Les cadres usaient des termes « racaille d’ouvriers » et « crevures d’intérimaires »

J’ai longtemps hésité à me lancer à témoigner de mon expérience, mais au vu du climat ambiant, je me décide.
Voilà j’ai 40 ans, après un parcours scolaire court faute de moyens et un rattrapage via le CNED, j’ai atterri dans le fantastique monde de l’apprentissage suivi de l’intérim, d’une embauche en CDI et d’un retour en intérim depuis 5 ans et actuellement en accident de travail à cause de l’usure des genoux.
Le pire a été mon expérience en CDI, j’ai commencé « esclave poseur » en étanchéité, pour finir chef d’équipe ETAM E avec des responsabilités de chef de chantier/chargé d’études/commercial.
Tout ça payé 151 heures/mois (1800 €uro brut), avec des mois à 300 heures. Les heures supplémentaires, je laisse deviner où je me les mettais.
Tout ça en grand déplacement.
J’ai tout subi, des jours fériés travaillés, des week-ends travaillés, des menaces de licenciement permanentes si je ne « faisait pas avancer » l’entreprise, des 2 à 3 semaines de rang sans rentrer chez moi. Les collègues bons copains avec les cadres autour d’une bouteille prenaient leur poste le mercredi et rentraient le Jeudi soir.
Cette boîte a coulé en 2009, je me suis fait recruter par une autre avec une longue procédure en justice suite à un licenciement économique qui s’est mal déroulé après 13 ans de bons et loyaux services.
L’autre entreprise était pire, de suite on m’a fait comprendre que je devais épauler un ancien cadre qui me suivait de l’ancienne boîte. On devait considérer qu’on était chanceux de bosser après avoir subi un licenciement. Les cadres usaient des termes « racaille d’ouvriers » et « crevures d’intérimaires »
Et là, jours fériés travaillés, des week-ends travaillés, des menaces de licenciement permanentes si je ne « faisait pas avancer » l’entreprise, des 2 à 3 semaines de rang sans rentrer chez moi. Même salaire, mêmes responsabilités, mêmes heures. Le cadre au-dessus de moi se débrouillait mal pour vendre ses chantiers et j’arrondissais les angles.
Au bout d’un an, il veut se barrer chez la concurrence et me demande de le suivre, sentant mon couple vaciller et la dépression se pointer, je le suis avant que l’entreprise ne coule (3 mois plus tard).
Autre entreprise, encore pire, payé à l’heure, mais les heures étaient rayées pour raison X ou Y, des journées de 6h00 du matin à 22h00 avec obligation d’être à 7h00 à 400 kilomètres plus loin… Même salaire de misère. Le cadre se débrouillait mal, embauche un de ses potes qui m’enfonce en déclamant des délais de chantiers ahurissants, et tout me retombe dessus MES délais sont bons.
Grosse dépression, un mois d’arrêt, un avertissement pour « défaut de présence au poste » (malgré l’arrêt dûment envoyé dans les règles de l’art).
Démission, intérim depuis 5 ans à un poste bien en-dessous de mon grade, mieux (beaucoup) payé, horaires « normaux », et considération. J’ai fait en Janvier une chute, un accident de travail à cause d’une entorse et diagnostic d’une usure précoce des cartilages. l’agence d’intérim m’épaule à fond la caisse.
Quand j’ai entendu que cette loi était proposée, je n’ai résisté à faire un parallèle avec mon expérience.
J’ai subi ce que cette loi propose et les dérives sont évidentes car subies aussi.
Et je n’aimerais pas que ça devienne une norme officielle.

> image via flickr

3 thoughts on “Les cadres usaient des termes « racaille d’ouvriers » et « crevures d’intérimaires »

  1. merci pour le témoignage.moi meme j’ai subi des brimades dans une certaine entreprise de gros oeuvre à trégueux dans les cotes d’armor,on nous appelait les  » PIMER » ce qui veut dire : « les putains d’intérimaires de merde ».

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