« Pour éviter la précarité, on ne renouvelle pas les CDD »

Tout au long des témoignages, il y a la question d’un statut qui revient régulièrement celui de vacataire. C’est ce que j’ai été pendant 6 mois dans une bibliothèque.
Objectivement, et par rapport à d’autres témoignages, ce fut une plutôt bonne expérience, les responsables directs étaient compréhensifs, attentifs et sympa, c’est la direction, le système qui me fait dire : on vaut mieux que ça.
Le 13 novembre comme beaucoup de personnes, mon téléphone a sonné pendant toute la soirée, des amis me demandaient comment j’allais, où j’étais, etc., je regarde ces chaînes de télévision à la limite de l’anxiogène et je vois l’apparition de notre état policier …Oups d’urgence ainsi que la fermeture des lieux publics à Paris. je me couche tard, mon chat dans mes bras en pensant aux gens dont je n’avais pas de nouvelles. Le lendemain, j’apprends via Twitter que mon lieu de travail …restera ouvert … J’en reste perplexe … et les directives du ministère on s’assoit dessus ou c’est moi ? Après concertation avec la plupart des collègues (via réseau social), on décide de tout simplement faire valoir notre droit de retrait et dans le doute de ne pas aller au boulot le 14 … sauf que ce droit n’existe visiblement pas pour les vacataires (selon la direction ?). Il en découlera que naturellement la bibliothèque refermera comme beaucoup d’autres lieux publics ce jour-là. Cependant, toutes les heures de travail qui ont sautées à cause de l’état d’urgence et bien elles ne seront absolument pas payées, dans la mesure où les vacataires sont payés à la tâche et non par les heures prévues par les contrats. Mais notre institution dans sa « immense » générosité nous proposera de compenser nos heures perdues pour avoir notre salaire complet. Cette proposition viendra du bout des dents, en nous faisant comprendre à quel point il s’agissait là d’une fleur. Et sur le coup j’ai effectivement trouvé ça généreux. Ainsi, j’ai effectué mes heures supplémentaires pour rattraper des heures qu’on refusait de nous payer…comme si s’agissait d’une absence, ou d’un tort qu’on me faisait la fleur de pouvoir rattraper .
Après cela viennent naturellement les petites mesquineries de la haute direction, et l’absence d’intérêt pour le bien-être des vacataires : une collègue qui se fait poursuivre dans les rayons par un habitué qui sera à peine réprimandé et recommencera juste après… Devoir mendier une lettre de recommandation, et qui nous sera délivré le jour même de notre départ pour empêcher que l’on puisse démissionner à l’avance, le tout accompagner de remarque «  est ce que tu continueras à faire du bon boulot si je te donne cette lettre ? ».
Le pompon fut quand je suis allé voir le RH pour demander les attestations de pôle emploi, poussé par la curiosité, j’ai fini par demander pourquoi est-ce qu’il ne renouvelait pas les contrats de vacataires, ou même créer des CCD de 1 an, pour éviter des recrutements au milieu de l’année. La réponse fut assez simple, «  Tu comprends si on ne renouvelle pas les vacataires c’est pour les empêcher de tomber dans la précarité, ils pourraient s’imaginer qu’on les recrute définitivement après ». Donc on met les gens au chômage, pour empêcher qu’ils deviennent précaires ? Ou tout simplement parce qu’un contrat en CDD coûte plus cher et que les employés auraient des droits ?
Après 6 mois de travail dans cette bibliothèque, je garde de bon souvenir de l’équipe, mais surtout cette impression d’être quantité négligeable par rapport à la direction et surtout ce sentiment de devoir passer pour une serpillère à chaque fois qu’on doit demander quelque chose . C’est moi ou on vaut mieux que ça ?

> image via flickr

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