Une vie de travail

Toute une vie de labeur, mais pas encore l’âge de la retraite (j’aurai 58 ans en septembre).

Quelques pensées et analyses personnelles aussi.

Sur mon CV, je fais commercer ma carrière plus tard et ne mentionne pas le fait que j’ai commencé à travailler à 16 ans.

Très motivée et impliquée dans mes postes en début de carrière, je reste très professionnelle, mais je module ma motivation en fonction des salaires proposés et surtout, de l’attitude des employeurs, et du secteur d’activité.
J’ai accepté des salaires très en dessous pour des postes dans des associations, travail utile mais secteur à but non lucratif, donc, peu de moyens.

Malgré la difficulté à trouver un poste quand on a dépassé les 50 ans, il m’est arrivé de refuser des postes. Tout n’est pas monnayable.

J’ai accepté des postes mal rémunérés en début de carrière comme tous les jeunes qui débutent. Au cours de ma carrière, j’ai eu des postes très bien payés, rémunération en rapport avec mes compétences et les responsabilités qui étaient les miennes à certaines périodes.
Mais quand on me propose aujourd’hui le SMIC comme salaire uniquement parce que je suis une quinquagénaire…

J’ai une présentation très professionnelle et soignée, je ne suis pas d’une laideur repoussante ni en obésité morbide. J’ai eu un entretien avec une conseillère APEC qui m’a précisé (elle aussi) que je ne fais pas mon âge, que je donne une image dynamique, que mes compétences sont recherchées et que ma mobilité (au niveau international) et ma flexibilité (en intérim, j’accepte toutes durées de missions) sont des atouts. La seule chose qui ne va pas, c’est mon âge.

Certains recruteurs m’ont dit en entretien, que pour eux, une assistante c’est entre 25 et 35 ans… D’autres, que je n’avais pas « le physique du poste »… Voir un peu plus bas mon avis à ce sujet, même si j’avais ce « physique » il n’y a que mes compétences qui peuvent être sujettes à salaire.

J’ai accepté « la mobilité » des employeurs qui est en fait de la précarité. Une multitude de missions d’intérim et de CDD depuis juillet 2002 à l’issue de mon dernier CDI.
Les quelques propositions de CDI n’étaient pas acceptables, les niveaux de salaires beaucoup trop bas en comparaison des revenus en intérim et CDD.
Je me suis passée de vacances entre juin 2001 (1 semaine à Cuba) et août 2012 (3 semaines en Guadeloupe).

L’année dernière, j’ai répondu à une annonce par le biais d’un site de recrutement franco-allemand, pour un poste d’assistante trilingue, basé à Berlin, avec de fréquents déplacements sur Hambourg et Paris. Recruteur dans le secteur de l’immobilier, gérant de plusieurs SCI à Paris, propriétaire d’un hôtel à Hambourg, pour partie en travaux. Nécessité d’avoir un excellent niveau en Allemand et un niveau courant en Anglais.
J’ai eu une proposition d’entretien dans les 3 heures après ma candidature et j’ai rencontré le recruteur très rapidement. Très intéressé par ma candidature. Puis plus de nouvelles pendant 1 mois, pour me recontacter et me demander de me revoir en entretien 2 jours après. J’ai commencé le jour même de ce second entretien.

Le poste était plus complet que celui décrit dans l’annonce, la gestion des 6 SCI de Paris était à rajouter au reste. Le contrat ne pouvait pas être signé de suite car en cours de rédaction par le cabinet d’avocats de Berlin auprès duquel j’avais postulé. Le recruteur était très pris, beaucoup en déplacement. Il fallait réorganiser entièrement le bureau de Paris, mettre de l’ordre dans les dossiers, classer, archiver, au moins 6 mois de retard dans les encaissements de loyer. En attendant ce contrat, il m’a proposé de travailler à mi-temps, 4 h par jour, de 10 h à 14 h. Mais j’avais continuellement des mails de sa part, quelque soit l’heure, même tard le soir, avec les documents et/ou des mails à traduire. Le temps de travail effectif était donc bien plus important que les 4 h annoncées.

Devant mes demandes répétées concernant le cadre légal de mon poste, il m’a demandé fin de la première semaine de lui fournir mes certificats de travail, copies de diplômes et autres documents nécessaires pour me faire déjà un contrat sur Paris sur la base du mi-temps. La deuxième semaine, je ne l’ai vu que le jeudi, avec un décalage d’horaire à sa demande de 14 h à 18 h (prévus) pour terminer à 19h ce soir là à son retour de déplacement. Le lendemain, il est arrivé une demi heure avant la fin de mon temps de travail, pour prévoir des déplacements en banlieue éloignée la semaine suivante.

Et aborder mon contrat dans les 5 dernières minutes. Pour me proposer le montant de 1000 € brut !!! Motif ? Le marché du travail est morose pour les quinquagénaires et lui me fait l’honneur de m’offrir un travail intéressant dans un cadre agréable (16ème arrondissement) !!! Je lui ai fait un mail pendant le week-end et il devait me donner son point de vue et rediscuter le lundi. Le dernier jour de travail, ce lundi suivant, il était à nouveau en déplacement et devant mon refus réitéré d’accepter le salaire proposé lors d’un bref échange au téléphone, il m’a rappelé les déplacements à faire, m’a dit textuellement

« vous n’avez pas un autre poste qui vous attend demain, vous pouvez bien rester encore jusqu’à la fin de cette semaine, CELA VOUS FERA TOUJOURS UN PEU D’ARGENT »

comme si j’étais venue mendier !!!

Je vous ferais suivre si cela vous intéresse les échanges de mails suite à mon refus de ce niveau de salaire et au marchandage de mon solde de tout compte.

Je n’ai de ce fait travaillé que la seconde quinzaine de août 2015 pour cette personne. Le paiement de mon salaire pour cette courte période a fait l’objet de marchandages insupportables. Pour une personne qui roule en Porsche Cayenne 4×4, habite dans le 16ème arrondissement de Paris, il prétendait que son budget ne lui permettait pas de me rémunérer au niveau de mes prétentions et que 2000 € brut pour un plein temps, soit 1000 € brut pour un mi-temps, était le maximum qu’il pouvait faire.

Dans l’exercice de mes fonctions, j’ai eu accès aux listings de salaires des employés, y compris celui de l’assistante que je remplaçais et dont le salaire était équivalent à mes prétentions, pour ne travailler que pour l’hôtel en Allemagne, et non pas comme moi en regroupant également toutes les tâches des SCI de Paris.

Depuis, cette personne consulte une fois par mois mon profil sur viadéo, m’a envoyé un sms un dimanche soir début janvier pour me reproposer le poste. Mes prétentions étaient de 43 k€ par an, il proposait 30 k€. Je n’ai pas répondu. Quelques jours après, j’ai reçu un mail du cabinet d’avocats de Berlin, avec une proposition à 36 k€. J’avais fait faire une estimation de salaire par un site spécialisé pour les niveaux de salaire en Allemagne. Ce niveau, pour le type de poste tel que décrit plus haut et mes compétences et expérience, était de 55 k€.

Je pourrais vous faire suivre les sms et mail également si vous le souhaitez.

Je n’ai pas répondu non plus au mail. Même avec un niveau de salaire supérieur à ce que je demandais, je n’avais aucune envie de retravailler avec cette personne.

Mon analyse du marché du travail et de la société actuelle : les employeurs voudront de toutes façons toujours payer le moins possible pour un maximum de compétences et de charge de travail.
S’ils ont la possibilité de recruter des stagiaires sur-qualifiés pour les payer 400 € par mois, ils le font.
J’en ai côtoyés beaucoup dans mes différents postes, des Master 2, avec 6 mois de stages… Tous les contrats aidés mis en place par les différents gouvernements vont aussi dans ce sens, les aides et autres exonérations ne sont valables que jusqu’à un certain niveau de salaire, toujours inférieur à 2000 € brut.
Certains aimeraient faire faire des tâches « bénévoles » pour justifier leur maigre RSA, encore une façon d’exploiter les plus pauvres.
Ceux-là même qui vont les montrer du doigt à ceux qui travaillent au SMIC et ne s’en sortent pas mieux. Diviser pour mieux régner…

Toutes leurs explications ne tiennent pas la route, il n’y a pas assez d’argent pour payer les retraites, alors il faut repousser l’âge de la retraite ??? Et tous les jeunes qui cherchent du travail, et tous ces employeurs qui refusent d’embaucher au delà de 50 ans ?
Ce sont toujours les actifs qui ont financé les retraites, autant recruter des jeunes et laisser leurs ainés prendre une retraite bien méritée. Le plus rentable pour un gouvernement, c’est de faire travailler le plus longtemps possible, pour que les personnes décèdent avant de prendre leur retraite, ou bien très rapidement, au bout de quelques mois, pour payer le moins longtemps possible.

Les économies sont toujours à faire du côté des salariés, mais ils (les politiques en place, quelque soit leur bord) ne vont pas toucher à leurs « indemnités » non imposables, ni à leur appartements de fonction, voitures, et autres avantages qui devraient pourtant être les premiers postes d’économies dans un budget digne de ce nom.

Quelques pensées aussi sur la difficulté à être une femme, à être confrontée au harcèlement sexuel dans le milieu professionnel. Dans un de mes premiers postes, la période d’essai n’a pas été concluante, je le relate un peu plus loin, gifler son patron n’est effectivement pas concluant. Des propositions aussi, à mots couverts, pendant certains entretiens d’embauche. Un recruteur qui ne juge pas nécessaire de me faire faire des tests pour un poste, il était persuadé que je serais parfaite. Au niveau salaire, je pouvais avoir une prime équivalente à mon salaire si je savais être compréhensive et d’esprit ouvert… Ou le motif de mon licenciement en 2002 après 4 ans de CDI. Pour avoir refusé les propositions de mon supérieur hiérarchique, sur fond de remarques racistes : ma dernière fille est métisse, son papa antillais. D’après ce supérieur, je le cite

« tu serais mieux avec moi qu’avec un nègre… ».

Petit historique de ma vie, de la fin des études à ce jour, en recherche d’emploi, et en cours de discussion pour m’expatrier.

J’ai arrêté mes études en juin 1974, à la fin de mon année de seconde au lycée. Bonne élève (je n’ai eu 16 ans qu’en 1974), il s’agit plus d’un ras le bol vis à vis du manque de motivation des professeurs de ma filière qu’une réelle envie de ne plus étudier. J’ai continué mes études en cours du soir, et par formations professionnelles, voire reprise de cycles d’études plus tard dans ma vie.

J’ai passé un concours de recrutement pour la BNP en février 1975. J’ai été admise mais le poste n’était à pourvoir que pour le mois de juillet. En attendant, j’ai occupé un poste de vendeuse débutante à Vincennes à partir du mois de mai 1975. Ce premier poste s’est bien passé (le directeur de ce magasin était un ami de mon père. C’est la seule fois où j’ai fait appel à l’aide familiale pour trouver un poste).

Le premier contact avec le monde du travail, au salaire minimum, était plutôt positif. J’ai pensé à cette époque, qu’il me suffirait d’étudier en complément, d’acquérir de l’expérience et de diversifier mes compétences pour avoir dans les années à venir un salaire correct.

Les quelques mois passés à la BNP (juillet / décembre 1975) se sont également bien passés dans l’ensemble. S’agissant d’un remplacement (fin de congé maternité), CDD, déjà 🙂 A l’issue de ce contrat, j’ai repris mes recherches pour trouver un autre emploi administratif.

J’avais une première expérience dans un établissement bancaire réputé, j’avais un Certificat d’Études et un B.E.P.C. comme diplômes et je parlais allemand et français parfaitement. Je savais taper à la machine, même si je n’avais pas de diplôme dans ce domaine, j’avais pris les cours de dactylo facultatifs au lycée.

Partout où je postulais, courrier ou téléphone, j’avais les mêmes réponses, trop jeune, pas assez d’expérience, pas assez de diplômes.

Au bout de 3 mois 1/2 de rechercher infructueuses, j’ai accepté un emploi dans un supermarché, comme caissière (avril 1976 à décembre 1978) et j’ai en parallèle pris des cours du soir pour préparer un CAP de dactylo.

Travail la journée, cours 3 soirs par semaine, de 20 h à 22 h.

J’ai obtenu ce premier diplôme professionnel sans problème et recommencé à chercher un poste administratif que j’ai trouvé plus facilement.

Recrutée comme dactylo bilingue allemand dans une entreprise commercialisant de l’outillage mécanique (mai 1979 à décembre 1980) et des machines outils de fabrication allemande. Mes tâches étaient très variées et bien loin du descriptif de poste d’une simple dactylo.
Traductions techniques et commerciales, relations avec la maison mère et avec les clients, suivi des offres commerciales.
Pour un salaire de dactylo, très inférieur (environ le tiers…) à celui d’un collègue possédant un niveau d’allemand très inférieur au mien et qui me passait toutes les communications téléphoniques en allemand car il était incapable d’y répondre. Quand il devait rédiger un courrier en Allemand, il me le faisait relire… Lorsque j’ai demandé une augmentation, il m’a été répondu que la différence de salaire était justifiée par mon jeune âge et le fait que mon collègue était un homme ; quand bien même mes résultats étaient nettement meilleurs que les siens.

Cette société s’est également informatisé, et j’ai géré le service informatique de cette société, en binôme avec une autre assistante. Nous étions les plus jeunes, avec un esprit plus tourné vers les nouvelles technologies naissantes.

Une semaine sur deux, travail soit du matin très tôt (6 h) jusqu’à 14 h, pour récupérer les listings sur les imprimantes, les vérifier et les dispatcher et démarrer le système. Travail en non stop. Et la semaine suivante, de 14 h à fin de sauvegarde. A cette lointaine époque avant windows, il fallait plusieurs heures pour sauvegarder les données du jour. Sans aucun utilisateur connecté. En cas de problème pendant la sauvegarde, il fallait recommencer la procédure depuis le début. Ensuite, lancer les impressions. L’unité centrale, de la taille d’un buffet de salle à manger, était isolé dans une salle climatisée. Les utilisateurs n’avait qu’un clavier et un écran, et tous les droits d’utilisation et de connexion sur les différentes banques de données et dossiers étaient donnés par la console que je gérais. Quand une personne faisait une mauvaise manipulation, elle se retrouvait bloquée et je devais intervenir.

Bien sur, ces attributions venaient en supplément de mes tâches habituelles, sans prime ou augmentation.

J’ai donc cherché un nouvel emploi, que j’ai trouvé assez rapidement, dans une TPE qui commercialisait des vérandas.

Lorsque j’ai présenté ma démission, en suivant la voie hiérarchique, c’est à dire à mon chef de service qui a transmis à la direction, j’ai été convoquée dans le 1/4 h qui a suivi par la patronne qui m’a reproché de vouloir partir alors que j’allais avoir 50 F d’augmentation au mois de janvier suivant (nous étions début novembre). Devant mon « obstination » à démissionner, elle m’a demandé de partir immédiatement. Le plus cours préavis de ma carrière, moins d’une demi heure. Mais certificat de travail incluant la période de préavis, donc jusqu’à fin décembre, et préavis payé.

J’ai pris mon nouveau poste plus tôt que prévu du fait de ce préavis écourté. Je n’ai pas terminé la période d’essai. Le dirigeant de cette petite structure avait des idées particulières sur les attributions d’une assistante. Vu mon jeune âge, je faisais semblant de ne pas comprendre ses allusions et propositions. Par contre, le jour où il a tenté de m’embrasser de force, je l’ai giflé violemment…

Retour à la case « recherche d’emploi ». Et retour dans le secteur bancaire en janvier 1981, banque privée, jusqu’en décembre 1981, démission pour départ en province. Poste intéressant et polyvalent, bonne ambiance jusqu’au rachat de cette banque par de nouveaux dirigeants, ce qui a motivé mon départ.

Vie en province  jusqu’en septembre 1983 comme compagne d’artisan (naissance de mon fils en janvier 1983).

Retour à Paris et vie de jeune maman seule. Formation en informatique de septembre à décembre 1985 en vue de mon retour dans le monde du travail prévu en janvier 1986.

Poste très intéressant, salaire moyen. Une TPE dans le domaine de l’électricité industrielle. J’étais la 3ème personne recrutée et dans les premiers mois, il fallait être très polyvalent pour tenir plusieurs postes simultanément. Bonne ambiance. Au fur et à mesure des recrutements, je suis restée finalement au service commercial quelques mois, avant de partir en congé de maternité (ma fille est née en Juin 1987). Au retour, après ce congé pas apprécié par la hiérarchie, je me suis retrouvée au standard, mon poste au service commercial ayant été attribué à quelqu’un d’autre.

Puis, après quelques semaines, j’ai vu posé sur mon bureau au retour de la pause déjeuner le gros catalogue de la nouvelle marque que la société allait également commercialiser. Catalogue en allemand. Volontairement, je l’ai ignoré. Jusqu’à ce que mon patron vienne me dire qu’il s’agissait de le traduire en français. J’ai refusé, le descriptif de poste d’une standardiste ne comprend pas les traductions d’une part, et traduire en répondant au téléphone est irréalisable d’autre part. Quelques jours après mon refus, une standardiste a été recrutée et j’ai changé de poste pour occuper celui, nouvellement créé, de responsable documentation et marketing… mais toujours avec un salaire, et un statut, d’assistante.

J’ai quitté cette société en 1996, pour un poste dans une entreprise de connectique, client et fournisseur de la société que je quittais.

Dans cette société, j’ai été rapidement confrontée aux discriminations.
Assistante du PDG, je me devais, selon lui, à un certain comportement vis à vis de mes collègues de travail. D’un naturel ouvert, je sympathise facilement avec mes collègues.

Là, j’ai eu un rappel à l’ordre. Le PDG m’a reproché de ne « pas tenir mon rang » et de me « commettre » avec le personnel de l’atelier. Ce sont ses termes exacts. Des années après, je reste moralement choquée qu’on puisse employer des expressions à ce point méprisantes. Je lui ai rappelé la nuit du 4 août et l’abolition des privilèges, mais il n’a pas semblé gouter mon humour.
En fait, je disais bonjour à mes collègues du magasin (stockage et expéditions) et de l’atelier de fabrication. J’avais pris l’habitude de ramener mon repas et de la mettre au frais dans le frigo de l’atelier et de déjeuner avec les jeunes femmes qui réalisaient les soudures des circuits imprimés. Rien de répréhensible à mes yeux.
Mais gravissime aux yeux du PDG. Assistante bilingue, j’étais pour lui d’un niveau bien supérieur et devais mettre des barrières… Ces « filles n’étaient pas capables de faire le même travail ». Je lui ai bien répondu que moi non plus, s’il me demandait de faire des soudures de circuits imprimés, pas sûre que le matériel fonctionne…
Bref, ambiance très tendue entre mon PDG et moi du fait de mon refus d’obtempérer.

J’ai agrafé mon cas lorsqu’il m’a demandé de recruter une secrétaire supplémentaire (j’avais 2 secrétaires sous « mes ordres »). Pendant qu’il était en tournée auprès de ses plus gros clients, j’ai recruté une secrétaire qui avait toutes les compétences et qualités requises. Mais un défaut intolérable à ses yeux.
Le jour de son retour de tournée, en passant par le secrétariat, il voit la nouvelle secrétaire en poste. Ne réponds pas à son bonjour.
Passe devant mon bureau avec un air mauvais et m’appelle quelques secondes plus tard par l’interphone.
En arrivant dans son bureau, je suis accueillie par « décidément, vous n’avez rien compris » en guise de bonjour. Suivi de

« vous n’avez pas encore remarqué qu’ici, la couleur, c’est au magasin ou à l’atelier, mais EN AUCUN CAS dans les bureaux ? »

J’avais recruté une secrétaire originaire de Martinique !!!
Je n’ai pu retenir ma réponse « vous n’êtes finalement qu’un gros con raciste » et suis retournée dans mon bureau.
J’ai reçu mon courrier préalable au licenciement 2 jours plus tard.

Cette PME était pour plusieurs raisons en infraction avec le code du travail. CDD à répétition, avec les mêmes salariés, avec des dates modifiées et contrats refaits à postériori, pour éviter de dépasser le seuil de 49 salariés. Élections annulées au motif que personne n’osait se présenter. Pas de prime d’ancienneté versée, celui qui aurait eu « l’outrecuidance » de réclamer cette prime se serait vu licencié.
Je me suis faite assister par un représentant FO envoyé par l’Inspection du travail que j’avais sollicité.
J’ai conclu une transaction qui m’a permis de financer ma reprise d’études.
Chéquier langue Anglais (300 heures) et 1 année de cours complète (de septembre à juin) pour une formation export, avec en arrière plan, une séparation en cours dans ma vie privée.

Devenue trilingue, j’ai repris le chemin des société d’intérim. Quelques mois de missions plus ou moins longues.
Séparation violente un soir de janvier 1998, avec arrêt maladie en cours de mission d’intérim. La seule personne informée du motif réel a été ma supérieure hiérarchique de cette mission. Pas les responsables de l’agence d’intérim. A l’issue de cette mission, cette femme, cadre supérieur m’a demandé mon CV. Elle m’a recontacté quelques mois plus tard pour venir travailler avec elle dans une autre boite.

En intérim, j’ai été confrontée également aux discriminations, et aux abus divers.
Certains ne parlent pas aux intérimaires, qui ne sont que des robots humanoïdes à leurs yeux. Pas seulement au niveau de la hiérarchie, mais également ceux sensés être les collègues de travail. Ambiance…
D’autres vont négocier le taux horaire le plus bas possible, et tenter d’obtenir plus.

Par exemple, recrutée comme assistante bilingue anglais, après des négociations âpres avec mon agence d’intérim. Des contrats en allemand, à traduire, sont apparus dans ma corbeille « urgent »… J’ai refusé, mon contrat étant uniquement en bilingue anglais. Réponse du responsable « oui, mais vous avez téléphoné en Allemagne pour les réservations d’hôtel pour le commercial ». J’ai précisé, ne pas confondre service rendu à un collègue pour éviter qu’il dorme dans sa voiture pendant sa tournée et tâches non prévues au contrat.

En début de semaine suivante, dernière de mon contrat d’intérim, j’ai été convoquée pour une proposition de CDI. Comme assistante trilingue. Avec un salaire 25 % inférieur à celui de mon contrat d’intérim. Motif, il s’agit d’un CDI, vous aurez la sécurité de l’emploi… J’ai bien entendu refusé.

En juillet 1998, j’intègre une autre entreprise. Je fête cette année là mes 40 ans, et mon divorce après quelques années difficiles. C’est ma supérieure hiérarchique du mois de janvier qui m’a fait recruter. En mission auprès de X pour quelques mois (je venais de signer un contrat de avril à juillet 1998), j’ai eu l’entretien de recrutement un soir mi-avril à 19 h pour ne pas perturber le déroulement de ma mission d’intérim.

Pour le recruteur, entretien raté. A chaque fois qu’il tentait des questions touchant à ma vie privée, j’éludais et revenais dans le domaine professionnel. Mais celle dont je devais devenir l’assistante était très exigeante et voulait que je sois à nouveau son assistante. Elle a donc obligé le responsable RH d’attendre que je sois libre pour m’intégrer. Pour elle, ma discrétion sur ma vie privée n’était pas un défaut. Ni le fait que je refuse de rompre mon contrat d’intérim pour intégrer immédiatement mes nouvelles fonctions. Je n’ai pas la prétention d’être irremplaçable comme me l’a lors de l’entretien dit ce recruteur, mais lorsque je m’engage à faire quelque chose, je le fais.

Ma vie privée a malgré tout eu une incidence sur ma vie professionnelle. Essai de nouvelle vie, grossesse « surprise » (40 ans, 2 enfants adolescents). Pendant mon congé de maternité, celle qui m’avait fait recruter a quitté le siège pour prendre la direction l’Italie.
J’avais donc à mon retour, un nouveau chef. Petit papy sympathique, à 6 mois de la retraite, de retour en France après des années dans la filiale aux États Unis. Puis, un autre, beaucoup moins agréable, et le terme est faible. Dès son arrivée, il a pensé que, étant son assistante, je me devais d’être à ses ordres, quelques soient ses demandes… Voir mon court paragraphe un peu plus haut.

Depuis, intérim, CDD, souvent dans les mêmes entreprises pendant quelques années. Puis, CDD de longue durée auprès d’une banque, à l’issue duquel j’ai pris enfin 3 semaines de vacances. Mais beaucoup de mal à retrouver un poste à l’issue de celles-ci.

Le fait d’avoir passé le cap des 50 ans est un handicap certain, même si les recruteurs font attention de ne pas mentionner que le défaut d’adéquation avec le fameux profil recherché vient justement de l’âge du candidat…

Les propositions insultantes comme relatées au début de ce mail, pour cause de « marché morose pour les quinquas » ou réponses négatives systématiques sont mon quotidien.

A ce jour, malgré mes compétences et mon expérience, je fais partie de la grande précarité. Je n’ai plus de revenus depuis des mois. Les impôts n’ont pas tenus compte de mes déménagements et changements de département et me réclament des sommes que je ne leur dois pas. Avec acharnement. Allant jusqu’à l’ATD sur un compte bancaire vide, des menaces de saisies des quelques maigres biens (meubles et objets personnels) qu’il me reste. J’ai des mois de retard de loyer, avec un propriétaire privé qui m’a promis en message répondeur de « me faire la misère » pour que je parte au plus vite…

Et une proposition de travail à l’étranger dont j’attends confirmation par contrat qui doit m’être envoyé par mail par le juriste, et les dates pour mon visa ainsi que mon billet d’avion. Encore un CDD. J’ai rencontré mon futur employeur il y a quelques jours, de passage à Paris. Les visas de travail sont plus long et nécessitent plus de démarches qu’un simple visa de tourisme de 3 mois. Mais le fait de faire ces démarches prouvent au moins que c’est du sérieux.

A deux ans de l’âge légal de la retraite, s’ils ne suppriment pas la clause de carrière longue ayant débutée à 16 ans d’ici là, je vais m’expatrier pour tout recommencer à zéro ailleurs.

 

image via www.flickr.com

3 thoughts on “Une vie de travail

  1. Bonjour,
    Je voulais juste dire que ton témoignage m’a touché (même si je suis un « jeunot »), c’est quand même pas de chance d’avoir eu autant d’expériences négatives. Mais bon à ce niveau, c’est plus dû au hasard, c’est une réalité. je te souhaite bon courage pour ton poste et de vivre une retraite paisible.

  2. Je trouve que vous avez eu beaucoup de courage pour surmonter autant d’épreuves !
    Encore merci pour votre témoignage et bonne chance dans votre prochain travail !

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