même accusé de taper dans la caisse. J’en ai pleuré, comme une gamine. J’avais honte de ne pas m’être rebiffé plus tôt et de ne pas avoir dénoncé leurs actes frauduleux, comme la vente de produits périmés, ré-étiqueté à la date du jour. J’avais l’impression d’avoir cautionné, alors que je ne pouvais rien faire contre cette si grande firme. Je n’étais personne, juste un CDI trompeur de plus. Bref je n’ai eu aucun recours, ni auprès de la haute direction, ni auprès des prudhommes.

Suite à ça, il s’en est suivi des petits jobs dans le commerce par ci, par là, ou je n’étais guerre mieux traitée. Une idée m’est alors apparue limpide, si je veux un travail correct ou l’on respect ma personne et mes compétences, je dois reprendre mes études et obtenir un diplôme qui pèse sur le marché du travail. A ce moment là, j’étais encore naïve.

Aujourd’hui, j’ai un tout nouveau diplôme en poche, dans les ressources humaines. Du travail à la pelle en veux-tu en voilà, m’a-ton rabâché toute l’année. Oui mais à quel prix.

Deux mois après l’obtention de ma licence, j’ai trouvé un emploi dans une école, le job idéal pour moi. Un CDD d’un an en CUI, au SMIC, à temps partiel. Je suis contente, malgré tout. Cela sera ma première expérience dans le métier ou je vais pouvoir faire mes galons. Ma mission ? Prendre à ma charge une partie des fonctions de la secrétaire actuellement en place « pour l’alléger, car on a vraiment beaucoup de travail ». D’accord. Mais une variable m’avait échappée : La secrétaire, elle, n’était pas vraiment d’accord.

Dans son grand et beau bureau d’accueil, deux espaces de travail, ou j’ai tenue 15 jours. Les élèves qui s’agglutinaient à la vitre pour me regarder ou encore les formateurs pour me saluer, l’ont très vite agacé. Sans parler des petites piques que font certains sur mes « nombreux » diplômes, comparé à elle, qui n’a pas le BAC et à appris sur le tard. Pourtant, je ne relevais pas. Je n’ai jamais pensé que j’étais supérieure, au contraire je voulais apprendre et progresser. Puis un matin, « on va te mettre ailleurs ». Qui ça, « on » ? En fait c’était « elle ». Le coin en question ? L’ancien local à bagage des élèves à l’autre bout du couloir : pas de fenêtre, pas de chauffage, humidité, saleté. Bon, tant que j’ai du travail, je peux m’adapter. Dès les premières semaines j’ai noté des incohérences que je ne m’expliquais pas. Je n’avais jamais accès aux dossiers des élèves, pas accès à la boite mail, et les appels étaient toujours reçus sur son poste, jamais le mien. Mais je devais comprendre que « Françoise a ses habitudes, cela fait deux ans qu’elle est là, elle aime pas qu’on touche à son organisation ». Ah, mais j’ai pas été embauché pour la soulager ? Bon, cela a commencé à me puer au nez. J’ai tenté d’exprimer mon incompréhension à la directrice plusieurs fois, en vain. Ce que je n’avais pas encore compris, c’est que la directrice ne pouvait plus se passer de la secrétaire tellement cette dernière s’était rendue indispensable. Mais pourquoi cette embauche alors ?

Petit à petit les choses se sont dégradées. Après quelques jours d’absence suite à un accident, je suis revenue dans une ambiance délétère. Des bonjours pincés, une directrice qui m’évite (fermer sa porte quand on entend la mienne s’ouvrir par exemple), mais surtout, plus de travail. Je ne suis plus tenue au courant de rien. Je dois réclamer tous les jours auprès de la secrétaire (même pas de la directrice qui pourtant, partage le même espace) que l’on veuille bien me donner une tâche. J’en suis arrivée à être contente de faire des courriers. Bac+ 3 fois deux, pour faire des courriers. Que l’on me reproche de mal faire en plus de ça. Mais attention, je n’ai pas le droit d’ouvrir celui que l’on reçoit en revanche. Je ne parle et ne vois plus personne. Je suis littéralement mise au placard, au sens propre comme au figuré.

Depuis maintenant trois mois, c’est le néant. L’ennui mortel. Je ne comprends pas ce que je fais là, je fais juste acte de présence. Je coule tranquillement vers un état dépressif et je ne sais plus quoi faire pour m’occuper ne serais-ce qu’un peu. Plus personne ne me parle, j’ai même parfois le droit à des « t’es là toi ? ». Oui, tous les jours. M’en moquer ? Non je n’y arrive pas. Parce qu’en plus de subir cette mise au placard injustifiée, je trouve le moyen de culpabiliser, de me plaindre. Parce que j’ai un travail, moi. Mais être payer à rien faire, c’est terrible. On se sent comme une merde. Une moins que rien.

J’ai encore 4 mois à faire, je ne peux pas me permettre de démissionner, d’abandonner et de les laisser gagner, mais je suis désespérée.

 

Illustration : CC-By Michael Gil

5 thoughts on “L’ennui mortel

  1. Bonjour, Collègue de psycho et de CUI…
    Avez-vous été à l’inspection du travail pour demander conseil ? Je trouve cela vraiment bizarre que l’on ne vous laisse pas accéder à des informations importantes pour votre tâche. Sans vouloir tomber dans le complot facile… Et l’état de votre bureau n’est clairement pas salubre. Même si vous ne les attaquez pas de front, aller chercher des conseils à l’inspection, et les signaler par la suite pourrait être une bonne chose, ne serait ce que pour votre état mental. J’y étais allée plusieurs fois et cela m’avait fait du bien de discuter avec des professionnels.

  2. Ramène ta maison sur place, continues tes études sur place, fait tout sur place, limite ta popote s’il le faut. Des mecs qui te foute au placard pour rien, autant jouer le jeu du plus con. Tu signes rien jusqu’à la fin, et à la fin tu parts en ayant taffé pour ta pomme, en leur faisait des gros doigts en partant.

  3. Si j’ai bien compris tu as une licence en psychologie, en effet ça ne vaut rien pour trouver du travail aujourd’hui, mais pourquoi ne pas continuer sur un Master qui te donnerait le titre de psychologue?
    Ou continuer sur un master ta licence dans les ressources humaines? Ou bien passer des concours type fonction publique auxquels tu as droit avec une licence? (En profitant du temps de travail où on ne te donne rien à faire pour bosser pour toi)
    Tu te sens couler dans un état dépressif?, un seul conseil : fais toi aider, n’attends surtout pas, prends rdv en cmp, fais un travail avec un psy sur l’affirmation de soi ou autre, parce que quand on en vient à culpabiliser alors que c’est les autres qui ont tort, les autres utilisent ce sentiment et l’exploitent sans vergogne, de la même manière que dans ton premier job ils ont utilisé le fait que tu ne disais jamais non..jusqu’au burnout. Les petits chefs exploitent toujours les faiblesses de leurs employés, ne leur donnons pas cette chance!!!

  4. Je te rassure. Tous les jobs ne sont pas comme ça. Tiens bon. Je te conseille de prendre ta place dans ton futur job. Personne ne peut te faire vivre un enfer si tu t’imposes et mets des limites… Ne te ruines pas la santé pour ça. Même si ce n’est pas évident aujourd’hui, tu trouveras ta place.

  5. Il faut profiter de ce « temps libre » pour chercher ailleurs… Malheureusement je pense que la dernière solution est de s’enfuir… Ou essaye de construire ta micro entreprise avec ton diplôme en psycho si ça te plait. Ça sera toujours mieux que ce que tu vis actuellement… En tout cas, bon courage pour la suite, ne te laisse pas abattre par le travail, tu vaux mieux que ça ! 🙂

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