On m’a demandé de renoncer au coeur même de mon métier

Bonjour,

Je suis maintenant en retraite mais il y a encore deux ans j’étais formatrice; j’aurais aimé continuer car j’adore ce métier, mais les conditions de plus en plus dégradées m’ont vraiment donné envie d’arrêter.
Pourtant, je sais que mon expérience et mes compétences pourraient être encore très utiles…
Voici mon témoignage

Je suis maintenant en retraite, mais le dernier emploi que j’ai exercé, était dans le secteur de la formation. Je m’occupais des personnes en recherche d’emploi qui devaient se repositionner sur un nouveau projet professionnel.

Durant les quatre dernières années j’ai vu les conditions de travail se détériorer, les employeurs organismes de formation cherchant à économiser sur tous les tableaux, y compris sur l’entretien des salles de travail pour les stagiaires… j’ai vécu la flexibilité appliquée en direct puisque mes missions formation en CDD, étaient sur 3 mois… durant deux mois ½, j’avais des temps de travail de plus de 50 heures/semaine environ, comprenant les préparations des interventions auprès des publics stagiaires, leur accompagnement individuel, les contacts/réunions/préparation/bilans avec les partenaires institutionnels et entreprises, les temps de relation avec l’organisme formation pour les retours de suivi administratifs (sans parler des bagarres pour obtenir du matériel de base/feutres/cartouches d’encre/ordinateurs/photocopieuse…)

et puis durant 15 jours, j’étais sensée être en congés pour ne pas être payée en heures supplémentaires, mais durant ces 15 jours, les stagiaires qui, étant en stage entreprise, pouvaient avoir besoin de me joindre, et je devais tout de même assurer un suivi téléphonique… et là silence radio de l’entreprise… je devais devenir bénévole…

je retrouvais mon temps de travail officiel, les derniers jours pour les bilans…

alors j’ai connu cette flexibilité et je ne la souhaite à personne car si j’aime ce métier de formatrice , j’ai détesté la manière dont l’employeur organisme de formation, jouait sur le personnel CDD pour répondre à des appels d’offres avec Pôle emploi, selon la règle du moins disant…

Le dernier poste que j’ai finalement refusé, m’a été proposé par un organisme du nord de la France, en remplacement… le comble, c’est qu’il me fallait préparer mes interventions durant le temps de face à face avec le public stagiaires

Je n’avais encore jamais vu ça !!!

Or, la fonction de formation demande une capacité à mettre en place un programme d’interventions, en fonction du cahier des charges et du public concerné ; et chaque jour, la capacité d’une réadaptation pour être au plus près des besoins et des stagiaires et de l’objectif de la mission.

Cet organisme me demandait de renoncer au cœur même de ce métier, puisqu’il refusait de prendre en compte les étapes nécessaires de la mission, faisait des économies sur mon dos et celui d’un public déjà fragilisé, qui au contraire avait besoin d être pleinement accompagné.

Alors oui, je vais descendre dans la rue, car si nos aîné(e)s se sont battus souvent au péril de leur vie et de leur santé pour défendre les droits du travail, je ne veux pas que ma fille et mon petit fils devienne des esclaves corvéables à la merci du patronat !

Je viens de faire un rêve éveillé : je voyais tous les membres du gouvernement en entreprise et je les voyais subir ce qu’ils veulent nous appliquer !!!

Honte à ce gouvernement et sa loi travail ! Alors Myriam on arrête les conneries !!! (C’est un peu facile, j’en conviens, mais ça fait du bien!!!)

Elle a dit « La seule chose qui pourrait m’affecter, c’est l’inertie pour notre pays », tu vas voir Myriam s’il va y avoir inertie !!!

 

« Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes. » Rosa Luxembourg

 

Illustration : CC-By David Sifry

2 thoughts on “On m’a demandé de renoncer au coeur même de mon métier

  1. Merci pour ce témoignage, et oui, il faut continuer de nous battre, pour faire perdurer l’héritage de nos ainés et ne pas laisser le pire aux plus jeunes.

  2. Bonjour,

    Je reconnais dans vos propos mon quotidien de formatrice, tout y est, de la bagarre pour le matos de base qu’on finit par acheter de guerre lasse, la prépa pendant le temps de face à face, ce qui est une aberration totale, nous sommes bien d’accord, le tout bien sûr pour un salaire minable…Quand on parle de 35h/semaine dans la formation adulte, il faut comprendre 35h de face à face, 35h de prépa, 35h de travail administratif…le tout par semaine bine sûr, sinon, ce serait pas drôle :-/

Laisser un commentaire