« Je peux pas supporter d’être sous-payée »

Je m’appelle I. J’ai 20 ans.

Cette année j’ai fait une pause entre mon BTS et la fac, pour mettre de l’argent de côté et pouvoir partir un peu à l’étranger.
Donc j’ai travaillé. Enfin, d’abord j’ai cherché du boulot. J’avais un BTS gestion forestière mais aussi le BAFA et je ne me sentais pas de travailler en forêt, je me suis donc tournée vers un travail proche des enfants.

Et j’ai cherché. Cherché, cherché. Cherché encore. J’ai pas trouvé. Pourtant je faisais pas la difficile, j’ai postulé en tant que caissière, au ménage, j’ai mis de annonces pour du baby-sitting : on m’a dit qu’à 7€ de l’heure j’étais trop chère. J’avais eu des entretiens d’embauche assez prometteurs mais à 5h par semaine à 80 km de là où je logeais ? Oh d’accord, l’idée c’est que je m’endette pour payer mon essence non ?

Et puis j’ai finalement réussi à trouver dans une cantine et chez des gens en aide à domicile. Et pendant les vacances j’ai travaillé dans une Maison de l’Enfance. Et j’ai adoré. L’ambiance de travail était géniale, je m’entendais super bien avec mes collègues, la direction était super, les enfants trop attachants…
Mais j’étais en CEE. Vous ne savez pas ce qu’est un Contrat Engagement Éducatif ? Moi j’appelle ça le Contrat Bonne Poire. En fait le deal c’est que vous faites des journées de 10h (minimum) et vous êtes payé 17€ la journée.
17 EUROS LA JOURNÉE DE 10 HEURES.

Ah ça, quand on a 17 ans et qu’on arrive au premier stage BAFA, on se garde bien de nous le dire… Je suis désolée mais ça il n’y a pas besoin d’être bon en maths pour savoir que ça fait pas cher payé. J’en ai les larmes aux yeux, putain j’aime mon boulot mais je peux pas supporter d’être sous-payée, vous imaginez même pas les responsabilités qu’on a sur les épaules quand on s’occupe d’enfants – aussi adorables soient-il – et si cette foutue loi passe, on aura juste le droit, nous animateurs, d’être payés 5 euros la journée et de fermer notre gueule parce qu’on sort du lycée et « ça va franchement y’a pire ».

Alors c’est pas parce que nous les « anims » on a entre 17 et 25 ans pour la majorité d’entre nous et qu’on travaille pendant nos vacances (souvent pour pouvoir tenir pendant l’année scolaire et nous acheter des pâtes), qu’on est en vacances pour autant. J’insiste sur le fait que ce boulot est épuisant et qu’on est sous-payés. On vaut mieux que ça.

Je m’appelle I. J’ai 20 ans.

 

image via www.flickr.com

15 thoughts on “« Je peux pas supporter d’être sous-payée »

  1. Le Contrat d’Engagement Educatif est, comme son nom l’indique, un ENGAGEMENT en partie au service de la communauté. Le BAFA n’est pas un diplôme mais un brevet qui permet de faire de l’animation VOLONTAIRE. En retour, c’est une façon de vous faire une première expérience de travail relativement facilement. C’est en plus souvent un cadre de travail plaisant (vous avez vous même apprécié) Ce qu’il faut savoir également, c’est que si on devait payer les animateurs au SMIC, cela aurait une répercussion sur les tarifs appliqués aux familles (d’autant que la tendance des subventions n’est pas à la hausse) résultat: de nombreux enfants n’auraient plus accès à ces structures de loisirs déjà trop chères pour un certain nombre. Il y a fort à parier que bon nombre des enfants « attachants » et « adorables » que vous avez encadrés n’auraient pas pu avoir accès à ce type de loisirs (et encore, ça c’est en imaginant que la structure dans laquelle vous avez travaillé n’aurait pas purement et simplement fermé). Et de mon point de vue, ces enfants, ils valent mieux que ça aussi. Du reste, je ne sais pas de quelle loi vous parlez avec cette histoire de 5euros la journée.

    1. > VOLONTAIRE
      Encore heureux qu’on ne soit pas forcé.

      > En retour, c’est une façon de vous faire une première expérience de travail relativement facilement.
      Ce n’est pas pour ça qu’on doit être sous payé.

      > C’est en plus souvent un cadre de travail plaisant.
      Pardon ? Désolé j’aurais dû travailler à l’usine.

      > Du reste, je ne sais pas de quelle loi vous parlez avec cette histoire de 5euros la journée.
      Pareil j’aimerais bien savoir à quoi cela fait référence.

    2. Donc selon votre logique, il est normal de rémunérer un travail sous le minimum, car il s’agit d’un « engagement » ? Donc comme c’est du travail utile, indispensable, « au service de la communauté », c’est normal qu’il soit payé au lance-pierre. Comme du bénévolat quoi. « En retour, c’est une façon de vous faire une première expérience de travail relativement facilement. » Cet argument… Ce foutu argument que j’entends encore alors que j’ai 30 piges. T’es exploité comme un excrément humain mais tu dois dire merci parce que ça te fait « une expérience ». Une « expérience » qui rapporte gros à tes employeurs.

      « si on devait payer les animateurs au SMIC, cela aurait une répercussion sur les tarifs appliqués aux familles » Désolé mais si on a pas les moyens de payer quelqu’un, on l’emploie pas. Peu importe la raison. Si les familles veulent des animateurs pour s’occuper de leurs gosses, elles doivent accepter de payer, ou alors c’est à la communauté de le faire. Mais y a pas de raison que ces animateurs ne soient pas payés normalement.

      Entre les stages, les emplois aidés, et toutes les autres saloperies qu’on nous pond chaque année, le travail gratuit gagne du terrain. La valeur du travail baisse de plus en plus, et celle du capital monte. Ce qui rapporte, c’est pas de travailler, c’est de posséder. Travailler, pour de plus en plus de gens, permet même plus de se loger et se nourrir. Voilà la réalité que dissimule les discours condescendants dans le genre de celui de Nuliac, ou des politiciens et experts.

    3. Vous êtes drôlement gonflé, Nuliac.
      Alors comme ça, I. doit se contenter de 17€ par jour, pour que les enfants aient accès à cette Maison de l’Enfance ? Il n’y a plus de subventions ?
      Ca n’est pas son problème.
      Et ENGAGEMENT ? Engagement à quoi ? A être esclave ?
      Pour finir, payer des gens 1,70 de l’heure pour s’occuper d’enfants, c’est dangereux. Je n’aimerais pas confier mes gosses à des animateurs payés en pièces jaunes.

      1. Dans la mesure où c’est un choix et que cela permet, par effet de solidarité, de donner accès aux loisirs et à la culture à des enfants qui sinon, n’y auraient pas accès, oui. Je trouve même cela gratifiant.

  2. Alors là, non, ça suffit.
    Ça suffit de voir/lire/entendre tous ces gens qui font culpabiliser les animateurs. « Vous vous amusez », « vous êtes nourris logés blanchis (pour ceux en colo) », « ce sont des vacances payées », « ce n’est pas du travail ». Toutes ces remarques qui nient le fait que s’occuper des enfants, oui, c’est un travail. Ou encore « pensez à ces pauvres enfants qui ne pourraient rien faire », « les centres coûtent trop cher », « si on vous paie, ils ne pourront jamais rien faire ». Des répliques faisant culpabiliser des animateurs qui s’investissent.
    Stop. Arrêtons ces arguments fallacieux.

    Premièrement, le BAFA, c’est un diplôme qui coûte cher. C’est au minimum 500 €. 500 €. Un demi-SMIC. On paie pour avoir « cette première expérience de travail ». C’est également du temps. En tout, au minimum un mois de formation (les trois stages compris). Un mois que l’on prend sur son temps personnel pour pouvoir par la suite s’occuper d’enfants.

    Deuxièmement, sur l’argument de « cette première expérience de travail *relativement facile* ». Tout d’abord, j’ai beau avoir eu plusieurs années d’animation derrière mois, réalisées en parallèle de la fac et de petits boulots à côté, l’animation ne m’a jamais réellement servi sur mon CV. Bah non, la plupart des employeurs s’en fichent. Il faut dire que c’est « relativement facile ».

    Oui, c’est facile en colo de se lever tous les matins à 7h et se coucher au plus tôt à minuit. C’est facile d’avoir un seul jour de congé par semaine, qu’on passe à dormir tellement on est crevé. Et qu’on ne sait jamais quand on peut poser. Bah oui, il ne faudrait pas qu’on soit en sous-effectif. Et je vous avoue, que 10 jours sans congés, c’est fatiguant. Les 35h ? Ça n’existe pas. Quand on revient de colo, la première chose que l’on fait, c’est dormir. On sait qu’on sera crevé pendant trois jours. Mais – suis-je bête – nous sommes logés/nourris/blanchis. Parlons-en.
    Logés : on dort dans des chambres, à côté des enfants, au cas où ils se réveilleraient en pleine nuit. Et dans ce cas, même si on s’est couché il y a une heure, on se lève et on va consoler Brian. On va même lui faire prendre une douche et changer ses draps s’il a fait pipi au lit.
    Nourris : les enfants doivent se nourrir d’abord. On prend les restes. Et les fameux cinquième (le repas que l’on fait le soir lors de la réunion), bah, en fait, j’en ai très peu fait.
    Blanchis : j’ai généralement fait ma lessive. Le soir. Après la réunion. Et si les machines étaient vides.
    Mais bon, la journée, on la passe à s’amuser, hein.

    On doit faire en sorte que les enfants s’amusent et apprennent en même temps. On passe notre temps le soir à imaginer les activités du lendemain. Histoire que ce ne soit pas une garderie. Pour que justement les enfants profitent de leur vacances. On leur apprend à couper leur viande, à faire du vélo. On leur apprend à devenir autonome, on leur montre qu’on leur fait confiance quelque soit leur âge. On gère les problèmes du quotidien. On doit respecter les besoins de chacun tout en pensant collectif. Et puis, bon, gérer une vingtaine d’enfants, c’est facile, hein. Et surtout, on doit assurer leur sécurité.
    On pense « enfant » avant tout. Le côté « vacances faciles à se dorer la pilule », je ne vois pas trop où il est. A chaque colo, les anims tombent malades. Ou se blessent. On est tous sur-sollicités.

    Sur les centres, ou encore en périscolaire, il est vrai que les horaires ne sont pas les mêmes. Mais il faut toujours s’occuper des enfants. Prendre soin d’eux. Ce qui est, je crois, primordial. Et je pense que la plupart des parents sont d’accord avec moi.

    Troisièmement, sur l’argument du « si vous êtes payés au SMIC, vous serez trop cher, les enfants ne partiront plus ». De qui se moque-t-on ? En colo, le personnel technique (ceux qui font la cuisine et le ménage) – et qui sont aussi nourris, logés, blanchis pour certains – est payé au SMIC. Et le directeur se doit de respecter leur 35h. Donc des gens sont bien payés au SMIC, avec le droit du travail intégralement respecté.
    Personnellement j’étais payée 30 € bruts par jour. TRENTE EUROS BRUT PAR JOUR. Pour des journées de 7h à minuit. Avec un jour de congé payé par semaine (mais, comme je l’ai dit plus tôt, pas pris automatiquement). Et les stagiaires ne sont généralement pas payés.
    Quand je vois les prix de colos privées, j’ai honte. Honte qu’on fasse payer autant les parents. Honte quand on voit notre feuille de paie à la fin du mois. J’ai honte quand je vois qu’un directeur – qui est responsable légalement de tous les enfants et d’une grosse équipe d’adultes – gagne à peine plus.
    Et je suis ulcérée qu’on nous dise, à nous, ces gens qui essaient d’amuser et d’éduquer des enfants, qu’on est trop payé. Qu’on en demande trop. Qu’on devrait être bénévole. Que c’est du plaisir. Arrêtons cette culpabilisation. Car, à chaque fois, on investit tout notre être dans ces séjours. Pour une obole. Et pour une expérience professionnelle non reconnue.

    Il est vrai qu’on s’amuse en étant animateur. Sinon on ne fera pas ce boulot. Parce qu’on ne peut décemment pas vivre avec notre « paie » et qu’on s’use la santé. On est passionné. Mais finalement on est obligé d’arrêter. On perd des animateurs géniaux parce qu’ils doit vivre. Vivre décemment.

    Mais il faut croire que s’occuper des enfants, ce n’est pas un travail.
    C’est quoi alors un travail ? Rester derrière un ordinateur ? N’est-il pas plus important de s’occuper des enfants, notre avenir à tous ?
    Dans notre monde, il vaut mieux laisser ceux qui s’occupent des enfants à la dérive. Et enrichir des compagnies comme Apple. Eux, au moins, ils servent à quelque chose.
    Nous, on n’est rien.

  3. Alors c’est intéressant comme question cependant cela dénote réellement les intérêt économiques d’une nation et du marché pour lequel l’animation n’a strictement aucune valeur alors que ce travail se base tout de même sur le social et la mixité culturelle, censé être la pierre angulaire de toute société fonctionnant correctement. on l’oublie facilement mais le rapport inter-individus et le rapport à l’inconnu est tout de même au centre de nos vies à tous, se pencher plus particulièrement sur la question fait parti du job de l’animateur.

    Je suis actuellement en CQP Animateur Périscolaire et ça changera rien au fait qu’on soit payé au lance pierre avec des horaires improbables. (déjà rien que là je travaille pour une association en étant rémunéré par un maigre butin des subvention régionales associé à mon RSA, j’me plains pas, je constate).

    T’auras beau évoquer la réalité du terrain, on vaut mieux que cette réalité que le rapport à l’argent de nos société nous impose.

    Raisonnement par l’absurde : C’est comme si un esclave se plaignais à son maitre qu’on le paye pas. Là, on lui sort que tout les autres maitres ne payent pas leurs esclaves, que de toute façon si on se mettais à les payer ben ça augmenterais le prix de la canne à sucre et que donc d’autres ne pourront pas avoir de canne à sucre parce qu’elle est devenue trop chère puis qu’encore c’est cool et pas compliqué comme tache d’esclave, tu peux goutter la canne à sucre en plus tu vois que c’est bon puis franchement faut pas déconner c’est toi qui a choisi d’être esclave. ouais mais en même temps travailler la canne à sucre ça ne se fait que sous esclavage et c’est ce que j’aime faire, j’ai pas le droit de condamner l’esclavage tout en aimant cultiver la canne à sucre? Non mais t’es fou! après plus personne ne pourra manger de sucre, c’est terrible!

  4. Oui enfin bon plus on tire les salaires et les prix vers le bas plus l’écart entre riche et pauvre se creuse à richesse constante, sachant que nos gentils riches s’enrichissent chaque année on se retrouve avec un gaps encore plus important, en prenant en compte que l’écoomie française grossit cela veut dire que le pouvoir d’achat des riches augmente.. On a des riches plus riches que riche et des pauvres prêts à tous pour un sous pour survivre !

    Sinon tout va bien 🙂

  5. A combien de (souvent) jeunes animateurs ai je eu à réexpliquer que l’animation vacataire reste une exception dans le monde du travail! Pourquoi? Car ce travail est issu d’une longue histoire, celle de l’éducation populaire, avec une nette culture de l’engagement et du militantisme. Le CEE a fait suite à l’annexe 2 de l’animation, permettant notamment aux employeurs de limiter les abus sur certains postes.

    Alors, certes, je suis aussi passée par où vous êtes passée car quand on chérie un métier dont la réalité salariale ne laisse pas présager autre chose que la précarité, c’est franchement dur pour bouffer, pour l’égo, et aussi pour le rêve d’ascension sociale. J’ai été pendant 3 ans animatrice sous contrat précaire, car je n’avais que le Bafa, et votre âge aussi!

    Mais dans la réalité de l’animation volontaire, il perdure la notion d’engagement, pour laquelle également, si on était sur une rémunération au moins au smic des animateurs, les organisations ne pourraient simplement pas les payer, elles même fonctionnant par subventions.

    Il me semble être encore « jeune », j’ai 35 ans, 17 ans d’animation derrière moi, en poste comme animatrice professionnelle (niveau 3), j’ai bossé en animation volontaire sous l’annexe 2, en CEE par la suite , jusqu’a mon dernier contrat sous ce statut il y a 5 ans, contrat que j’ai accepté car il fallait bien que je bosse . Contrat aussi pendant lequel je me souviens que des animateurs qui certes, bossaient, enfin, plus ou moins selon leur propre conception éducative et pédagogique, se plaignaient de leur salaire, réfléchissant en taux horaire alors que in fine, le CEE est un statut bien particulier qui légifère une exception aux contrats ordinaires! Pour ma part, il y a eu un râté dans l’information du statut du CEE en formation Bafa, ou encore une mauvaise compréhension de ce statut par l’animateur lui même.
    Revendiquer de « valoir mieux que ça » dans ce cas précis, c’est à mon sens aussi ne pas s’être suffisamment informé sur cette branche bien spéciale…et comme l’a mentionné le commentateur précédent, c’est mettre de côté la réalité du sens de l’animation , que les enfants, les jeunes, valent aussi mieux que ça (c’est à dire que rien du tout).

    Enfin, je suis très loin de vouloir tirer vers le bas les professions du socio culturel et du social, mais notez que même en tant que professionnel, une fois diplômé, on est rarement hyper bien payé, exception faite de certaines conventions collectives comme la 61. Mais il faut être diplômé, c’est a dire, avoir fait 2 à 3 ans d’études selon le diplôme visé!
    Rien a voir avec 21 jours de formation Bafa et 14 jours de stage. Le CEE permet aussi de ne pas tirer tout le domaine de l’animation vers le bas, en limitant sa durée à 80 jours maximum par an par animateur. Si ce domaine vous plait, foncez, formez vous, et vous verrez que ce statut CEE via le Bafa vous aura aussi servi à avoir une expérience avec un ou des publics.

  6. Toujours se méfier des contrats aux intitulés du type « engagement éducatif » ou « service civique »… : la crème vous parait appétissante, mais elle sera en réalité indigeste à avaler…

    Quant à ceux qui justifient ce genre de contrats au rabais proche de l’esclavagisme, voir pire dans la mesure où le revenu tiré de la contrepartie de ce travail ne permet même pas de se loger, de se mouvoir et de se nourrir convenablement ; par le biais de l’engagement vis à vis d’enfants, on peut leur rétorquer que ce n’est pas à ceux qui n’ont pas d’enfants de se sacrifier pour ceux qui en ont, et qui n’ont pas les moyens de leurs loisirs.

    Soit les parents, individuellement, n’ont pas les moyens de payer le juste prix de ces services, avec les salaires minimums qui vont avec, soit ils se bougent pour que l’argent public prennent correctement le relais. Ce n’est pas aux travailleurs de servir de variable d’ajustement. On peut aimer les enfants sans pour autant bosser pour moins d’un demi smic.

    Après tout, l’argent public sert bien à faire des guerres, à provoquer et à déstabiliser des pays qui n’ont rien demandé. Donc de la monnaie, il y en a.

  7. Aux derniers commentaires,

    J’essaie un peu de nuancer et de prendre le problème dans sa globalité concernant le « métier d’animateur » (car, celui là, il est pas tout simple du tout).

    Ce qui faut aussi prendre en compte, c’est la difficile nuance et existence de ce métier, animateur BAFA ou professionnel.

    NON le contrat d’engagement éducatif n’est pas de l’esclavagisme! La dérogation au droit du travail est légale et à ce que je sache, l’esclavagisme est une domination d’une personne sur une autre, sans consentement. Logiquement, quand on signe un contrat, on est consentant, pas embauché de force…

    Que ce statut et la paie soient vécus comme mal valorisés et sous payés, OUI! ça se comprend, et objectivement, en comparant à n’importe quel autre job (sauf distributeur de prospectus!), c’est mal payé, point barre!

    NON et je vous rejoins! Le CEE ne permet à personne de vivre, c’est une dérogation du droit du travail, qui ne devrait pas être assimilée à un métier alimentaire;

    – 80 jours par an maximum pour CEE : ça vise donc principalement le profil étudiant, qui bosse pendant les vacances scolaires, pas quelqu’un qui bosse à l’année là dedans! Il y a de la dérive et la principale, c’est celle de pouvoir embaucher sous CEE les animateurs en TAP, faute de leur proposer un vrai contrat à 100% dont un temps TAP….

    – 17€ minimum par jour : c’est un minimum! il y a donc aussi des structures qui paient plus! ça casse jamais des barres, mais bon, c’est comme tout boulot, faut se renseigner et se vendre (plus facile a dire qu’a faire!)

    – La notion d’ENGAGEMENT : c’est ici du militantisme, car les colos, les centres de loisirs sont issus des mouvements militants religieux OU laïcs. A la base, au début du siècle, quand ces mouvements ont vu le jour, (1936 Front populaire) c’était aussi une alternative à l’école institutionnelle, chose qui a changé en 46 avec la mise en place des formations Bafa et BAFD.
    Heureusement que cette notion reste présente, même si il y a aussi , et ça je l’entends bien, une inadéquation entre l’époque ou y’avait quasi pas de chômage, et ou qu’on soit ouvrier ou rentier, on pouvait donner de son temps en se logeant et en mangeant, et actuellement…ou le chômage oscille autour des 10% avec un fort accroissement des classes moyennes, et une précarité grandissante!

    – L’autre point sur la notion d’ENGAGEMENT, c’est qu’elle a aussi bougée dans le temps avec les acquis sociaux, la massification de la consommation et l’avénement de la classe moyenne. Les lieux historiques de l’engagement ont bougé, les syndicats ont vu leur nombre dépérir, les associations d’éduc pop aussi…. pas étonnant que ça parle pas à tout le monde. Personnellement, plutôt que taper sur le statut du CEE, je taperai plutôt sur la récupération des Services Civiques Volontaires qui ont permit à pas mal d’employeurs de faire des économies sur des postes qui nécessitent pourtant de l’expertise et une formation en embauchant des jeunes sur quelques mois pour 500 ou 600€ si je ne m’abuse…

    – Le flou artistique entre ANIMATION VOLONTAIRE ET PROFESSIONNELLE : Le « métier » est donc récent et pour info la professionnalisation de l’animation date de 1968 (1er BEATEP, ex BPJEPS!, et 1er DUT carrieres sociales option animation sociale et socio culturelle) – si je dis pas de connerie! Aujourd’hui, le Bafa et le BAFD sont portés sur la jeunesse et les loisirs, les autres diplômes de l’animation peuvent toucher d’autres domaines et publics, dont des adultes, l’insertion, la solidarité, la culture…etc etc. Depuis 2002/2003, avec la réforme LMD sur l’enseignement supérieur, sont venues se greffer tout un tas de formations supérieures relevant de l’animation, allant du niveau BAC à la maitrise…et toutes ne sont pas reconnues par les employeurs. Ca reste compliqué de trouver un job « stable et à peu prés bien payé » même en étant diplômé.

    – sur la rémunération des professionnels, C’EST PAS MIEUX. Tout un tas de structures embauchent sous CAE/CUI (j’ai signé ça un jour!), ou le diplôme n’est pas valorisé. Des structures embauchent encore des animateurs non diplômés sur des postes fixes alors au SMIC; l’animation est pourtant un métier bien particulier et sans amoindrir le temps passé, ni le sérieux des (bons) animateurs Bafa (car il y a aussi des boulets), il y a une nette différence entre l’animation d’activité et la vie quotidienne, et la conception d’un projet à long terme impliquant tout un tas d’acteurs et l’expertise d’un public.
    La FPH a reconnu seulement en 2014 le métier d’animateur en catégorie B. Par ailleurs, même avec un diplôme, selon ou on bosse, les écarts de salaire peuvent être énormes, allant du SMIC au double (les places sont rares).
    Cela dit, soyons aussi clairs : on est pas dans le mercantile même en étant diplômé et à temps plein.

    – le Bafa est accessible a 17 ans…. qui peut gagner plein d’euros a 17, 18 ans? Justin bieber? Et sinon? Bah sinon, y’a les autres domaines… mais pas sûr de pouvoir y trouver la même richesse d’apprentissage.

    – à savoir aussi qu’un formateur Bafa ou Bafd est souvent embauché sous ce même contrat. Et c’est aussi légal. Pourtant, je vous jure que c’est putain de formateur et putain d’intéressant. Alors hiérarchiquement, j’ai envie de dire, si on veut raisonner de façon pyramidale, on pourrait penser que c’est déguelasse; moi je trouve que non, du moment que je fais pas ça pour vivre.

    – Pour la petite histoire perso, j’ai eu tout un tas de contrats sous annexe 2 puis sous CEE. Le minimum que j’ai touché était de quasi rien (on me payait le stage 3 du Bafa en échange, on est en 2000, c’était y a longtemps!), à 25€/jour comme animatrice, dans les 30€ comme directrice.
    La meilleure gache que j’ai pu avoir (accrochez vous!), on m’avait refilé le plan! Comme directrice, je touchais 100€/jour! Les animateurs étaient payés dans les 70€/jour. 3 animateurs étaient non titulaires du Bafa, ils avaient été, recrutés par connaissance.
    Est ce que c’est logique? Sur quoi on peut payer un mec inexpérimenté 70€ par jour? Et même un directeur occasionnel 100€? Même expérimenté? Au temps passé? A ses objectifs? A son réalisé?
    Y a des critères pour être bien payé?

    Alors j’ai une petite question…

    Ce serait quoi la juste rémunération pour un animateur Bafa d’après vous?? Parce que moi, je ne sais pas!

  8. Animateur de profession depuis 16 ans moi aussi (pour les accusations de « culpabiliser les animateurs.trices » ou de dévaloriser leur travail, vous repasserez…) je suis étonné de voir le nombre de personnes ayant perdu le sens de la solidarité au profit d’un réactionnisme primaire. ENGAGEMENT, VOLONTAIRE, ça ne semble pas vouloir dire grand chose pour certains. Le fait qu’on puisse volontairement accepter de travailler temporairement sous un statut particulier pour une rémunération plus basse ne paraît pas effleurer l’esprit de certains commentateurs. Ce serait de l’esclavage? Que dire du bénévolat, alors? Interdisons l’économie sociale, du coup, fermons toutes les associations ayant recours à des bénévoles ou à des volontaires… Sans compter sur tout ce que cela peut avoir de ridicule (et d’insultant) de comparer l’esclavage à ce type de statut -une rapide relecture de la définition de ce mot devrait suffire.. S’il existait un équivalent du point Godwin avec l’esclavage, on en aurait décerné un paquet ici.
    Encore une fois, l’animation volontaire sous le cadre du CEE, ce n’est pas un « métier » ou un « travail » au sens où vous l’entendez -renseignez vous! Si vous voulez en faire votre profession, il existe des diplômes et vous serez alors payés à l’heure et au dessus du SMIC comme n’importe qui d’autre, comme le souligne Emilie (merci!). Ce qui est consternant enfin, c’est que dans votre hâte à condamner cette « exploitation », vous ignorez complètement les effets bénéfiques de ces tremplins d’insertion professionnelle pour ceux qui savent en tirer profit (la majorité). Ni le bénéfice social et économique pour la société civile. Il est écoeurant de lire des gens qui « s’indignent » fort opportunément qu’un animateur volontaire soit peu payé et qui dans le même temps avancent que les familles n’ont qu’à payer plus cher… et tant pis pour celles qui n’ont pas les moyens? Il est certainement dommage de voir ce que le rapport à l’argent dans notre société entraîne, mais je ne suis pas sûr qu’il soit à l’origine de l’existence du CEE. Par contre, c’est certainement ce rapport maladif à l’argent qui amène certains à ne pas concevoir qu’il puisse exister des opportunités de travailler à moindre coût ou gratuitement, dans la mesure où cela profite à la communauté. Etre volontaire c’est faire acte de solidarité. Si c’est pour le reprocher ensuite, mieux vaut ne pas le faire tout simplement: ce n’est pas comme si on n’avait pas le choix. Assumez le fait que vous n’avez pas envie de donner votre temps et laissez ceux qui souhaitent le faire tranquilles.

Laisser un commentaire