« J’en veux à la terre entière qui pense qu’on ne peut… Qu’on ne DOIT pas prendre de plaisir en travaillant… »

Je suis graphiste, illustrateur… Du moins j’aime encore le croire… Je vais avoir 30 ans le mois prochain et je considère cela comme une défaite…

Déjà parce que dans ma branche, la jeunesse semble être une qualité importante (j’ai vu des annonces d’embauche dans des salons étudiants qui demandaient 5 ans d’expérience) mais aussi parce que je suis encore le cliché du petit jeune qui galère.
Dans ma vie, j’ai livré plus de pizzas que de logos, j’ai fait plus de hamburger que d’illustrations…

Après 6 ans d’études il m’a fallu attendre pour décrocher un contrat. Un truc dans une entreprise qui malheureusement n’a pas su me former. De fait, il ont du me remercier. Je ne leur en veux pas… J’en veux au système absurde dans lequel je vais devoir me replonger.

Celui du marché de l’emploi, celui qui croit encore que détenir un diplôme permet de travailler. Celui qui nous oblige à faire des lettres d’amour/motivation enflammées toutes sur le même modèle pour des entreprises qui se foutent de nos efforts et de notre intérêt sincère et qui nous enverront, nous et nos espoirs à la poubelle, ou égarés sous la pile de papiers d’un ou d’une secrétaire bordélique.

Ce système qui se permet de me dire « vous avez démissionné d’un poste pourri pour un poste mieux payé, et vous avez commencé à travailler 50 minutes plus tard, ok, mais vous avez « dé-mi-ssio-nné »… Donc vous n’avez aucun droit… », ce système qui nous culpabilise de ne pas bosser mais qui nous fait savoir que personne ne veux de nous… Ce système qui nous fait croire qu’espérer un salaire c’est être vénal, et que la passion est à la fois critère d’embauche et prétexte à une sous-rémunération.

J’en veux à la terre entière qui pense qu’on ne peut… Qu’on ne DOIT pas prendre de plaisir en travaillant... Et que plutôt que d’échanger de l’énergie contre un salaire, en réalité, nous devons échanger des heures à faire la gueule contre une rémunération.

Au yeux de beaucoup, le travail n’est pas « produire de la croissance », le travail c’est « être à son poste alors qu’on voudrait être ailleurs. » Et que si on y trouve plaisir et motivation, alors on ne travaille pas.

J’ai choisis trois expérience à partager avec vous.

La première concerne un CDD en tant que vendeur dans une boutique dans un cinéma belge. Je prenais le poste d’une jeune fille licenciée car incapable d’expliquer un trou de 400€ dans sa caisse.

En plus du reste de l’équipe, quatre collègues se succédaient à ce poste, et il m’arrivait, par bonne volonté de filer un coup de main pour ouvrir une salle, nettoyer des sièges etc.

Nous étions sous la supervision d’une petite cheffe de 5 ans mon ainée qui avait mis en place une organisation très simple : Un cahier où devait être écrit les taches réalisées et les taches à faire le lendemain. Très vite nous avons été incités à faire de la délation sous forme de « mon collègue précèdent n’a pas fait ceci, ou n’a pas nettoyé cela. » Chose à laquelle je me refusais.
Il était possible qu’un problème ne soit pas résolu par ordre de cette cheffe afin que le coupable corrige lui même ses erreurs et se fasse mettre le nez dans son « caca », Et ce même si la personne ne revenait pas avant une semaine. Je préférais, surtout lorsque ça concernait l’hygiène du magasin (par exemple, sirop de soda renversé sur le sol de la réserve), solutionner le problème tout de suite, ne rien écrire dans le cahier et en discuter avec la personne ayant commis l’erreur. Ce qui me fut maintes fois reprochée.

Cette ambiance très saines était aussi très souvent ponctuée par les réprimandes de notre supérieure qui ne pouvait considérer que l’on prenne du plaisir en travaillant et nous rappelait à l’ordre au moindre sourire ou à la moindre plaisanterie faite entre collègues.

Très vite, étant le seul homme dans une équipe de femmes, une espèce de sexisme étrange s’est mis en place, afin de me faire sentir que j’étais un homme donc j’étais macho, donc j’étais sexiste. Ce qui me valu un rabaissement constant de mes capacité à travailler et semble il a utiliser mes facultés intellectuelles.

Le soir, la recette devait être placée dans des tube pneumatiques lesquels partaient dans une chambre forte, sauf pour un jour de la semaine où des convoyeurs venaient récupérer l’argent. En ce cas, la recette était mise dans un sachet et placé dans un coffre fort par le responsable.

Un soir que je finissais après quelques heures sup’, une responsable et moi même comptions l’argent avant de le placer dans le coffre, lorsque nous trouvâmes, tombé dans les interstices du coffre, un sachet contenant 400€ et signé par la jeune fille licenciée avant mon arrivée…
A ma connaissance, rien n’a été fait pour lui présenter des excuses, ou même lui donner réparation.

Je dus quitter cet établissement à la fin de mon CDD, Je me souvient avoir longtemps demandé si oui ou non mon contrat était reconduit, au moins deux mois avant la date d’échéance. J’ai fini par avoir la réponse (négative) une semaine avant… Avec comme gentillesse « On te laisse une semaine, ça te laissera le temps de te retourner ».

Toujours dans les galère, j’ai fini par croiser les offres d’embauches d’une enseigne de fast food laquelle fait son retour dans le pays.

Je vais passer sur les aberrations et normes d’hygiènes pas toujours respectées dans l’établissement où j’ai séjourné pour faire état d’un évènements qui m’a pour le moins choqué. (un parmi tans d’autre).

Étant barbu, il m’a été demandé de tout ratiboiser pour pouvoir travailler. Cela a été fait durant la formation au poste, formation durant laquelle les futurs responsables du magasin ont eu à gérer une affaire de harcèlement sexuel entre collègue sans jamais réagir et s’étonner deux semaines plus tard que la jeune victime (pourtant en pleurs devant eux) ne revienne plus.

Quelques temps après, avant l’ouverture, il nous à été demandé de nous aligner devant le comptoir. Un temps durant lequel les managers nous ont regardé, amusés, en nous montrant du doigts et en échangeant des « Ah… lui ! » , « Ah… Y a lui aussi ! »
Il a ensuite été demandé aux personnes désignées de faire face à leur collègues et d’entendre : « Alors ces messieurs, ils sont mal rasés… Vous voyez ? là… Donc ce qu’il vont faire c’est que aujourd’hui, ils vont pas travailler, il vont rentrer chez eux… Ça leur servira de leçon et ça servira d’exemple pour tout les autres… Hihi… »

Tous sont donc partis au vestiaire, sauf votre serviteur, qui à jugé bon d’aller s’expliquer avec la directrice de l’établissement en lui signifiant qu‘il n’était pas un enfant, qu’elle n’avait pas à l’éduquer, qu’elle n’avait aucunement le droit de le donner en spectacle de la sorte, et qu’il était hors de question qu’il abandonne des heures de travail selon son bon vouloir et sur son jugement purement subjectif (je vous prie de croire que j’étais, lavé, propre et totalement glabre du visage.).

Dans ce restaurant, la salle de repos faisait 4m², était occupée par des cartons et des produits d’entretiens. Ses murs étaient tapissés de feuille A4 anxiogènes rappelant aux employés des points essentiels du règlement (comme de ne pas communiquer à propos de ce qu’il se passait en cuisine sur les réseaux sociaux), et toujours accompagnés de menaces et de sanctions écrites en rouge et allant parfois jusqu’aux poursuites judiciaires.

J’ai fini par quitter cet emploi malsain pour un autre CDI, lequel consistait en l’acheminement de produits pharmaceutiques et de parebrises dans une tournée quotidienne.
Le patron, un homme malingre d’une soixantaine d’année s’est très vite fait passé pour un pauvre malheureux pris à la gorge par ses employés.
Son entreprise, sous traitante, était en concurrence avec une autre boite de livraison qui travaillait en même temps que nous. Très vite, j’ai compris (ou plutôt on m’a fait comprendre) que les erreurs que je commettais (trop souvent à mon gout) étaient dues, non pas à ma maladresse, mais à ces collègues concurrents qui sabotaient mon travail (Vol de clef, dissimulation de produits, destruction de médicaments dans mon camion lorsque j’allais aux toilettes etc).

Très vite, aussi, le patron, m’a désigné un phare arrière sur le camion, brisé, et que je n’avais jamais vu en bon état. Ce phare cassé m’a été reproché une semaine après le début de mon contrat, on m’a fait savoir qu’il n’y avait pas d’argent pour le réparer. Néanmoins, j’ai fait les deux mois de ma période d’essais sans encombres, sympathisant avec les clients si bien que certains ont tenu à me mettre sur mes gardes, me faisant savoir que « chez Machin, les chauffeurs, ça tourne pas mal… » Je ne tenais pas à m’encombrer de nouvelles inquiétudes, déjà bien assez stressé par ma fragile et précieuses cargaison, et par ces rues décidément trop étroites.

Je n’ai donc pas été surpris de voir l’homme répondre un jour à mes salutations par l’ouverture d’une enveloppe, m’annonçant d’une voix peu assurée que « Fin de période d’essai, merci au revoir » et me reprochant donc, à la fin de la période, le bris surnaturel du phare survenu en début de collaboration. (survenu selon moi bien avant). Bref, mes compétences de conducteur étaient remises en questions, après deux mois à m’avoir laissé conduire quotidiennement… Quand j’ai soulevé ce point, on m’a fait savoir que des gens qui avaient le permis et qui cherchaient du boulot, c’était pas ça qui manquait…

Au final mon CV commence à se remplir, à déborder même.
Ce ne sont ici que quelques anecdotes choisis dans un océan de galère. (Je peux en raconter d’autre si le cœur vous en dit).

Je suis un Peter Parker de trente ans incapable, et de vendre ses photos/illustrations, et de trouver un emploi digne et stable.
Je suis un graphiste, un dessinateur, un illustrateur. Autant dire qu’aux yeux du monde du travail je suis un saltimbanque.
Il m’est arrivé de faire des logotypes à 75€ (300€ minimum pour un logo normalement…) pour la simple raison que je devais remplir ma gamelle, avec la sensation de brader des passes. (et encore, je suis heureux de ne pas encore en être là)

A mesure que je tourne en rond dans mon appartement, fatigué de diffuser des CV, d’écrire des lettres de motivation qui prennent 1000 fois plus de temps à être produites qu’à être mises à la poubelle. Je ne peut que m’accrocher au fait que… En principe, les opportunités ça se crée… Mais il faut croire que ça ne suffit pas.
Chercher du travail est déjà un travail en soi, et à force de portes closes, je ne sais plus si vraiment, je vaux mieux que ça.

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